‹ La quéstion ouvrièreChapitre 16 sur 66 · Cette comptabilité comprend · texte numérisé non relu

Cette comptabilité comprend

Les livres de commande^ divisés ici en trois catégories : Paris, province, étranger. Est-il besoin d'ajouter que toutes les commandes y sont inscrites ?

Le livre de débita où tous les objets sortis de la maison sont constatés.

Le livre de caisse, qui relate le mouvement des fonds, sans une très grande originalité, malgré une disposition assez curieuse des colonnes.

Mais elle se terminé par un livre d' atelier ^ très spécial, qui exige une description.

19. — Le livre d'atelier de l'ébéniste était fort simple. A gauche, la commande : à droite le prix de revient calculé pour la commande même par le contre-maître.

Ici le livre d'atelier se complique du tarif àe la maison : de toute une collection de petits registres catalogués,

qui exposent le prix de revient de chaque article, coté d'avance à sa juste valeur, matière première et maind'œuvre.

20. — Ouvrez au hasard. Il s'agit d'un petit mouton de zinc estampé (4 centim. de haut, 6 centim. de large) qui relève d'un ensemble: une ferme — la classique arche de Noê a fait son temps, comme trop peu scientifique. Le prix de revient de la grosse, soit 144 pièces, se décompose ainsi qu'il suit :

Zinc, 2 k. 100 à 70 fr. les 100 k, soit 1 fr. 45, sur

lesquels déchets à soustraire, fr. 68 fr. 82

Façon du ferblantier 1 fr. 10

Soudure et gaz fr. 80

Estampage et découpage 1 fr. 10

Ferblanc et découpage du pied fr. 25

Peinture (prix des substances) 1 fr. 50

Façon du peintre * 1 fr. 75

Total 6 fr. 82

Ce premier prix de revient va prendre place dans un compte général ; le compte de la ferme, à laquelle le mouton est destiné. Ce compte réunit le prix de revient du mouton, de la vache, du chien, etc., etc., à celui du cartonnage, du papier, de la ficelle et de Pencartage (installation du jouet dans la boite même) : il a pour conclusion le prix de revient général. En face de ce dernier chififre, sur la môme page, se note le prix de vente déterminé par l'ofifre et la demande, et au-dessous le bénéfice obtenu à la vente ordinaire, c'est-à-dire l'escompte déduit. Ce bénéfice est calculé, abstraction faite des frais généraux, évalués à 10 0/0; il est dit bénéfice brut, et la soustraction d'un dixième conduirait au dernier terme cherché, le bénéfice net.

21. — Étant donné ce tarif, le livre d'atelier se transforme en un livre à souche. Le contre-maître des ferblantiers a reçu par exemple huit grosses de moutons à fabriquer : il inscrit sur le talon tant de grosses à souder, 1 fr. 30, remet la feuille détachée à un ouvrier ; et ainsi de suite. Après travail, l'ouvrier rapporte la feuille au réceptionnaire, employé chargé de la réception des marchandises. Le réceptionnaire signe, constatant la livraison. La feuille devient un mandat sur la caisse. A la fin

de la semaine, récapitulation des feuilles par le contremaître, contrôle aux bureaux : et le montant est versé à deux guichets, chaque atelier défilant à tour de rôle.

22. — Le mécanisme de la comptabilité ainsi dévoilé, il semble assez facile de retrouver, non pas le chiflFre exact des bénéfices — dans la spécialité métal les secrets sont bien gardés et les révélations de Tan dernier improbables, — mais, ce qui nous importe bien davantage, le système d'après lequel ces bénéfices sont constitués.

Si Ton examine un article isolé du i^tarif, nous savons déjà que par la différence du prix de vente réel (vente en gros, diminuée de l'escompte) et du prix de revient, on arrive au bénéfice brut. Nous savons aussi que pour atteindre le bénéfice net^ il faut enlever les frais gênérauXy c'est-à-dire : le loyer, les impositions, les assurances, le traitement des chefs de la maison évalué pour chacun d'eux à la somme très modeste de 300 francs par mois, les appointements des employés, les chevaux, voitures et garçons, le chauffage, le gaz, la correspondance et enfin V intérêt du capital, ce qui constitue ici une proportion uniforme de 10 0/0.

Si l'on porte son attention sur un très grand nombre d'articles, on est frappé de ce fait, surprenant pour les profanes, que les bénéfices nets^ ainsi calculés, ne sont pas identiques, que tour à tour ils s'élèvent, s'abaissent, se suppriment même. Quel est le prix réel de la douzaine de ces boites de ferme? 27 francs et 5 0/0 d'escompte (jadis elle a valu 30 francs et 5 0/0 d'escompte) : cela correspond à 32 0/0 de profit hrut. Enlevez 10 0/0 de frais généraux ; il reste 22 0/0 de profit net. Par contre, vous doutez-vous du cours de ce ménage fer-blanc ? Vendu à 7 francs, et 45 0/0 d'escompte, soit 3 fr. 73, il n'offre que 8 0/0 de bénéfice brut, car il est tué par la concurrence d'un atelier voisin, qui joue à la baisse : ôtez 10 0/0, 2 0/0 de perte. C'est un article sur lequel on perd.

Donc, — et cette remarque est capitale, car elle nous amènera peu à peu à saisir le fonctionnement de l'industrie du jouet tout entière, et même la manœuvre occulte des grands magasins, si ignorée du public — leprincipe ici adopté est celui de la compensation des bé-

NÉFiGES (1), qui se résume ainsi : abaisser, supprimer le profit sur un point par réclame, l'exhausser prodigieusement sur un autre par passion du gain.

28. — Ajoutons pour les curieux incorrigibles, qui tiennent à l'estimation du total des profits, que le chiffre d'affaires de cette usine-maîtresse du jouet atteint 1.200.000 francs, ce qui en maintenant les bénéfices à 10 0/0 représente 120.000 francs.

24. — b. Organisation industrielle. — Décrivons-là, en jetant quelques aperçus sur la monographie de l'ouvrier, qui a servi de base à cette analyse de la* première catégorie du jouet.

Un fait nous frappe, dès le seuil de la puissante fabrique de la rue Fontaine-au-Roi : le secret profond qui l'enveloppe. Ici nous sommes en présence d'une place forte, interdite aux touristes, de l'un de ces arsenaux où le moindre coup d'oeil est taxé d'espionnage. Les chefs de la maison ont conscience, en effet, de commasder une des citadelles de l'industrie, dans sa lutte toujours intense contre la grande rivale : l'Allemagne. C'est là que le jouet métal a été développé, démocratisé ; le marché français a été presque complètement réservé, l'exportation, bien qu'un peu abaissée depuis un an, s'est étendue. Un retour offensif est à craindre. Les inventions et les simplifications de procédés se multiplient.

25. — Ce secret est la cause déterminante, qui a fait établir au centre, au cœur même de l'usine, un atelier de mécaniciens. Le contre-maître, chef des travaux, intéressé, parent de l'un des directeurs, homme de confiance entre tous, qui réunit les aptitudes les plus diverses, tour à tour mécanicien, dessinateur, menuisier, etc., etc., les dirige. Leur nombre est assez restreint: on nous a prié de ne pas le divulguer. Ils sont payés à l'heure, comme toujours et dans tous les métiers pour les travaux soignés, impossibles à préciser d'avance. Là se fabriquent toutes les matrices, tous les outils, dont l'avance écrase le patron de la petite industrie. Les autres

(1) Cette expression est la seule juste, bien que dans sa manifestation la plus hardie eîle deyienne la compensation d'un bénéfice avec une perte.

maisons, même les plus prospères, se montrent hostiles à ce mode de procéder, peut-être parce que la chasse du jouet nouveau y est moins ardente: elles préfèrent le forfait conclu avec un mécanicien du dehors, qui s'interdit tout autre client relevant de la spécialité. L'avantage serait double : on supprimerait d'abord les pertes de matériaux et les pièces manquées, toujours fréquentes dans les essais, et d'autre part l'effet désastreux du contact des mécaniciens à fr. 90, et 1 franc, sur les ferblantiers, découpeurs et estampeurs réduitsàdes salaires très modestes.

26. — C'est de là que Tidée inspiratrice se répand dans les dix à douze ateliers — la discrétion qui nous a été imposée nous contraint de ne pas préciser — qui remplacent les trois chambrettes du petit patron et peuplent les deux étages des halls vitrés, dans Timmense usine de ces < rois du fer-blanc ». Suivons les phases d'une fabrication : celle de ce tombereau parisien, peint en vert, vendu 15 francs la douzaine en gros, revendu à 39 sols par le détail. L'outillage sort de l'atelier de mécanique : outils à découper, outils à percer, à cambrer, matrices à estamper ont coûté près de 3000 francs. 11 s'agit de préparer et de réunir les différents éléments de l'objet, suivant les propriétés des métaux ; les surfaces planes en fer-blanc (lame d'acier étamé), les roues aussi en ferblanc, tentative nouvelle^ puisque jusqu'ici le plomb seul par son poids semblait présenter les conditions nécessaires de stabilité, le moyeu en zinc, à cause de la malléabilité qui facilite l'estampage, le cheval également. La première tâche revient à l'atelier des découpeurs, qui rappellent quelque peu les ébénistes dans la construction du meuble; payés aux pièces, et se haussant parfois jusqu'à 7 francs par jour, ils disposent les pièces étendues et régulières du bâti, celles qui seront soudées et celles qui seront estampées. A côté, s'ouvre l'atelier des fondeurs, assis devant la chaudière, où bout le liquide en fusion : condamnés à une température d'étuve, ils tiennent le moule de la main gauche et y font couler avec une cuiller le plomb ou l'étain, destiné aux pièces résistantes : leur satellite obligé est l'ébarbeur ou l'ébar-

beuse, sous-ordre payé 1 fr. 25, 1 fr. 50 par le patron ou le fondeur, suivant les maisons, dont la fonction consiste à enlever à la lime, les « bavures > les petites excroissances adhérentes à la surface de Tétain. Nous reverrons cet atelier, où travaille l'ouvrier monographie. Une opération différente s'exécute dans la troisième salle : celle des cambreuses, qui replient à la machine certaines feuilles de fer-blanc, destinées à former l'angle : 3 francs par jour. Le quatrième atelier s'annonce par des chocs sourds. Estampeurs et estampeuses (7 fr. et 3 fr. comme maximum) y impriment, par la pression énergique du balancier, les pièces appliquées sur des matrices en fonte d'acier. La préparation des parties est achevée: tout va se réunir au cinquième atelier, celui des monteuses, qui accrochent les pièces à jointures mobiles, et au sixième, celui des soudeuses, qui à la flamme du chalumeau, achèvent l'union des pièces fixes, cheval dans les brancards ou cocher sur son siège. Reste le décor, la tâche des garnisseuses, en nombre infini, qui pour 2 francs par jour, passent les couleurs et les vernis à l'alcool, et des décoreuses proprement dites, qui se réservent les filets et les peintures difficiles : salaire :4 fr. 50. Négligeons ces multiples ateliers, toujours identiques à eux-mêmes, pour arriver au dernier — dixième ou douzième, celui du garnissage définitif. L'objet y est porté après séchage ; déjà de petites boites en carton ont été découpées à la machine et collées par des ouvrières, les unes groupées à l'usine, les autres travaillant au dehors et laissant apparaître un coin nouveau du « Sweating-System. > Le petit tombereau est placé dans sa boîte : sur le couvercle, une étiquette avec la marque de la maison en reproduit l'esquisse et l'annonce aux acheteurs. Il va prendre place dans les vastes réserves de la maison, divisées en deux sections : outillage et matières premières, fer-blanc Berthoud, zinc de la Compagnie Asturienne, plomb anglais, — et d'autre part, jouets de toutes les époques, les uns jeunes d'une vogue nouvelle, les autres plus mûrs, mais qui retrouvent, après l'oubli de l'inconstante population parisienne, les affections plus fidèles des provinces ou même de l'étranger.

27. — Entre ces divisions immuables, la foule des 300 ouvriers de l'usine, portée à 350 aux heures depresse, se répartit, docile aux ordres de la cloche, qui règle les entrées et sorties de cette journée de 11 heures, coupée par un repas d'une heure à midi, et dix minutes de repos à quatre heures. C'est dans cette foule serrée et compacte, que nous allons suivre l'ouvrier-type, dont la description complétera l'analyse du jouet-métal, côté de la grande industrie.

28.* — B. — Monographie d'une famille ouvrière du jouet-métal. — L'ouvrier choisi appartient à l'atelier des fondeurs et sort d'une longue période de chômage. Une mise au repos (1) inj uste,prononcée par un contre-maître, qui Ta sacrifié à deux camarades plus récemment engagés que lui, mais plus experts dans l'art des services dévoués d'un ordre tout intime, a amené avec celui-ci une rupture violente etlasortie d'un atelier, où l'ouvrier comptait, avec d'assez longues années de service, des sympathies indiscutées. L'attente a été dure ; mais il n'a pas plié, car, ainsi que le charpentier indépendant de notre première année d'études, il a trouvé lin soutien de son indépendance dans une situation, que sa femme avait su personnellement se procurer. Concierge dans un des immeubles de la rue Barbette, concierge d'ailleurs affichant des allures artistiques, que bien peu de loges du quartier connaissent, il a coquettement orné les deux pièces, allouées par le propriétaire comme salaire en nature^ d'un ameublement d'acajou, que sa femme, jadis ouvrière passementière fort habile, acheta sur ses économies, et aussi de tableaux, paysages ou portraits de famille, dus au pinceau d'un sien beau-frère, qui se console de ses insuccès au salon en exécutant à la douzaine les paravents et les stores : la garniture de cheminée, dont la pièce centrale est une pendule authentiqueen Sèvres, témoigne même de relations assez hautes, et d'un goût exceptionnellement développé. C'est qu'ils sont les représentants

(1) La mise au repos est le procédé naturel pour amener la transition entre la période de surmenage et la période de chômage alternative dans le jouet. Un certain nombre d'ouvriers sont remerciés momentanément. Le dernier arrivé doit partir le premier. G*est un tour de rôle.

de ce demi-tiers-état, qui a toujours aspiré à s'élever, sans le plus souvent y parvenir, ces deux ouvriers, l'un fils d'un petit patron filateur de Lille, mort ruiné, Tautre fille d'un gros fermier de l'Oise, dont l'héritage a été dissipé par un tuteur. Ils se sont d'abord établis dans le petit commerce, à Vaugirard, ont revendu 2500 francs — le prix coûtant — le débit de vins, que la santé du mari ne permettait plus de tenir : puis, après bien des essais infructueux, bien des maladies, des insuccès qui ont absorbé le capital accumulé surtout par la femme, ils ont échoué dans cette loge : elle, payée 400 francs, d'où il faut déduire 50 francs de fournitures (balais, eau de cuivre , etc.) , mais pour y ajouter 150 francs de pièces allouées aux étrennes et aux termes; lui, ouvrier fondeur, successivement dans la poterie d'étain, où il fabriquait les têtes de siphon pour eau de seltz, enfin dans le jouet, où il a donné le jour à bien des régiments de petits soldats de plomb, sans parler des fragments divers, que lui impose l'usine où nous le rencontrons. Travaillant sans cesse aux pièces, dans un métier capricieux, où le moule, que l'on doit réchauffer à chaque reprise de travail, contraint à de longues attentes ; soumis nominalement à une journée de 11 heures, qui s'agrandit de suppléments aux moments de presse, et se restreint, par suite des mises au repos partielles, aux époques de morte-saison, il arrive, en tenant compte des huit jours de vacances du premier de Tan, des dimanches, des maladies (ce qui exclut le chômage terrible, mais exceptionnel, de cetteannée) à un total de 290 journées — journées inégales entre toutes, les unes s'élevant à 10 francs, les autres rabaissées à 4 francs, 4 fr. 50, pour osciller en définitive autour de la moyenne de 5 fr. 60. 325 francs de salaire pour la femme, 165 fr. de pièces, 1627 fr. 01 pour l'homme; c'est indiquer comme maximum de ressources, maximum que 1891 n'atteindra pas, 2200 francs (en réalité 2118 fr. 15).

29. — Or, les dépenses se sont succédées par contre coup sur coup : l'accouchement de l'ouvrière, l'embauchage de la nourrice et le loyer mensuel de celle-ci — 145 francs versés en une fois; 22 francs expédiés à

chaque terme — ont fait prendre aux bijoux le chemia du Mont-de-Piété. Et le résultat, 200 francs de déficitpour cette année, met en relief deux idées, qui pourraient fournir matière à d'amples développements. D'abord les dangers de la spécialité : l'ouvrier anémié par la cbaleur parfois suffocante, la poitrine débilitée par les brusques changements de température, est en outre lentement intoxiqué par les vapeurs du plomb, menacé d'après les certificats de médecins d'une paralysie prochaine. De plus, et comme second point, l'extraordinaire élasticité des besoins de la famille ouvrière, au point de vue de la nourriture, lorsqu'une période de chômage succède à une période de larges salaires, ou inversement : d'un côté, le vin acheté sans compter, les petits plats fins que nécessite d^ailleurs un estomac délabré, les huîtres absorbées par six et huit douzaines ; de l'autre, un litre à trois pour le père, la mère et le fils aîné, les ragoûts copieusement assaisonnés de légumes, le café noir une fois par semaine. Etat évidemment transitoire avec ses privations, car l'ouvrier actif, intelligent, sans haines sociales ni passions politiques, puisque après avoir exprimé le désir de se marier civilement, il a brigué un emploi dans une institution catholique, saura reconquérir la position perdue — mais définitif à un point de vue : celui de la sécurité. Accroissement de famille, infirmité, maladie, tout événement Tacculera à l'Assistance publique ou privée, terme suprême qui ressort assez naturellement de ce raccourci.

30. — En définitive, malgré la rapidité avec laquelle défilent sans cesse les tableaux, le lecteur a acquis la pleine conscience, de ce que nous avons appelé la fin d'une ère industrielle : la dissolution dernière des ateliers libres, régime normal des métiers de jadis, par les adroites spéculations et le moindre prix de revient de la grande industrie. 11 possède en même temps un aperçu sur l'agent de la destruction : le grand atelier et sur les éléments nouveaux, que celui-ci offre au point de vue social : des chefs d'industrie ayant conquis leur place à force d^é-

nergie, de dureté et d'audace ; autour d'eux, des contremaîtres, quelques hauts ouvriers, d'où dépend le succès et qui bénéficient de la faveur des puissances ; tout en bas, la foule des misérables, quelque peu semblables aux noirs des plantations, qu'embrigadaient des cadres de race européenne, équivalents incessamment renouvelables, exploités à l'atelier par le moindre salaire et le maximum possible des heures de travail, exploités à domicile, comme les cartonnières, comme certains fabricants d'accessoires, par le maintien du « Sweating-System >, reconnu profitable à la prospérité de l'ensemble. Et de tous côtés, la sourde colère des révoltes méditées : chez laclasse moyenne, opprimée d'autant plus que ses goûts, ses aspirations artistiques lui ont créé une plus forte somme de besoins; chez l'ouvrier de choix — comparé à une sorte de classe moyenne nouvelle — suffisamment payé à condition de rendre un degré de production surélevée, mais àla merci d'uncaprice oud'unpassedroit;chez la masse éparpillée et sans force des auxiliaires, où l'on abaisse sans pitié le salaire, car depuis 1878 le salaire du jouet n'a pas changé, et les habiles du métier, qui fondent des usines à Ménilmontantouà Belleville, imposent délibérément des diminutions à un personnel, où dominent les étrangers et les femmes. Marquons cette échappée surle tableau d'ensemble. Nous n'apercevons pas encore, jusqu'où va, dans le métier même du jouet, l'asservissement de ces tombés de la classe moyenne, ni des esclaves éternellement enchaînés de la nouvelle ^organisation industrielle.

{Renseignements recueillis par l'auteur en janvier

et février 1892).

Inventaire.

§ 6. — Propriétés.

(Mobilier et vêtements non compris).

Immeubles fr. 00.

La famille n'a aucune propriété immobilière et ne songe raême pas à la possibilité d'en acquérir jamais.

Argent fr. 00.

La famille ne possède aucun fonds de roulement.

Caisse d'épargne scolaire pour le petit garçon 6 fr. 00 6 fr. 00

Animaux domestiques fr. 00

Un couple d'oiseaux (pour mémoire).

Matériel spécial des travaux et industries 18 fr. 15

!• Outils de fondeur. — (la chaudière et les autres outils, moules, etc., sont naturellement la propriété du patron). — Une cuiller en fer, fr. 80 ; — pinces en acier, 1 fr. 20 ; — pinceau en crin,

fr. 80 ; — divers, 1 fr. 00. — Total : 3 fr. 80.

2* Outils de tailleuse. — Ciseaux, aiguilles, dés, etc., 3 fr. 00. - Total : 3 fr. 00.

3<* Matériel pour le blanchissage et le repassage du linge, -

1 baquet fr. 90 ; — 1 battoir fr. 40 ; ■— 1 brosse en chiendent fr. 25; —4 fers à repasser 4 fr. 00; — 1 gril fr. 80. —Total: 6 fr. 35.

4o Outils divers, — Marteau, vilebrequin, ciseau, etc. 5fr. 00.- Total : 5 fr. 00.

Valeur totale des propriétés 24 fr. 15

monographie du fondeur de soldats de plomb 99

Mobilier et vêtements

Meubles (achetés jadis par Touvrière et

très soignés) 1120 fr. 00

!• Literie. — 1 lit acajou plaqué, 100 fr. 00 ; — 1 sommier, 55 fr. 00 ; — 3 matelas, 120 fr. 00 ; — 1 lit de plume, 55 fr. 00 ;

— 1 traversin, 14 fr. 00 ; — 2 oreillers, 15 fr. 00 ; — 1 couverture de laine, 30 fr. 00 ; — 1 couverture de coton, 20 fr. 00 ; — 1 édredon 30 fr. 00 ; — 1 courte-pointe, 8 fr. 00 ; — 1 flèche avec paire de rideaux mousseline brodée, 40 fr. 00; — 1 descente délit, 4 fr.OO ;

— 1 petit lit de fer pour le garçonnet, lit cage avec un matelas, 1 couverture, 1 couvre-pied, 1 traversin, 1 oreiller, 40 fr. 00. — Total : 531 fr. 00.

2" Mobilier de la grande pièce, constituant t la loge » — 1 armoire à glace en acajou plaqué, 115 fr. 00; — 1 commode acajou plaqué avec marbre, 100 fr. 00 ; — 1 table de nuit acajou, 12 fr. 00 ; — 1 table acajou avec tapis, 24 fr. 00 ; — 1 lavabo acajou (toilette anglaise), 16 fr. 00 ; — 1 petit buffet, peint en acajou, 10 fr. 00 ; — 1 étagère à bibelots, 8 fr. 00 ; — tapis, 4 fr. 00 ; — 9 tableaux, portraits et vues diverses, 70 fr. 00 ; — 1 garniture de cheminée, pendule Sèvres (80 fr. 00), avec deux vases bleus à allure artistique (35 fr. 00), 115 fr. 00; — bibelots divers, menus objets en plomb, 1 service de fumeur, vases, curiosités, 50 fr. 00.

— Total : 524 fr. 00.

3o Mobilier de V avant-pièce vitrée qui sert d'' antichambre . —

1 petit buffet, 6 fr. 00 ; — 1 table à manger, 15 fr. 00; — 1 étagère, 5 fr. 00 ; — 1 cage d'oiseaux, 2 fr. 00 ; — Divers, 6 fr. 00. — Total : 34 fr. 00.

40 Mobilier de la cave et du grenier, — Chantier pour les barriques, malles, boîtes diverses, 20 fr. 00. — Total : 20 fr. 00.

5» Objets de toilette. — Brosses, peignes, etc., etc. 5 fr. 00. — Total : 5 fr. 00.

6« Livres. — Livres de classes, divers (sans importance) 6 fr. 00.

— Total : 6 fr. 00.

Linge de ménage (recherché) 218 fr. 00

2 paires de draps, 40 fr. 00 ; — 6 paires ordinaires, 72 fr. 00 ; —

2 douzaines de serviettes toilette, 20 fr. 00 ; — 2 services de table damassés (2 nappes, 24 serviettes), 32 fr. 00 ; — essuie-mains, 3 douzaines neufs, 27 fr. 00; — 18 vieux, 6 fr. 00; — torchons, 5 fr.OO; — 2 paires de petits rideaux de croisée, 6 fr. 00; — 1 paire de grands rideaux, mousseline brodée, 10 fr. 00. — Total : 218 fr. 00.

Ustensiles 121 fr. 90

1° Employés pour la préparation des aliments. — Ferblante-

rie (extrêmement complète) marmites, casseroles, poêles de grandeurs différentes, couperets, hachoirs, gril, moulin à café, etc., etc. 50 fr. 00; — faïences (également soignés), plats, soupières, assiettes à soupe, plates et à dessert ; terrines diverses, 12 fr. 00 ; — 1 service à café, 10 fr. 00 ; — service de verrerie (cristal dépareillé), 7 fr. 00 ; — couteaux, fourchettes, cuillers, métal blanc, 12 fr. 00 ;

— Divers. 4 fr. 00. — Total : 95 fr. 00.

2» Employés pour les soins de propreté. — Garniture du lavabo, pot à eau, cuvette, savonnette, etc., etc., 4 fr. 50 ; — Vases divers, 3 fr. 00. — Total : 7 fr. 50.

. S" Employés à usages divers. — 1 poêle en fonte, 10 fr. 00 ; — pelle, pincettes, tisonnier, 1 fr. 50 ; — 1 lampe avec suspension, 3 fr. 50; — bougeoirs, 1 fr. 00; — 1 sceau à ordure, 1 fr. 95 ; — 1 sceau à charbon, 1 fr. 50. — Total : 19 fr. 40.

Vêtements 1239 fr. 65

Vêtements de l'ouvrier (236 fr. 75.)

1° Vêlements du dimanche. — - 1 chapeau à haute forme, 8 fr.OO ;

— 1 pardessus drap sombre, 45 fr. 00 ; — 1 redingote, 1 gilet, 1 pantalon, 90 fr. 00. — Total : 143 fr. 00.

2° Vêtements des jours ordinaires, — 1 pèlerine en drap avec capuchon, 14 fr. 00; — 1 jaquette cheviotte, 18 fr. 00 ; — 1 gilet,

5 fr. 00; — 1 pantalon, 8 fr. 00; — 1 tricot de laine, 4fr. 00;

— 4 chemises coton couleur, 9 fr. 00 ; — 2 chemises toile blanche, 3 fr. 00 ; — 4 gilets de flanelle, 4 fr. 75 ; — 1 caleçon de tricot, 1 fr. 75 ; — 4 paires de chaussettes coton, 1 fr. 50 ; — 1 foulard,

fr. 50 ; — 1 cravate, fr. 45 ; — 1 chapeau de feutre, 1 fr. 00 ;

— 1 paire de pantoufles, fr. 30 ; — 1 paire de souliers, 5 fr. 00.

— Total : 76 fr. 25.

3o 1 montre, 20 fr. — canne, fr. 50. — Total : 20 fr. 50.

Vêtements de l'ouvrière (899 fr. 90).

lo Vêtements du dimanche. — 1 chapeau, 8 fr. 00; — 1 jersey,

6 fr. 00 ; — 1 jupe avec corsage, 45 fr. 00; — 1 paire de gants, 2 fr.OO;

— 1 paire de mitaines en soie, 1 fr. 90 : — 1 paire de bottines, 6 fr. 00 ;

— 1 ombrelle, 4 fr. 00. — Total : 72 fr. 90.

2» Vêtements des jours ordinaires. — 1 jupon, 9 fr. 00; — 1 jupon de laine, 2 fr. 50 ; — 1 matinée en lainage rouge et noir, 3 fr. 00 :

— 1 matinée en coton, été, 2 fr. 00 ; — 1 châle pèlerine (laine)

1 fr.50; — 1 fichu laine, 7 fr. 00; — 2 tabliers bleus pour le travail,

2 fr. 75 ; — 1 corset, 8 ît. 00 ; — 18 camisoles blanches, 55 fr. 00 ;

— 1 douzaine de chemises toile, 60 fr. 00 ; — 2 douzaines chemises plus ordinaires, 65 fr. 00 ; — 1 douzaine de chemises coton, 20 fr. 00 ; — 18 pantalons en coton, 50 fr. 00 ; — 2 paire bas de laine 4 fr. 75 ; — 3 paires bas de coton, 2 fr. 00 ; — 1 paire de pantoufles,

3 fr. 50. — Total : 296 fr. 00.

3° Bijoux. — 1 montre en or, 150 fr. 00 ; — 1 chaîne en or,

^DATS DE PLOMB 101 "

Vêtements du petit garçon (76 fr. 00).

lo Vêtements du dimanche. — 1 chapeau, 3 fr. 50; —1 pardessus, 10 fr. 00; — 1 uostume cheviotte, 23 fr. 00 ; — 1 tablier, 2 fr. 50.

— Total : 38 fr.OO.

20 Vêlements des jours ordinaires. — 1 pèlerine à capuchon, 4 fr. 00 ; — 1 veston drap en velours, 3 fr. 00 ; — 3 culottes en drap, 3 fr. 25; — 1 costume en coton fantaisie grisâtre (été), 1 fr. 50 ; — 1 tablier, 3 fr. 00 ; — 1 gilet de laine, 2 fr. 00 ; — 1 caleçon maillot 1 fr. 50;— 2 chemises de coton, 2 fr. 75; — 2 paires debas de laine, I 2 fr. 00 ; — 2 paires de bas de coton, 1 fr. 50; — 1 foulard, fr. 50 ;

— i cravate fr. 50; — Ibérel, Ofr. 50; — 2 paires de souliers, J 13 fr. 00. — Total : 38fr. 00.

Vêtements de l'enfant en nourrice {15 fr. 00). Layette, 15 fr. 00. — Total : 15 fr. 00.

Effets communs (13 fr. 00).

■ 4 Parapluies, 12 fr. 00. — Total : 13 fr. 00.

Valeur ToiALEdu mobilier et desvête-

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