‹ La question ouvrièreChapitre 73 sur 83 · L.\ CAISSK (lÉNKRALK UKS HKrR.MTKS l'OlU I,.\ VIKn.I.F.SSi · texte numérisé non relu

L.\ CAISSK (lÉNKRALK UKS HKrR.MTKS l'OlU I,.\ VIKn.I.F.SSi

w L'intérêt du capital, dit M. Leroy-lJeaulieu, est une '' chose sacrée, à la condition qu'on le laisse suivre le cours u naturel des choses; il devientune spoliation quand le " gouvernement le iix(^ de sa propre autoiité au dessus « du taux que déterminent les cireoiistances •>. L'éminent (■'conomiste .s'appuie sur ce principe non-seulement i)Our justifier les convensions de rentes sur l'État, mais poui- (Ml léclamer instamment de nouvelles dans les mêmes cireonstances, c'est-i-dirc quand le taux usuel a baissé. .Agir autrement, c'est, de la part de l'État, maintenir « delourds impôts . . . uniquement afin de payer aux reiitici-

(I) Op. Cil., |.. 273-^274.

NOTKS 33()

nti intérêt qu'il ne leur doit pas ». En effet, si l'argent (!'tait resté entre les mains des propriétaires, il aurait fatalement, capital et intérêt, subi la dépréciation comiimne. Il est de toute justice qu'il en soit de même, quand il a été versé au trésor public : le taux légal doit se calculer d'après le taux usuel. L'État, sous ce rapport, n'est pas sans avoir à s'adresser des reproches.

D'où M. Leroy-iieaulieu tire cette conclusion dont la seconde partie regarde la Caif<sc </ciirraIc lics rrtraiti's /lottr la vieillesse: « Ce n'est pas seulement par le refus " de convertir sa dette, que le législateur français, avec

■ son habituelle impéritie et son dédain de l'équité, crée " dans l'État des catégories d'individus privilégiés; il fait '< encore de même en adoptant pour les calculs de la ■« Caisse des retraites de la vieillesse un intérêt trèssupé- '< rieur à l'intérêt normal, le taux de ."i pour 100, puis ré- ' cemment celui de 4 1/ii au lieu du taux de 3 1 >J. Il prend

■ ainsi à la niasse pour donner à quelques-uns ; c'est sa " coutume; et le législateur, dans sa frivolité, napercott " même pas l'immoralité de ce pi'oci'dé > il».

yiilc /•.'. — f.d (J/(estl(Ui oiirriére, p. 1S7. LA LOI D AIU.VLX.

Dans l'Adresse, déjà visée, au Comité central pour la convocation d'un congres des travailleurs allemands, Ferdinand Lassalle disait encore au sujet de cettefameuse loi d'airain: « Cettre cruelle loi, vous devez avant toute

È]5 <« chose la graver profondément dans votre âme, et ne jajg; « mais vous en séparer dans aucune de vos pensées. A M cette occasion, je puis vous donner à vous et à toute I* la classe ouvrière un moyen infaillible d'échapper une fois pour toutes à toutes les tromperies et à toutes les

ri) Essiii sur lu ri'inirl. îles riches. . . , I>;ir,s, 1888, p. "286-287.

;>i() l.A (JLKSTION t»l \ lUKUK. — LIV. III

«( mystifications. A tout lioniiiKî qui vous parle do l'amc''- " lioration du sort des travailleurs, vous devez poser avant tout la question, s'il reconnaît ou ne reconnaît i pas cette loi. S'il ne la reconnaît pas, vous devez dès " l'abord vous dire que cet homme, ou bien veut vous ' tromper, ou bien est d'une lamentable inexpérience ' dans la science économique. Car, comme je vous l'ai dé- " jà lait remarquer, dans l'école libérale même, pas un " seul économiste, ayant un nom, qui ait contesté cette loi. Adam Smith comme Say, Ricardo comme Malthus, iJastiat comme John Stuart Mill, sont unanimes à en ' rocon)iaitrc la vérité. Il y a sur ce point un accord com- « plet parmi tous les hommes de la science. Et si votre " interlocuteur qui vous entretient de la situation des " ouviiers a une fois, sur votre demande, reconnu cette " loi, alors posez-lui une autre question: Gomment veut- H il triompher de cette loi ? Et s'il ne sait pas vous répon- « dre, tournez-lui tranquillement le dos, c'est un babil- (' lard vide qui veut avec des phrases creuses vous trom- (' per et vous éblouir vous-même et soi-même ». (1). A part certaines exagérations d'appréciation et de langage, il y a du vrai dans ce passage. Vouloir pour l'ouvrier, dans les richesses de ce monde, un peu de superflu n'a lien que de très rationnel, que de très juste. Et, dans ce livre, nous ne nous sommes pas propo.sé autre chose que d'indiquer les principaux moyc^nspour parvenir à ce but.

XdIi- F. — La (Jueslia)!. Durrln-r, p. 222. I.'I.MI'OT Sin I,KS OPKHATIO.NS DK lîOrUSK.

Depuis quelque temps, notre Chambre des députés

(I) Cit. ot trad. dans Essai sur In it'iiart. des liclies. . . , par M. Lci.i.v-Bcaulieii, Paris, 1888, \>. 'i'I-'i.i.

NOTKS 34 1

s'occupait d'un impôt spécial à établir sur les opérations de bourses. Il s'agit des opérations qui ont pour objet les jonds publics.

La Chambre et le gouvernement admettaient en principe cet impôt. Aussi, un député, M. Cliché, s'est-il fait chaleureusement applaudir par une grande partie de ses collègues, lorsque, dans un langage qu'on trouvera trop énergique, il proclamait cet impôt «juste, moral entre tous, puisqu'il épai'gnerait le travailleur français pour frapper l'exécrable engeance des manieurs d'argent ».

Deux systèmes étaient en présence. L'un, celui de la commission du budget, frappait toute opération de bourse, qu'elle soit au comptant ou à terme. L'autre, celui de M. Tirard ou du gouvernement, n'atteignait que les opérations à' terme. Maispourquoiles opérations à terme plutôt que celles au comptant ? Car nos législateurs ne peuvent avoir en vue que les opérations licites, conséquemment doivent laisser de côté les opérations libres ou à primes et celles qui portent les noms de report et de dé- ' port.

Peut-être, cependant, certains députés ne seraient-ils

. pas éloignés de vouloir légitimer par une loi l'agiotage

simplement toléré ? Est-ce en ce sens qu'un député,

IM. .lourde, demandait sur les premières opérations une

ttaxe égale au courtage des agents de change et sur les

secondes une taxe double.

La taxe consentie parle gouvernement et la commission luBudgetpourles valeurs cotés et non cotées était celle-ci: |10 centimes par 1,000 francs ou fraction de 1 , 000 francs ipour les titres n'excédant pas 5,000 francs; 0, 50 centi- Imes par 5, 000 francs ou fraction de 5, OCX) francs pour î'ies titres ne dépassant pas 50, 000 francs; 5 francs par 000 francs ou fraction de 50, 000 francs jusqu'à

:U2 LA 01 KSI'I')N t)i;VIUKUK. M\. III

5(X),()00 francs ; 10 francs par 1(K),(XJ(I francs ou fraction «ie 10U,00() francs au dessus de 5(X), ()00 francs.

Comme on le voit dans le projet du gouvernement ri de la commission, le nouvel impôt est un droit de timiirc proportionnel à acquitter.

Dans la sranco du 24 IT-vrier dernier, la Cliamhre a adopté le projet du gouvernement.

Ce qu'il y a de bon et de juste dans la nouvelle loi. c'est qu'elle atteint également les coulissiers et les agents de change.

Ce qui serait mieux, c'est que cette loi ne fût pas seulement destinée à combler des vides dans le budget, mais put permettre certains dégrèvements, par exemple des dégrèvements de la propriété foncière.

Aura-t-elle l'inconvénient d'entraver en quelque chese les opérations de bourses? Nous ne le pensons pas, tant aujourd'hui ces opérations sont en faveur ! Kt, d'ailleurs, où serait le mal, si elle en tempérait un peu les ardeurs.

Nos législateurs auraient dû frapper également d'un impôt analogue les opérations similaires dans les bourses du commerce. Là on joue aussi bien que dans les bouises consacrées aux fonds publics. Je connais un jeune commerçant qui s'est ruiné en opérant d'après des pn''visions sur la hausse ou la baisse des grains.

Xntf (1. — I.a Oiicstion oiin-irn', p. !2i8. 1,'INTEUVE.NTION DK L'ÉT.Vr.

Kxaminant les trois cau.ses qui dans notre? siècle ont amélioré la situation des ouvriers : l'intelligence, de la j)art lies patrons, de leurs propres intérêts; les grèves, de la part des ouvriers, pour de légitimes revendications ; l'intervention de l'État, M. Leroy-Beaulieu a écrit

NOTKS 34*3

sur ce dernier point : « C'est, néanmoins, l'intervention du législateur qui a le plus contribué à la réforme de la i^randii industrie. Rompant avec ses traditions an- ■ térieures, le législateur, agissant graduellement, timidement d'abord, puis avec plus d'audace, à été le principal auteur de la réduction de la journée de travail et d'améliorations sérieuses dans l'organisation des ateliers ».

Puis, le même économiste, lui, amant sincère de lalil)erté individuelle, ennemi déclaré du socialisme d'État, ii'liésite pas à tracer ces lignes : « On a souvent débattu, entre économistes, la question de savoir si le législateur est sorti de son rôle en s'informant des conditions du tra- « vail dans les ateliers et les usines, et au besoin en les ré- « glementant. Peu d'États ont cru devoir s'arrêter au sysat. téme de l'absolue abstention en ce qui concerne la police « du travail en commun ; peu d'écrivains au.ssi ont « recommandé cette indifférence ou cette inaction. C'est « l'aristocratique Angleterre, le partisan le plus déclaré et ,<i le plus tenace de la liberté individuelle, qui la première a pris l'initiative des lois sur les manufactures. La pe- « tite république fédérale et démocratique de l'Helvétie, « entrée en 1877 la dernière dans cette voie, y a fait « plus de progrès que ceux qui lui avaient donné l'ex- M emple.

« Il ne peut y avoir aucun doute sur la légitimité et l'u- « tilité de l'intervention de l'État pour la règlementa- ■ « tion des mineurs et des fenniies. L'État a envers ces « deux catégories de personnes un droit de protection ; ; « il doit l'exercer, assurément, avec réserve et circons- ^« pection pour ne pas annuler le droit du mari et celui « du père, mais il ne saurait non plus renoncer à en h faire complètement u.sage. L'État a aussi des devoii-s « envers lui-même, envers les générations futures, celui

i.A (,>ii:s'i-i(tN (i(\ r,ir r,i:. - liv. III

" iiotaiiimeiit do prései'vcr les lurces nationales. Sur ce " premier point, il ne peut, y aviiir de contestation. J7in- " tervcnliiin de TKlat est rui-mv un |)iiiicip(- léj^^itime « pour stipuler les eondiliuus lualériclles, l'ensemble des '< garanties que l'on p(nit exii^ci' des industriels au point ■' de vue de la salubrité ('t de la sécui'ité du travail de 0 l'ouvrier. . .

" Le principe ist certain ; l'application doit en êtrepru- « dente ; c'est seulenieut dans les cas particuliers que

V des contestations iicuvenl s'»''l('\ci' ■ ri i.

C'est au cours de la discussion dune lie ces lois en Angleterre que le célcbre Macaulay s"(''criail, on 1846, dans le ParlemtMit : « La loi a déjà réduit dans de lai'p;(- « proportions le temps de lra\ail dans les manurac' u tures. il y a trente ans, l'usaiic était de faire travailla 1er des entants de lunt ans (piin/c lu'ures par jour; « mais une loi a été rendue depuis qui n'-duit la journée y ;'i douze heures au dessous de dix-huit ans. Cette loi (( fut combattue pour les mêmes raisons qu'on oppose au-

V jourd'hni à la réduction nouvelle que nous demandons. c. On dit alors au Parlement, comme aujourd'hui, que le « produit du travail diminuerait avec sa dun'c, i|ue les sa- (I laires tomberaient avec les productions, que nos ma- « nufactures ne pourraiei:t soutenir la concurrence avec .. l'i'ti'aniier, et qu'eu r(''sumé l'intervention de la loi, au " lieu eranitMiorer. aiiLii'averait la situation de la popu- « lation ouvrière. Ileiise;/. le-, .ir.juits de cette époque, el « vous croirez lii'e un con4)te-renilu de la séance de (^ cette nuit. La Chambre n'a pas tenu compte de ce.- .. sinistres prophéties. La durée du travail a été limitée. M Les salaires sont-ils tombés? L'industrie cotonnière a- (. t-elle abaiidouné' .Manchester pour la France ou l'AlU'-

(l) Ksxiiisiir hi ri'piirl. des ri, lies. . . . I';iris. I8K8, |). iO-J-il'>r>.

NOTi'-.s 345

magne? La condition do la classe ouvrière a-t-elle empiré ? N'est-il pas universellement reconnu qu'aucune des calamités qu'on prédisait ne s'est réa- M lisée ».

Et avec quelle éloquence l'orateur, dans le même discours , parlait du repos du dimanche ! « L'homme ! H l'homme, disait-il, voilà le grand créateur de la richesse. « La difTérence entre le sol de la Campanie et celui " du Spitzberg est insignifiante à côté de la difTérence ■ que présentent deux pays habités, l'un par des hom- ' mes pleins de vigueur morale et physique et l'autre par " des êtres plongés dans la décrépitude des sens et de M l'intelligence. Voilà pourquoi nous ne nous sommes <•. pas appauvris, mais au contraire enrichis par ce sep- ^^^ tième jour que depuis tant d'années nous consacrons H au repos. Ce jour n'est pas perdu. Pendant que la ma- « nufacture s'arrête, pendant que la charrue dort dans « le sillon, pendant que la bourse est silencieuse, pen- X dant que la fumée cesse de s'échapper par la cheminée « de la fabrique, la nation ne s'enrichit pas moins que y dans les jours laborieux de la semaine. L'homme, la « machine des machines, celle auprès de laquelle toutes « les inventions des Wat et des Arkrwight ne sontrien, se « répare et se remonte, si bien qu'il retourne à son travail « le lundi avec l'intelligence plus claire, plus de courage à « l'œuvre et une vigueur renouvelée. Jamais je ne croirai « que ce qui rend une population plus forte, plus riche, « plus sage, puisse finir par l'appauvrir. Vous essayez de K nous effrayer en nous disant que, dans quelques manu- " factures allemandes, les enfants travaillent dix-sept heuu res sur vingt-quatre ; qu'ils s'épuisent tellement au traw vail que sur mille il n'en est pas un qui atteigne la ft taille nécessaire pour entrer dans l'armée; et vous me '< demandez si, après que nous aurons voté la loi proposée.

:}yî LA oi r.sTFON orviîiKHi;. — i,i\. |||

« nous pouirons nous défendre contre une pareille con- " currence. Je ris à la pensée de cette concurrence. Si " jamais nous d(!vons perdre la place que nous occupons " à la tète des nations industrielles, nous ne la céderons '< pas à une nation de nains dégénérés, mais à quelqu.- « peuple qui l'emportera sur nous par la vigueur de son » intelligence et de ses bras » (11.

Ao/c 7/. — Jjt Qiicslioti (H(rru-)'f, p. 2").') TENMJANCK A ISE MOINDnE IXKGALITK I)K lUCMKSSI-S.

-AI. Leroy- Beaulieu s'est proposé tie démontrer « que la répartition des richesses avait une tendance à se faire d'une manière de moins en moins inégale dansles sociétés modernes. Baisse sensible du taux de l'intérêt, baisse des profits industriels et dos commerçants, arrêt et même recul dans la marche ascendante de la rente de la terre, di.sparition des gros traitements, élévation des traitements moyens et petits, haus.se des salaires, surtout de ceux des ouvriers des dernières catôgorres, taux stationnaire ou moins rapidemenl croissant du salaire des ouvriers habiles. . . » Sauf des a cas rares, la tendance à une moindre inégalité des revenus est incontestable » (2).

Nous ne voulons pas contester la vérité de cette tendance générale.

Nous avons exprimé déjà notre pensée sur le grand commerce, les puissants industriels, les grands financiers, les .salaires, h.'s petits traitements, les sinécures. Nous venons de parler des gros traitements dans les chemins de fer.

(1) Cit. et tiad. .laiLs lliid. p. Hh-H\H.

{i) Essai sur la répart des riches . . . , Paris, 1888, p. .l'.)2-i9;{.

NOTKS 347

ilesterit les traitements des fonctionnaires supérieurs de l'État.

Nous confessons que ces traitements ont diminué généralement en France. Ainsi les traitements des ministres sont descendus de 120, 0(X) francs sous le premier empire à 00, 000, les traitements des conseillers d'État de 25, 000 à 46, 000, ceux des préfets de 20, 000, 30, tXX), 40, 000 à 18,000, 25,000, 35, 000. Les directeurs généraux des ministères touchaient de 25, 000 à 30, 00<3 francs ; aujourd'hui ils touchent de 18, 000 à 25,000 francs.

Les exceptions à noter regardent particulièrement les -ambassadeurs, les gouverneurs et sous-gouverneurs de la Banque de France et du Crédit foncier.

L'aristocratique Angleterre se montre récalcitrante au mouvement: elle est toujours le pays des énormes pensions.

Puisque nous en sommes aux traitements de l'État, nous dirons franchement que nous voudrions que la tendance fut plus accentuée encore, ou, du moins, que les petits traitements fussent plus élevés. Tout le monde sait <(ue les employés inférieurs des préfectures, des ministères et autres se trouvent condamnés à vivre dans lu gène.

Xotc I. — La (/uestion ouvi'irvc, p. 270

i>K i>i:xi:.

l'roudhon traite aussi du luxe à un autre point île \ ue.

Le luxe, dit-il, « est déjà plus qu'un droit dans notn^ " société ; c'est un besoin ; et celui-là est vraiment à " plaindre qui ne se donne jamais un peu de luxe. Et

c'est quand l'effort universel tend à populari.ser de plus

348 LA QUKSTioN ouviUKm:. — ijv. m

« en plus les choses de luxe, que vous voulez restreindiv « la jouissance du peuple aux objets qu'il vous plait di' « qualifier objets de nécessité ! C'est lorsque par la corn- « munauté du luxe les rangs se rapprochent et se con- « fondent, que vous creusez plus profondément la ligne (f de démarcation et que vous rehaussez vos gradins ' « L'ouvrier sue et se prive et se pressure pour acheter m « parure à sa fiancée, un collier à sa fille, une montre .1 «son fils ; et vous lui ôtez ce bonheur, à moins toutefois «qu'il ne paye votre impôt ! »

Proudhon s'élève donc contre les lois somptuaires. il continue en s'adressant toujours à ceux qui les demandent.

« Mais avez- vous réfiéchi que taxer les objets de luxe. « c'est interdire les arts de luxe'.' . .. Êtes-vous sur que « l'impôt du luxe ne serait pas acquitté par l'ouvrier de « luxe, comme l'impôt sur les boissons l'est par le con- « sommateur des boissons?... La belle spéculation en vt- « rite ! On rendra vingt francs au travailleur sur le vin et « le sucre, et on lui prendra quarante francs sur ses «plaisirs! Il gagnera soixante quinze centimes sur \>- <s cuir de ses bottes, et pour mener sa famille quatre fois « par an à la campagne, il payera six francs de plus pour « les voitures » (1)!

Il .semble bien que notre Chambre des députés a uiif tendance à fabriquer des lois somptuaires. Ainsi de son impôt sur les pianos, sur les livrées. Peut-ètn; pourrait on qualifier de même la taxe sur les vélocipèdes.

Los vélocipèdes procurent un excellent exercice corporel, et sont appelés à dédommager un peu ceux qui n'ont pas le moyen de se payer une voiture et un cheval.

{\) Sustême des contradicl, ècononiiq., Paris, 187!2, loin. 1, p. ^><.'>-

im.

Les livrées ne sont pas seulement pour les maisons aiistocratiques ; elles sont aussi adoptées par les grandes compagnies, les grandes administrations, les grands magasins. Dans ce dernier cas, si les livrées sont maintenues, qu'on se persuade bien que ce sera la clientèle qui paiera l'impôt.

On oublie que le piano a souvent un rôle moralisateui-, (Ml retenant au foyer les membres de la famille et en faisant aimer d'innocentes réunions à une foule d'étudiants, de fonctionnaires, de jeunes officiers, de jeunes gens du inonde.

Note J. — La question ouvrière, p. 318. l'offick central des institutions charit.xbles.

Les institutions religieuses et charitables de Paris sont bien nombreuses. Nous croyons devoir signaler ici l'œuvre qui sert de trait-d'union entre elles. Nous venons de nommer VOfftce central des institutions charitahles . Voici ce que nous lisons sur cet Office central dans le Maiturl (Irx (Euvres :

« Son but est de servir de lien entre les œuvres et d'in- " ti'i-médiaire entre elles et le public, sans toutefois s'im- " iniscer dans la vie de ces œuvres ni porter atteinte à la ' personnalité d'aucune d'elles.

L'Office central est divisé en six bureau.x :

" 1" Renseignements sur les œuvres, en indiquant les ' l'tablissements où peuvent être admis les enfants, les

vieillards, les malades etc., et se chargeant de faciliter

les placements ; mais l'Office ne donne aucun secours ;

' 2" Renseignements sur les pauvres avec le concours H du directeur de LAssislancc par le travail ... ;

:îr>0 I.A yUKSTiUN OLVltlÈHK. — L|\ . IH

" .'{" Assistance par le travail ;

« 'i" Rapatriements, correspondants en province;

« 5" Assurances, intermédiaire entre les conipafj;nies it « les Q'uvres, institutions de prévoyance ;

I' G" Études sociales ; statistique.

« Les adhésions et les demandes sont reçues anx Im- « reanx de l'Office central ».

Les bureaux sont situés rue de Champagn\ , ;{.

IjCs journaux nous apprenaient dernièrement ( février 1893 ) que M. le comte de Laubépin vient d'alfecter une somme de 30, 000 francs au développement de VOfli cfiitrnl (les institUtiomt cliaritabli's.

Noie K. — Jm qiu'Klio)! oiicrière, p. 330

IN DEVOIU SOCIAL.

Nous lisons dans l'Ecclésiastifjue (1) : «Si vous fuites du Itien, suchezn qui vous le faites, et votre bienfait empruntct'n à votre connaissance beaucoup de grâces. Faites du bien au juste et vous recevrez une grande récompense, sinon de lui. (lu moins du Seiijneur. L'auteur sacré insiste : Donnez au Nuscricordicux . . . Donnez (i celui (jui est bon . . . Faites du bien (i celui qui estJmmble . . .

I\r. Claudio Jannet, s'inspirant certainement de ci s i)iiroles, a écrit : « Il n'est guère d'acte humain qui, au moins <■ par son intention ou par ses conséquences, soit ab.so- .« lumcnt indillérent. Le serait-il donc de porter sa clien- " télé à des commerçants ennemis de la religion, alors « que l'on pourrait s'adresser à des fournisseurs chré- " tiens? L'est-il de choisir ses ouvriers parmi les ennemis

(I) MI, /// illilii).

NOTF.S .151

H de l'ordre social, alors qu'on a autour de soi des tra- " vailleurs honnêtes » (i) ?

Les travailleurs honnêtes, disons-le franchement avec il- P. Ludovic de Besse, les catholiques, trop souvent hélas ! ne savent pas les distinguer, négligent de leur accorder leur bienveillance, leur appui, leurs travaux. Et, pourtant, continue M. Claudio Jannet, «ceux-là seuls qui ont vécu avecles travailleurs honnêtes savent quelle blessure fait à leurs sentiments de justice l'abandon où les laissent trop souvent les personnes haut placées, alors ' que des convictions communes devraient les rappro- ■ cher dans les relations d'affaires de chaque jour» ('ii.

En ce qui regarde le commerce, les entreprises, il >■ a longtemps déjà que M. Adolphe Baudon, plus tard prési- 'Iciit général des conférences de Saint-Vincent de Paul, re- < (immandait instamment aux catholiques justement soucieux de leurs intérêts, « de joindre à leurs déterminalions un autre élément, la considération des personnes ». Il ajoutait : «: A mt'ritc égal, à sûreté pareille, pourquoi • ne pas préférer l'entreprise qui est dirigée par des honi- " mes de leurs convictions, qui a peut-être un l)ut moral en (' vue, ou du moins s'applique à marcher dans les voies " les plus chrétiennes ? Y pense-t-on généralement? S'en préoccupo-t-on entre catholiques, comme il est de no- ■' toriétéque les protestants le font entre eux, comme les Israélites le fontpourleurscorréligioiniaires?Non, certainement, et c'est là évidenniient une des causes d'inféliorité des commerçants catholiques. On s'adresse à eux, quoique catholiques » (3).

Si les catholiques ont des reproches à se faire, les re-

(\) Le Socialiaim' (iKlat l'aiis, 1,ST(>, |i. i:!l-i;!-2.

Ci) Ibid. , y, .«3.

("î Cil. ///(/. . |i. i;!i. (Taiiivs le Cofrcsponihml i\ii seittcmliiv 185.").

X)'! LA (jrKSTiON ouviuKm:. — liv. IJl

ligienx en ont parfois aussi : il est des maisons reiipfieuses (jui font appel à la charité catiiolique et vont porter leur ariçent cliez les Juifs et les franes-macons.

M. E. Drumontnousa raconté quelque part l'histoire ^ de deux religieuses venant demander des secours à un j commerçant catholique et, après en avoir reçu une généreuse offrande, allant faire leurs emplettes dans la maison d'en face, faisant le même commerce et tenue par un Juif.

Nous pourrions rapporter deux faits analogues.

Dans une petite ville de province, une maison de commerce passa de mains catholiques à des mains juives. Cette maison avait la fructueuse clientèle d'un établisse ment religieux. Croyez-vous que l'établissement religieu: jeta les regards sur les maisons catholiques pour leii <lonner ses préférences? Paslemoinsdu monde. On ava toujours été là-bas, et on continuait à y aller !

Dans une autre localité près Paris, il y avait un médt <'in connu pour être franc-maçon. Quelques personne s'entretenaient un jour de son affiliation à la secte ; une d'elles de faire cette réflexion : « Allons donc ! Êtn « franc-maçon ne doit pas être un si grand crime, puis « que ce médecin a la clientèle de tous les couvents » !

11 y a longtemps que nous l'avons pensé et dit, et n( tre conviction devient de plus en plus profonde, si les ca tholiques de France comprenaient leur devoir social, s'il avaient la ferme volonté et le viril courage de l'acconn i)lir, sur ce terrain comme en tout, au lieu d'être à 1 merci des francs-maçons et des Juifs, ils deviendraieii promptement les maîtres de la situation.

Page 1