DIFFÉRENCES DANS LES SALAIRES
Nous avons traité de la rémunération du travail ou <lu juste salaire, c'est-à-dire du salaire suffisant à la
LA QUEST. OUV. — 17. 2r>7
258 LA QUESTIUX OI'VRIKIŒ. — LIV. III
subsistance de la famille (1), Mais cette rémunération, eu demeurant toujours telle, peut-elle varier par accroissement selon les diverses professions ou selon li divers talents dans la même profession? La question endjrasse naturellement, avec la classe ouvrière, les autres classes de la société.
Au point de vue de l'absolu, il semble qu'on devrait s'en tenir à la négative. Eu elVet, les diverses professions sociales ont, parleurs produits, leur place et leur utilité. Qui oserait dire que Jes sabots, les souliers, les babits ne satisfont pas à des besoins sociaux comme les livres, les tableaux, les machines'? Les divers talents, étant un don delà nature, n'ajoutent rien au mérite personnel. ()u[ oserait soutenir- ([ue les taleiiLs de l'artiste, du liLléralcur, du nukiecin, du magistrat oui une autre origine que les talents, plus bnmMcs, de l'artisan, du cultivateur, du mécanicien, de lliorhi-
(1) Il s'aji'il tiiiijoiiis (rmic l'aiiiilli' m'iiih' i|ii;ml au iiniiihic des
niciiilires qui la cuinjMisrul.
l/ou rsl aniM- anjdUi'ii'lini a ri';^li:r |in'si|ur iiiallM'aiiali(|U('iil('nl celte (iiiiililr rf((uisc du salaire. !.(■ '• pi'nlilriur, dil M. K. deLavtdi'Vc, .-i souvent. diV'Ian'' iusolublr, csl lésdlu chaiiuc Jour, par radminislratiim de l'aiiiiée, ilaii.s les diiréreuls pays, (^elle-ei fixe, en elVet, la (|iiantili de nourriture et la ((ualité des vêtements nécessaires au bon enlretieu des forces du soldat ". KL le nièinc économiste écrit ensuite: « Ne tau- « drait-il pas ipu' l'ouvrier ]mH se procurer, par sontravail, au moins la " ration iiulitaire ? » [Elinnt'uts d'rrunDiiiii' j-hIIIkiiii'. l'.ni-, iS'.ld, p. lôS).
Connue .M. K. de Laveleye nous entendons la sonnue qu'e.\ij;ent « l'entretieu el le développement normal des facultés du corps et de l'inlellii,'ence » {Ibid).
cil. II. — ÉCLAIRCISSEMENTS 259
ger ? Et même combien de ces derniers auraient occupé un rang honorable parmi les premiers, si les circonstances leur avaient permis les mêmes études ! Gonséquemment, où serait la rigoureuse différence de valeur ? Et d'où la légitimité de la différence dans la rétribution'? Cette manière de raisonner plait à certains économistes et est cher aux communistes. Ceux-ci estiment qu'il y a là un nouveau point d'appui pour leur système.
Mais l'absolu n'est guère de ce monde.
|. C'est donc au point de vue du relatif, c'est-à-dire de |état social qu'il faut se placer.
Or, il est incontestable qu'il y a des professions qui îndent plus de services sociaux que d'autres. Peut- |h, sous le rapport des services, mettre sur la même jne médecins, ingénieurs, savants, architectes et jaçons, charpentiers, bûcherons, cantonniers ? Il est incontestable aussi qu'au talent naturel il lut joindre le talent acquis. Si le premier, est le fils la nature, le second l'est d'un travail personnel. Et cela dans toutes les conditions: Fit fahricando iher, c'est en travaillant qiC on devient ouvrici', ourler par la pensée comme ouvrier par les mains. Li'on a écrit sans doute: Nasciintur poetae, fiunt oratores, On naltjioète, on devient orateur. Il y a là une distinction reçue, mais peu fondée ; car sans études il n'y aurait pas plus de poètes que d'orateurs. Ajoutons que les services rendus se mesurent sur les talents déployés : le contre-maître a un rôle plus fruc-
iueuK que le simple ouvrier, <;t l'action du général remporte sur celle du soldat.
Telle est, d'ailleurs, l'appréciation commune, el <^lle n'a été réellement contestée, attaquée que par des utopistes.
Ce n'est pas seulement rationnel et juste. C'est aussi 'd'un intérêt social. L'intérêt social, en elïet, de- ■jnande que chacun développe ses facultés pour leur l'aii-e produire le plus possible: c'est évident. Hé bien ! s'il n'y a que la voix du strict devoir, on ne le sait que trop, l'activité individuelle perdra de son ardeur, de ^s, force, donnera moins, puis donnera peu et bientôt {)eut-ètre rien du tout. Il faut prendre la nature bumainc telle qu'elle est.
INVENTrONS.
Les inventions honorent leurs auteurs et, ronunc nous les supposons utiles, elles produi.sent un bien social.
Les inventions, étant des créations de l'esprit hujiiuin, présentent le caractère de propriétés dont doivent jouir les créateurs, mais non pas indéfiniment. 4'ar autrement la société pourrait être privée des pro- Jils aux(iuelselle a, comme société ou mèredes inventeurs, droit de prétendre. Ce sont là des principes fondés sur l'équité et que généralement consacrent les législations.
l'our arriver à cette double fin, il y a le système
cil. 11. — ÉCLAIHCISSEMENTS 2t)f
des brevets. II peut y avoir celui de l'expropriation. Le système des brevets consiste dans la concession du droit exclusif d'exploiter la découverte durant un temps limité. Par celui de l'expropriation, l'État, pour cause d'utilité publique, se rend acquéreur, non pour lui, mais pour tous, de la découverte, moyennant une juste indemnité, et alors l'invention est divulguée, afii» ((ue chacun puisse en user. Le premier système esi général. Le second constitue une exception.
En France, la loi du 5 juillet 1844 a statué sur les. brevets d'invention. Ces brevets sont concédés pour cinq, dix, quinze années, au choix de l'inventeur, mais à la condition de payer une taxe correspondante à ces années, c'est-à-dire de 500 francs. 1,000 francs 1,500 francs, taxe qui s'acquitte par des annuités de 100 francs.
Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que lailicle di.x-huit de cette loi du 5 juillet 1844 expose les brevets d'invention à devenir assez illusoires pour lesinventeurs, car il est ainsi dressé: « Nul autre que le « breveté ou ses ayant-droits ne pourra pendant une- « année prendre valablement un brevet pour un chante gement, perfectionnement ou addition à l'invention. « qui fait l'objet du brevet primitif. Néanmoins, toute- « personne qui voudra prendre un brevet pour chan- K gement, addition ou perfectionnement à une décou- « verte déjà brevetée, pourra dans le cours de ladite « année former une demande, qui sera transcrite et (( restera déposée sous cachet au ministère de l'agri- « culture et du commerce. L'année expirée, le cachet (( sera brisé et le brevet délivré ». Une année, c'est biei»
202 l.A OUESTION OUVUIlillL;. — LIV. III
court poui- rinvenleur qui peut s'être engagé à payer une concession de quinze années. Mais l'intérêt comjnun demande le progrès ici, comme ailleurs. Il est vrai (îue l'article se termine par ces mots: « Toutefois, le « breveté principal aura la préférence pour les chan- <{ gements, perfectionnements et additions pour les- (( quels il aurait lui-même pendant l'année demandé (( un certificat d'addition ou un brevet ».
L'invention, telle que nous l'envisageons, a pour effet ordinaire une production plus grande et plus finie. Dans les deux cas, il y a une diminution de travail correspondant, et, dès lors, une perturbation sociale plus ou moins sérieuse. C'est la marche commune des choses: SwH hona mixta malts.
Assurer les avantages de la découverte et en atténuer les fâcheux effets, voilà ce que doit se proposer l'économie politique.
Certainement, avec l'association professionnelle, le mal serait plus facilement supporté, non seulement parce qu'il se répartirait sur tous les membres, ne serait-ce que par la réduction commune du travail, mais aussi parce que l'association s'appliquerait à les faire profiter également des avantages de l'invention. [1 y aurait aussi, d'après nos réflexions précédentes, la caisse en vue des chômages.
Mais comment s'y prendre, pour obtenir le double résultat dans l'état actuel de nos sociétés? 11 y a les moyens anciens et le moyen nouveau.
Les movens anciens sont: l'abandon, surtout par
en. ir, — ÉCLAIRCISSEMENTS 263
les jeunes, d'une industrie compromise et l'adoption d'une autre plus avantageuse, c'est-à-dire l'apprentissage d'un autre métier où le travail ne fait pas défaut; puis l'assistance de l'État, des provinces ou départements et des communes; car, nous l'avons établi, la société doit venir au secours de ses membres malheureux.
Le moyen nouveau mis en pratique en 1848 et prôné encore aujourd'hui par les collectivistes se renferme dans cette formule: Le droit au travail. Mais il faut bien s'entendre sur ce droit. S'il s'agit du travail à donner par les particuliers, ce droit est un non sens; car comment exiger que des particuliers commandent des souliers, des chapeaux, des habits ouïes achètent, s'ils n'en ont pas besoin ? Si l'on vise l'Élat, il y a du vrai ; mais ce droit aboutit tout simplement à une assistance : l'État assiste en faisant Iravailler : et la formule deviendra celle-ci : ï^ < Irait à V assistance dont nous avons traité plus haut.
Dans ces circonstances douloureuses, en effet, on ne saurait trop le dire, il est juste et utile, à la fois, <iue l'État occupe les bras inoccupés à des travaux urgents: d'une part, un jour ou l'autre, l'P^tat tirera profit de ces travaux ; de l'autre l'ouvrier sera plus content de recevoir à titre de salaire qu'à titre d'aumône et, ce qui est un point capital, l'ouvrier ne se trouvera pas complètement plongé dans la paresse, la mère de tous les vices.
L'on dira que c'est revenir aux Ateliers nationaux de 1848, Soit. Mais, dans un autre ouvrage, nous
2()4 LA QUESTION OUVllIliKt:. — LIY. 111
avons déjà dit qiuî peut-être on les a condamnés troi» vite ou trop absolument, ces Ateliers naiionau.r. Nous citions à l'appui de la réflexion ce passage d'un célèlire économiste, .lolni Stuart Mill: « Il a paru bon an « gouvernement provisoire, comme cela doit paraître « à toute personne désintéressée et intelligente, que « la terre appartient en premier lieu à tous ceux (c qui l'habitent; que toute personne vivante doit trou- (( ver sa subsistance avant que personne ait le droit (( d'avoir plus; que quiconque travaille à quelque « chose d'utile doit être convenablement nourri et ha- « l)i lié avant que personne capable de travailler soil « autorisé à recevoir son pain sans rien faire. Ce « sont là des principes de morale (1) ».
Mais l'État pourrait-il faire face à tant de dépenses? Un État prévoyant saura toujours se ménager des réserves; et, s'il n'en a pas assez, il lui est permis d(> l'aire appel à la générosité publique qui ne fera certainement pas la sourde oreille.
(1) t.e Pouvoir civil devant l'enseiijnemetit catltoHijue, Pnris, ISSS,
Proiunion disait à l'assemblée nationale en 184^: « Donnez-moi li' .1 droit au travail, et je vous donne le ilroit de propriété » {Le droit un travail et le droit de propriété, Paris, 1818, Prolof^ue, p. '>).
John Stuart Mill narpiit à Londres en 1800. Il fit paraître, en 1818. SCS Ëssaw, ouvrage remarquable qui compte plusieurs éditions. I)an> ret ouvrage, l'auteur expose les principes de l'économie polilique et en lait l'application à l'état social de notre épocpie. 11 y traite: De la pri>diidion ; De la distrihtition ; De l'échange ; De l'inlluence du proijrcs de la société sur les productions et la distribution ; De l'injhienrf du ijouvernenient . Il est revenu .sur ce dernier point dans son travail. Sur la liberté, jinblié en 1851).
Cir. II. — KC.LAIHCISSEXENTS 205
$^ III CARACTÈRE Dr':S ASSOCIATIONS.
La question renfermée sous ce litre est celle-ci : Les associations doivent-elles être temporaires ou perpétuelles? (i).
Les unes et les autres ont ou auraient leurs avantai^es et leurs inconvénients.
Avec la perpétuité de l'association, le capital est indivisible et, sauf le cas de mauvaises affaires, inaliénable; conséquemment, que des associés se retirent ou meurent, il reste toujours le même; ce qui est évidemment une cause féconde de prospérité pour l'association. Naturellement l'association demeure ouverte et elle est en mesure de n'imposer qu'un faible apport aux nouveaux associés qui, néanmoins, auront également l'usage du capital entier et jouiront des mêmes droits que les anciens.
Mais la perpétuité n'est pas le caractère des choses de ce monde. De plus, la liberté se trouve atteinte, puisque l'associé ne peut se retirer qu'en abandonnant sa mise de fonds. Pour la même raison, quand il meurt, sa famille n'a rien à réclamer: elle se voit dé- I touillée de ses droits de succession.
L'association à durée limitée n'a pas les mêmes
(1) Resoin n'est pas de faire remarquer ici que, recherchant des réformes sociales, nous ne nous arrètens pas devant les législations existantes dont, an besoin, soit cxplicitencnt, soit implicitement, nous demandons rabrogalion ou la modification.
2()() LA (Jl ESTIOX OUVIUKIU:. — LIV. 111
iïiconvéïiients. Elle n'a pas, non plus, les mêmes avantages. Mais elle a d'autres inconvénients et d'autres avantages.
On ne saurait dire que cette association soit aussi généreusement ouverte. En efTet, ou bien les nouveaux associés apporteront une mise de fonds égale à celle (les fondations, ou bien ils en apporteront une inféi-ieure ou n'en apporteront aucune. Dans le premier cas, ils seront vraiment associés avec une part entièi-c dans les bénéfices. Dans le second, ils auront une part proportionnelle. Dans le troisième, ils ne seronl guère que des travailleurs au service de l'association au lieu d'être au service d'un patron : rien ou à peu près ne serait changé dans leur situation.
Néanmoins, comme la Justice est gardée dans les droits de succession, comme la liberté, cette sainte chose qu'il ne faut jamais sacrifier que pour des raisons majeures, est respectée, nous n'hésitons pas à tious prononcer en faveur de l'association temporaire: en s'harmonisant ainsi avec la nature humaine, elle s'harmonise mieux, à la fois, avec notre état social.
Nous l'avons vu, l'associatio:i est très naturelle. Le vent, d'ailleurs, souffle de côté. L'on sent et l'on comprend que l'union ne fait pas seulement la force, mais accroît encore les bénéfices.
LUS-hZ.
Que faut-il penser du luxe '?
Et, d'abord, qu'est-ce que le luxe ?
(Al. I(. — ÉCLAIRCISSEMENTS 267
Le luxe peut se définir en général : Ce qui est ni individuellement ni socialement nécessaire ou, au moins, utile. D'où, contrairement aune appréciation assez ordinaire, ne sauraient être rangés parmi les objets de luxe : les produits des arts, les œuvres des sciences et des lettres. Car qui oserait en proclamer l'inutilité sociale ? N'ont-ils pas leur part active dans le maintien et l'accroissement des sentiments religieux, moraux, nationaux ? Nous considérons les arts, les sciences et les lettres en tant qu'ils demeurent fidèles à leur mission civilisatrice. Ils peuvent dévier, et malheureusement cela n'est pas rare, surtout à notre époque. Le but alors est manqué. Il en est ainsi trop souvent, hélas ! des nobles choses humaines. Ce sont des accidents qui n'autorisent pas à condamner les choses elles-mêmes.
Il y a le luxe relatif qui se juge d'après les circonstances ou par rapport aux choses sociales.
En premier lieu, telles œuvres ou tels objets peuvent être utiles en soi qui ne le sont nullement en certains cas. Ainsi de l'établissement d'une route qui ne serait pas fréquentée. Ainsi d'un bel habit pour un homme qui manquerait du nécessaire. Absolument parlant, la route est une bonne chose, le bel habit a son prix ; mais, dans les deux cas particuliers, la route devient inutile, le bel habit ne supplée pas à <'c qui manque.
En second lieu, un équipage pour un prince est souvent d'un usage requis pour l'accomplissement de sa mission. On n'en saurait dire autant par rapport à un cordonnier, à un tailleur. Un cheval est indis-
2()S LA QLKSTION OUVHIKUi:. - - LIV. Jll
pensable au général poui- connnander. il serait nioiiis «lue du superllu pour un fanUissin.
(les distinctions faites, nous définissons le luxe : subjectivement, le superflu dans la satisfaction des désirs, en sorte que de leur non-satisfaction il n'en l'ésulte individuellement aucun dommage, aucum' souffrance ou privation sérieuse : objectivement, les objets mêmes dont on peut se passer sans inconvénient sérieux, connue les pierres précieuses, les vins lins, les étoffes de soie, d'or et d'argent, les dentelle.-, les riches ameublements, etc.
Le luxe ainsi défini est-il ou peut-il devenir légitime? Oui ; à la condition qu'il respecte les lois de la morale. II se présente alors comme un accessoiic dans l'existence, comme la rémunération d'un ti-avail fructueux ou d'un surcroît de travail, comme un droit qui a sa racine dans la liberté individuelle. Il s'affirme même une nécessité sociale.
Suivons le raisonnement de M. Ott. « Si les travailleurs, dit ce dernier, ne produisaient que des objets indispensables ou d'utilité universelle, il y aurait nécessairement encombrement de ces produits»; d'après un calcul précédent, les travailleurs « ne poui raient en achetei* que les deux tiers » ; et. d'autiv part, lescapitalistes qu'on suppose être vingt fois n)oinnombreux que les travailieursetdont chacun «ne peut consommer en objets de ce genre plus qu'un tr.v vailleur, n'achèteraient qu'un vingtième du produil total » ; dès lors, le reste se trouverait sans emploi
eu. U. — ÉCLAIRCISSK.MKXTS 269
OU sans débouché. La conséquence à tirer est celleci : il faut c( qu'une partie des travailleurs seulement produisent des objets de première nécessité et que les autres fabriquent des produits exclusivement destinés à la consommation des capitalistes, des produits de luxe » (1).
Nous avons expliqué que « les produits des arts, les œuvres des sciences et des lettres » ne pouvaient être rangés au nombre des objets de luxe. Nous considérions les choses en elles-mêmes. Mais certains auteurs, les considérant dans les collections qui en sont faites, appellent cela un luxe public. Nous ne contredirons pas, car nous ne voulons point soulever une question de mots. Avec eux, nous comprendrons encore sous ce mot : luxe public, les expositions industrielles. Mais nous souscrivons aux sages paroles de i'uM d'eux, M. Baudrillart, surceluxe public, paroles qui s'accordent parfaitement avec ce que nous avons écrit : « Tantôt il ( ce luxe ) invite la masse à jouir de cer- « tains agréments ou avantages matériels, comme sont « les jardins publics, les fontaines. . .Tantôt il ouvre ({ les trésors du beau aux multitudes sevrées de la « possession des œuvres de la statuaire et de la pein- « ture. Il a pour l'art des musées, comme il a des bi- « bliothèques pour les sciences et les lettres et des « expositions pour l'industrie. Sous toutes les formes.
(I) Trail. (l'écoiiom. soc. . . , Paris, 1892, toin. ii, p. :!ll-3ir). Voir, pour éclaircissements, les pages qui précèdent et les calculs qui suivent.
« enfin, ce luxe collectif, s'il est bien dirigé profile à c( tous. . . Il élève le niveau et féconde le génie de ({ l'industrie. Ce luxe, en outre, a un mérite éininenl : (( il ôte au faste ce qu'il a, chez les simples parlicu- « liers, d'égoïste et de solitaire. Il met à la portée de (( la foule des biens dont le riche seul jouit liabituel- « lement ou ne fait jouir momentanément qu'un petit « nombre de personnes » (1).
C'est, néanmoins, à une condition, dit M. E. do Laveleye qui partage les idées de M. Baudrillart, à l;i condition que le luxe public ne doive jamais « être prélevé sur le nécessaire du peuple ni encourageichez les riches le goût de l'ostentation et de la sensualité » (2).
(1) Ilisloire du luxe privé et publie depuis l 'anliquilè jusqu'à nus jours, Paris, 1878-1880, toin. i, ].. 20-21.
(2) hlémeuls d'économie polil. Paris, 1800, p. 27'.).
M. Henri Baudrillart ost né à Paris en 1821. C'est un économiste (1<'> jilus distingués. Outre Vllisloire du luxe, il a publié nombre de remar- «piables ouvrages surl'économie politique, entr'autres, un Manuel sur \n niatière, La liberté du travail, l'Association et la Démocratie, Dr renseignement moral et industriel en France et à l'étrantjer. Les l'upulations atjricoles de la France, étude en cours de publication <'t (|ue nous avons déjà visé. 11 a aussi collaboré au Dictionnaire des sciences philosophiques ou Dictionnaire de l'économie politique, à la Revue dis Deux-Mondes, au Cours d'économie industrielle, etc.
M. E. de LaveUive vient de mourir. C'était un écrivain belge. Il na- (piit à Namur en 1822. Voué de bonne beure à l'étude des faits sociaux, il fut chargé, en 18G-i, de la chaire d'économie politique à l'université de Liège. .\ux deux ouvrages que nous connaissons, il en faul joindre plusieurs autres sur la matière, ainsi que nombre de brochures. Il a donné aussi des articles à la llevue des Deux-Mondes. Voir lin du vol. , Note I.
cil. II. — ÉCLAIRCISSEMENTS 271