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II. Après les femmes, les enfants et les adolescents

J'ai commencé ma carrière sacerdotale dans une petite ville qui renfermait une grande filature de coton. Cette filature était exploitée par des chefs très bien pensants et très charitables. Suivant l'usage, ils employaient de jeunes enfants comme rattacheurs. Ces enfants passaient sous mes yeux, soit au patronage, soit aux catéchismes. «Quelles tristes mines ils avaient! Quelles santés étiolées ! Quelles ruines corporelles à l'aurore de la vie !

L'admission des enfants dans les grandes industries doit être retardée jusqu'à l'âge où ces sortes de travaux seront moins funestes. Mais quel est cet âge ? Nous pensons que la conférence de Berlin n'a pas été assez dans le vrai en fixant douze ans. Nous préférons l'opinion du congrès de Liège qui recule cet îlge de deux années.

L'âge déterminé, les heures de travail doivent être également fixées. Là encore, comme nous l'avons noté dans notre Introduction^ nous trouvons les appréciations de la conférence de Berlin et celles du congrès de Liège. Suivant les premières, la journée pour les enfants de douze à quatorze ans peut être de dix heures, et de onze pour les adolescents ayant de seize à dix huit années. Le congrès de Liège s'éloigne encore heureusement de la conférence de Berlin. Nous venons de dire qu'il supprime totalement le travail entre douze et quatorze ans. Entre quatorze et seize ans il le réduit à six heures, et entre seize et dix huit ans à dix. Après ce que nous avons dit précédemment sgr les

travaux dans des milieux délétères, cette journée de dix heures sera certainement taxée d'excessive. Nous donnons aux deux autres points notre complète approbation (i).

Au congrès de Liège, en septembre 1886, l'évêque du lieu, Mgr Doutreloux, a fait de douloureuses révélations sur le travail des enfants en certains lieux. « Dans une usine que je ne nommerai pas, disait-il, « on occuperait quatre vingts enfants depuis l'âge de (( six ans jusqu'à l'âge de seize ans. L'hiver dernier, il « y avait de ces enfants que les mères portaient dans « leurs bras jusqu'aux portes de l'usine, trouvant qu'il (( était dangereux de les laisser marcher par un si « mauvais temps ! Les petits malheureux, pour un (( maigre salaire, souvent diminué par les amendes, « travaillent jusqu'à douze heures, soit le jour, soit la « nuit ! Ils n'ont, dans l'intervalle, qu'un repos insuf- (( fisant. On oblige ceux qui travaillent la nuit à chance ter, sans doute pour qu'ils ne dorment pas ! Un en- « fant de huit ans, ayant un poids considérable à sou- « lever, a été vu couché devant une fournaise; et il de- « meurait, disait-on, à cette tâche épuisante douze «heures durant! Aux observations que provoquait (( une telle inhumanité, il a été répondu : Ucnfant « supporte bien cela » !

Mgr Cartuyvels, recteur de l'Université de Louvain, ajouta : « Des faits analogues à ceux qui vien- « nent d'être signalés se passent dans les verreries du

(I) Revoir notre Inh-iithieUnn.

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«( bassin de Gharleroi, où des enfants travaillent jus- « qu'à vingt quatre heures chaque fois qu'il doit y a- « voir un changement de douze heures. Celui-ci se fait ({ ordinairement le dimanche, de sorte que les enfants « passent toute cette journée à la fabrique ».

Le P. G. de Pascal qui nous rapporte ces réflexions, ne peut retenir cette exclamation : « Que l'on « s'étonne, après cela, de la mortalité effrayante dans « les districts manufacturiers! » Et il constate qu'à « Manchester, il en meurt 29. 000 sur 100. 000 » (1).

Nos pères employaient aussi les enfants et les adolescents. Il fallait bien leur apprendre à travailler pour placer un métier entre leurs mains. Mais quelle protection admirable s'étendait sur l'apprenti ! De quelles attentions, de quelles sollicitudes ne devait-il pas être l'objet! Qu'on lise encore le Livre des inéti^rs (VÉ tienne Boileau. L'on verra que le maître devait considérer et traiter l'apprenti comme son enfant, en lui donnant la nourriture, le vêtement et le logement (2).

Notre Parlement a voulu aussi légiférer sur ce double chapitre, la durée du travail des femmes et des

(1) p. G. de Pasoal, Le niouvement social d'apfès les ilerniers to/i- (jrèsde Breslau, de Liège, d'An(jers, de Lille, Lyon, 1887, p. 41.

(2) Ainsi, par cxemiije, l'art. XUI des Statuts des tisserands de iinjïc porte en toutes lettres que le maître 0 lienpne l'aprcntiz hono- H rablement comme (ils de prcud'oiime, de vestir et de cliaiicier, de n boivre et de manjçier et de toutes autres choses ». L'art. IV des Statuts des braliers de fil ordonne également que l'apprenti « soitgouverucz bien et dcument connue fuix de preud'ommc ».

enfants. Pratiquement, cette loi peut avoir des conséquences fâcheuses ; car il ne faut jamais séparer la durée du travail de la rémunération suffisante du travail, second point que tout à Theure nous allons aborder, mais qui n'a pas été abordé par nos Chambres législatives.

Déjà même, d'après les feuilles publiques, ces conséquences se font çà et là sentir. En effet, en diminuant les heures du travail, les patrons diminuent ordinairement les salaires^ en sorte que, à la fin de là semaine, les ouvrières ne trouvent pas leur compte. La durée réduite du travail pour les enfants a son contre-coup sur le travail des ouvriers eux-mêmes qui se voient forcés de produire moins et, conséquemment, de gagner moins (1).

(1) Le grand avantage de la loi, du moins pourocux qui les obtiennent, se trouvent dans la création des places. Cette loi, dit Le Moniteur iiiii- ><- versel, a motivé un décret du 13 décembre dernier créant des inspec- « teurs divisionnaires et des inspecteurs on inspectrices départemen- « taux. Ceux-ci, au nombre de 1)2, sont divisés en cinq classes, dont les « traitements annuels varient de 3.000 à 5.000 francs.

« Les inspecteurs divisionnaires, au nombre de onze, toucbcront des " traitements variant de 0,000 à 8. OOO francs. Déplus, il y aura les frais •< de tournées et de bureaux, qui doubleront à peu près les traitements. « La dépense sera supportée par les contribuables, ce qui revient à " dire que les ouvriers [trotégés eu sujtporteront aussi leur part. C'est 'I (le la protection obligatoire, mais nen gratuite ».

( Moniteur unirerael du () Janvier 1893 ).

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