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Compte de la dépense annuelle concernant les vêtements

Art. 2. — Vêtements de l'ouvrier.

"Vêtements du dimanche.

1 chapeau à haute forme

1 pardessus drap sombre

1 redingote, 1 gilet, 1 pantalon drap noir.

Vêtements des jours ordinaires.

1 pèlerine en drap avec capuchon ....

1 jaquette cheviotte

1 gilet

i pantalon

1 tricot de laine

ea nature

eQ argent

2 chemises de coton couleur.

1 — toile

3 gilets de flanelle

1 caleçon de tricot

6 paires de chaussettes coton

1 foulard

2 cravates

1 chapeau de feutre-laine. .

— de paille

1 paire de pantoufles ....

1 paire de souliers

Raccommodage

Totaux

Art. 2. — Vêtements de la femme.

Vêtements du dimanche.

1 chapeau ,

1 jersey ,

1 jupe avec corsage

1 paire de gants ,

1 paire de mitaines en soie

1 paire de bottines ,

1 ombrelle

Vêtements des jours ordinaires.

1 jupon ,

1 jupon de laine

1 matinée en lainage rouge et noir . . . ,

2 matinées en coton pour été

1 châle de laine pélenne

1 fichu laine

6 tabliers bleus pour travail

Corset

Camisoles blanches, 18 à 5, 00

Chemises, 1 douzaine en toile à 6,00 ; 2 dou

zaines à 3,25, 1 douzaine en coton, à 3,00 pantalons en coton 18 à 4,00

3 paires de bas laine

3 paires de bas de coton

2 paires de pantoufles

Totaux

Art. 3. — Vêtements du petit garçon.

Vêtements du dimanche :

1 chapeau

1 pardessus •....!

1 costume cheviotte "

1 tablier

DÉPENSES

prix

lnré«

d'achat

en

en

nature

argent

Vêtements des jours ordinaires :

1 pélerint; à capuchon

Veston drap ou velours

3 culottes en drap

1 costume en coton fantaisie grisaille (été) veste et pantalon

2 t«J)liers

Gilet de laine

Caleçon maillot

3 chemises de coton

3 paires de bas laine

3 paires de bas coton

1 foulard '

2 cravates

2 bérets

1 chapeau de paille

4 paires souliers à lacets

Ressemelage (3. 50 chaque fois)

Totaux

Art. 3. — Effets communs.

4 parapluies (1 en soie)

pnix d'achat

Dortt

DÉPENSES

en en

natare

argent

yt

Sommaire. — Le titre scientifique de la section devrait 6tre carton-moulé et carton-pâte. Trois types d'atelier : petite industrie, fabrique collective, grande industrie. — I. La variété dominante d'ouvrier : la façonnière mouleuse et le « Sweating-System ». — II. La lutte entre patrons, usines de luxe : Jumeau et Danel et fabriques de camelotte : Fleischmann et Pintel ; la c compensation des bénéfices. » — Ecrasement croissant de l'ouvrier ; le travail des prisons.

1. — Le titre de Poupées et BébéSy que réconomie générale de Fouvrage a imposé à ce quatrième chapitre, parait renfermer un très grand vice scientifique. Après avoir annoncé, que la division en cinq parties, sous laquelle toutes les spécialités du jouet devaient se ranger, avait pour base la matière première, ou du moins la principale jnatière qui entre dans leur fabrication, nous tournons court et brusquement inscrivons cet en-téte, qui affirme une classification tout autre, appuyée sur la nature mêmedes objets, sur leur forme extérieure. C'est que parmi tous les jouets construits en carton ou en pâte — telles sont exactement les deux matières premières, dont le nom devrait dominer Fexposé actuel — parmi toutes les transformations de ce papier d'emballage, habillement collé, (le carton moulé n'est pas autre chose) ou de €e mélange de sciure de bois, de seigle et de débris de tannerie, qui constitue la pâte, la poupée et le bébé écrasent sans conteste leurs concurrents. Têtes grotesques ou passe-boules, animaux simplement coloriés, carcasses d'animaux peaucés, qui touchent à une autre catégorie : celle âiQ^ jouets divers, masques — article d'une im-

portance cependant considérable à certaines époques de l'année — accessoires de cotillon, polichinelles, personnages du théâtre enfantin, tous doivent lui céder la place. A eux seuls, sur Tensemble de tous les jouets, dans le stock de n'importe quel bazar, les poupées et bébés représentent certainement le tiers de la valeur totale, et de plus — c'est une raison secondaire pour placer ce nom si attirant en vedette — mieux que tout autre produit de leur classe, ils éveillent l'idée des infinies professions : mouleurs en carton et en pâte, porcelainiers ou céramistes, faiseurs d'yeux ou ouvriers verriers, cordonniers, lingères, tailleuses, qui par leur collaboration étroite concourent à Tirréprochable correction des cartonnages d'aujourd'hui.

2. — Cette remarque préliminaire n'ouvre-t-elle pas déjà un aperçu sur l'ensemble assez compliqué des ateliers, où le lecteur va se laisser guider? Il n'y a pas là, en effet, un type unique, mais trois types assez différents, d'où se dégage toutefois un élément toujours identique. C'est cet élément, que nous prendrons comme point spécial d'observation et c'est sur lui que nous fixerons le procédé monographique de Le Play, « ce microscope social > a écrit M. Leroy-Beaulieu, qui nous a permis d'arriver à ces photographies de métiers dont la netteté s'accentue chaque jour davantage.

3. — a). Voici d'abord l'unique survivant de la petite industrie dans la spécialité : rue Chapon — un vestige en quelque sorte historique, le dernier fabricant des poupées en peauy cette poupée (très distincte du bébé à grosse tête et à joues rebondies) petite femme peinte en rose à tête de pâte, que Jumeau le père fabriquait,. 8, rue Pastourelle, là où se rencontre le dépôt commercial de son célèbre successeur. Ici le mouvement vertigineux, qui emporte la fabrication du jouet n'a pas pénétré : nous sommes dans un de ces remous des grands courants, qui semblent rester immobiles. Comme il y a cinquante ans, les peaux de moutons sont achetées brutes au peaucier et préparées à l'atelier même ; sauf pour la teinture en rose, qui reste Tœuvre d'un teinturier du dehors. Découpées à l'emporte-pièce, les deux moitiés du

corps sont cousues et le sac ainsi formé est bourré de son. Le tout est surmonté d'une tête en carton-pâte, à cheveux peints, fabriquée à la machine par le patron même, qui attribue à cette habileté particulière la survivance de sa maison au milieudeladestruction universelle de la variété : les têtes porcelaine inférieure, parfois employées, sont achetées à un porcelainier.Huit personnes, au moment de la presse, ouvriers et ouvrières : l'habillage est confié à des façonnières, qui travaillent en chambre. Pas d'exportation, bien entendu; l'article devenu réclame dans les bazars, Bazay^ de V Hôtel de Ville et autres, car il n'est pas besoin de dire que de tels archaïsmes ne se retrouvent plus aux Enfants Sages ni au Nain Bleu. En définitive, la misère sans possibilité de relèvement, et le désespoir de ne pouvoir retirer un capital d'une entreprise sans avenir, voilà ce que confesse le patron, homme intelligent, dans la force de l'âge, qui met cependant au service de la plus opiniâtre des défenses une ténacité toute auvergnate : depuis 1875, où il est venu chercher à Paris une fortune qui a semblé d'abord lui sourire, il lutte sans succès et regrette de ne pas avoir imité son père, resté au pays.

4. — 6) Tout en face de la petite industrie et de son escorte très humble, très secondaire, de façonniers, un groupe considérable de fabricants^ qui appartiennent à la catégorie des fabricants sans fabrication, en réalité intermédiaires, qui centralisent par les procédés les plus purs du < Sw^eating System > les parties d'un même objet exécutés par une série de façonniers en chambre et en construisent le produit, sur lequel ils apposent leur marque. Ce sont les habilleurs^ ainsi nommés de leur fonction principale, mais qui peuvent être aussi des fabricants de perruques de poupées, des coiffeurs-habilleurs.

Il suffirait au lecteur de quelques heures de flânerie dans le quartier du Temple, ou même en d'autres quartiers fort éloignés — le quartier Montparnasse en offre des exemples — pour rencontrer une vitrine accrochée à un coin de rue, voire une devanture de petite boutique où se prélasse, en toilettes resplen dissantes, tout un cortège de bébés chaussés, coiffés, avec boucles d'oreille,

SOUS l'enseigne d'un nom commercial, dont la consonnance et la formation rappellent celui dn Bébé- Jumeau ^ jouet national et maître de la réclame en cet article. Un coup d'œil distrait sur le < guide de l'acheteur > ou la visite à la fabrique de < l'Annuaire d^exportation >, sur le vulgaire Bottin lui-même, toujours fort complet et exact, lui révélerait, en moins de temps encore, l'existence inconnue d'une série de spécialistes, dont chacun tient à sa disposition un fragment de ces merveilleux jouets. L'un fournit la tête en biscuit, et rien quelatête — c'est un céramiste ; l'autre ne confectionne que les chapeaux ; les souliers sont l'unique production du troisième ; les peignes relèvent de cette maison ; les bijoux de cette autre, et enfin une dernière s'est taillé le monopole des montres pour poupées — tous objets, y compris les tètes, dont ces petites maîtresses en cartonnage ou en pâte, soumises à des soins maternels insuffisants ou trop brusques, usent sans ménagement. Supposez un coiffeur, fatigué des longues attentes, que lui impose la clientèle, et regrettant les bénéfices réalisés jadis sur les parfums et eaux de senteur, que les grands magasins ont dépréciés en articles-réclames. TQut naturellement, lui qui a dû apprendre, pendant son apprentissage^ l'art de fabriquer la perruque, aujourd'hui si abaissé par la suppression des nattes postiches dans la coiffure des femmes. Il se mettra à peigner le« thibet >la laine d'Australie, que lui vendront des maisons d'importation anglaises. Mais pour poser la perruque, il lui faudra des têtes ; il le§ achètera à Gautier, le grand fabricant de Gharenton ; les corps, il se les procurera à peu de frais, en faisant construire, par un mécanicien-ajusteur, un moule en fonte d'acier, qu'il remettra à un façonnier, un mouleur en chambre, soit à Paris, soit en province, à Saint-Ouen, par exemple, où certains ouvriers reçoivent jusqu'à 4fr. 50 par jour de différents habilleurs ; l'ajustage sera aisément fait, car rien n'est plus aisé que de glisser le caoutchouc à travers les boules de bois, venues du Jura, qui servent de rotules aux articulations — d'ailleurs l'usine Steiner pourra lui fournir les membres tous réunis et lui éviter ce travail. Souliers, boucles d'oreilles^

menus accessoires seront demandés au spécialiste : puis la femme du coiffeur, tailleuse ou modiste, réunira des ouvrières, distribuera les tâches au dehors, retiendra en un mot rhabillage, la grande source de profit, parce que la matière première peut être faite de rognures (1) ; parce que la main-d'œuvre se déprécie chaque jour sous la concurrence des couturières d'occasion, femmes d'employés, de commis, qui fabriquent d'avance à leurs moments perdus et n'exigent comme salaire que l'argent de leurs fantaisies et menus-plaisirs (2). Un petit atelier de coiffure, un atelier d'habillage, un nom sonore accolé sur le tout, voilà une « maison » nouvelle, fantasmagorie qui trouvera aisément l'acheteur crédule et persuadé de « son achat en fabrique ». Or le fait est tellement conforme à la nature des choses, que nous venons de décrire, trait pour trait, une maison de la rue du Temple, dont le patron, au moins dans l'intimité, a le courage de se définir d'un mot : < Je suis un entrepositaire>. Entreposi taire, en effet, chef d'une «fabrique collective >, c'est-à-dire de cet ensemble, constitué par un commerçant fournisseur au moins en principe de la matière première et maître de la vente, qui remet toute la production auxmains des façonniers travaillant sur commande, ou des tout petits patrons travaillant d'avance. Ici l'âme même, c'est l'élément aperçu dans la modeste fabrique de poupées de peau, le façonnier.

5. — c) Enfin la grande industrie : Montreuil-sous- Bois, patrie d'élection des bébés parisiens, l'usine du 59 de la rue de Paris^ l'usine Jumeau, Tusine du 66 de la rue des Écoles, la rivale, l'usine Danel, l'usine Steiner, rue d'Avron, enfin dans une catégorie un peu inférieure, la grande usine des bébés-Charmants, l'usine Pintel, 52, rue Bichat, derrière le canal Saint-Martin, et surtout

(1) Pas nécessairement ; les poupées du Bon-Marché sont vêtues de costumes découpés à Temporte-pièce, de même pour les chemises à l'usine Jumeau.

(2) Le « Sweating-System » véritable sévit ici avec une intensité sans pareille, ainsi que dans tout le vêtement. Gomme dans Tébénisterie, nous y trouvons deux causes : 1<* la concurrence pour la commande des entrepreneuses ; 2» l'abaissement des cours par les produits fabriqués d'avance (la trôle).

120 CHAPITRB IV

Fusine Fleîschmann et Blœdel, du 119 de la rue de Montreuil, vers la barrière du Trône, l'usine allemande, qui ruine peu à peu ses rivales, s'agrandit avec une rapidité extraordinaire et constitue certainement le plus curieux phénomène de concurrence étrangère implanté au cœur de Paris. Mais là encore, jamais la pureté du type industriel, la grande industrie, telle que la présentent les tissages, les filatures, les hauts fourneaux, ne se rencontre. Le grand atelier, quelles que soient les surfaces qu'il recouvre, reste toujours un peu fabrique collective ; ramifiant au loin ses ateliers en chambres, peuplés de façonniers et soumis au < Sweating System >, pour le vêtement, le cartonnage, la décoration même à l'usine Fleischmann, qui, en cela, cherche à acclimater un usage de Furth et de Nuremberg.

6. — Il en résulte que partout, dans chacune de ces trois catégories d'ateliers, un principe demeure immuable, un élément irréductible : le façonnier; une matière première toujours employée : le cartonnage. Aussi allons-nous, tout d'abord, concentrer notre attention sur un petit atelier et une famille de mouleur en carton^ et de là nous acheminer vers la grande industrie de la poupée, catégorie de haut luxe (Jumeau), catégorie de camelote (Fleischmann).

Ce seront les deux parties de ce chapitre, qui mettront en relief : 1® la ruine des façonniers ; 2** la lutte terrible des patrons.

7. — Dans un ancien grenier de la rue des Billettes, si célèbre au moyen âge par le miracle du Juif et de l'Hostie, devenue depuis le prolongement de la rue des Archives, du côté de la rue de Rivoli et de la caserne Lobau, un petit appartement à modeste plaque de cuivre — très humble à côté de celles des gainiers, fabricants de manches de cravaches, bijoutiers même, remarquées dans l'ascension des quatre étages. Dès la pièce d'entrée qui s'ouvre, un cachet artistique misérable. Notez ce trait. Une plante rare, comme il s'en vend des douzaines

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au marché aux fleurs, un guéridon recouvert d'un mauvais tapis ; tout autour de ce salon (car l'imitation des classes riches est évidente), posés sur le petit secrétaire, accrochés aux murs, des modèles de cartonnage artistique, les chefs-d'œuvre de l'atelier : un Méphistophélès ébauchant le geste d'attaquer sa sérénade, des chevaux, des personnages divers, une guitare — également en carton — le tout entremêlé de vieilles cartes de géographie. Au fond, une salle servant d'atelier, avec deux vieilles tables en bois blanc couvertes d'une plaque de zinc, devant lesquelles s'entrevoient des ouvrières. A gauche, une petite cuisine ; une mansarde qui sert de débarras, où Ton a dressé un lit de fer ; une chambre plus grande à vieux meubles en noyer, lit à rideaux, commode, lavabo, garniture de cheminée à forme antique, avec le globe de la coiffure de mariée, si fréquemment rencontré dans les intérieurs parisiens. Voilà le cadre. Sujet d'étude : une famille composée de la mère, 42 ans, et des deux fils, deux apprentis, l'un 17 ans, l'autre 13 ans. Le père — celui qui devrait être le chef de ce petit groupe^— l'a quitté, il y a huit ans, à la suite de funestes habitudes d'alcoolisme. Il vit seul, assez heureux l'été, car son métier de peintre en bâtiments lui procure des journées suffisantes, manquant littéralement de pain l'hiver, à la merci de ces sociétés, qui entreprennent le nettoyage à façon des devantures. Sous cette tenue décente, correcte, un long et douloureux drame domestique se devine (1).

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