SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS
L'on se figure assez généralement que les sociétés (le secours mutuels sont une création du XIX« siècle. Le XrX« siècle leur a donné sans doute leur organisation actuelle avec leur caractère ordinairement local et non prolcssionnel. Mais leur principe est inscrit dans l'Evangile et elles sont nées, il y a longtemps, sous le souflle de la charité chrétienne. Elles se formaient généralement entre gens de même condition ; conséquemment, elles étaient, à la fois, locales et professionnelles (1).
Notre cadre n'embrasse que les sociétés de secouis mutuels de l'heure présente.
C'est dans notre pays que celles-ci ont pris naissance et qu'elles s'y sont admirablement développées. En Italie, elles sont également nombreuses. Elles ont eu un moindî-e développement en Belgique. Elles paraissent inconnues en Angleterre et en Allemagne.
En France, ces sociétés étaient, à la fin de l'année
(I) Ces sociiH^s existaient en diverses oorpornlioiis on asso(iatiiiii>. M. Bcrtliotile, dans son rapport au nom du Comité consultatif des pi - «lies maritimes, transcrit cette ghilde des associations entre marins dans les pays Scandinaves : « Si l'un des associés vient à tomber « malade, que les frères le visitent et, s'il eu est besoin, qu'ils veii- « lent auprès de lui ; si quelqu'im a souffert du naufrage, il recevra « trois deniers de chacun de ses frères. . . » (Dans Ae Soleil, i> juillet 18U2, d'après le Journal officiel où rapport inséré ) .
cil. IV. — l'avkxir des ouvriers assuré 159
1886, de 8, 242, comprenant 1,110, 047 membres participants et 187, 027 membres honoraires. Leur actif, à la même date, s'élevait à 144, 936, 164 francs, les recettes de l'exercice à 26, 084, 414 francs, les dépenses à 23, 348, 044 francs (1).
Elles ont ce double but : donner des secours en cas de maladies ; payer les frais funéraires en cas de mort. Les secours comprennent une indemnité en argent, les soins du médecin et les médicaments. Ces sociétés atteignent ce double but au moyen des cotisations des membres participants et des souscriptions des membres honoraires. Les mots : niouhre^ participcoUi^ et membres ]io)ioraires indiquent la ditïérence entre ces deux classes de membres : les premiers versent une cotisation, sont assistés pendant leur vie et convenablement enterrés après leur décès ; les seconds versent simplement une souscription à titre de bienfaiteurs.
Quelques-unes de ces sociétés ont même constitué des caisses de retraite. Toutefois, si prospère que soit la société, la retraite servie est toujours bien modeste, les recettes ne permettant pas davantage. Du reste, dans l'état actuel des sociétés de secours mutuels, ce ne peut être là qu'un but accessoire (2). Mais, si dans
(I) M. Cl. Jannet, Le Socialisme d'Élat.. ., Paris, IS'Jli, \>. i'rP,.
f~2) L'article 70 des Statuts de la Société de secoiifs mutuels de Saint- Mmince (Seine) porte : « Pour être présenté à rAssembléc g;énérale " coinine candidat à la pension, le sociétaire doit avoir au moins OU ' annwcs d'âge et faire partie de la société depuis 20 ans au moins ».
11 est vrai que nous lisons dans l'article suivant: « Tout sociétaire ré- <• p\ité incurableou devenu infirme avant l'âge de 60 ans, mais faisant <' partie de la société depuis 20 ans au moins, recevra un secours
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ces sociétés il était possible d'organiser sur des bases plus larges et plus solides des caisses de retraite, ce serait un grand bien. En effet, la vieillesse arrive avec ses infirmités et, dès lors, son impuissance à un travail suffisamment rémunérateur ; et, pour l'ouvrier qui n'aura pas pu se faire des économies, ce sera la misère.
D'autre part, serait-il possible de les établir d'une façon générale et indépendamment des sociétés de secours mutuels V C'est ce que nous allons examiner.