‹ La quéstion ouvrièreChapitre 39 sur 66 · III. — Équipements miUtaires ; animaux peaucés ; article · texte numérisé non relu

III. — Équipements miUtaires ; animaux peaucés ; article

lête. — L'ouvrier en chambre.

19. — Cette troisième étape doit nous révéler le grand secret : la vie et les labeurs de Vouvrier en chambre. Après le petit patron ruiné parla grande industrie, après le façonnier opprimé par le « Sweating-System >, il faut aborder la dégradation suprême du tout petit fabricant, de l'ouvrier isolé, indépendant, sans fonds de roulement, qui vient s'attaquer à la petite, même à la grande industrie — il a toutes les audaces — par l'extraordinaire modicité de son salaire, et qui, grâce à l'emploi des moyens déshonnêtes, non-paiement des dettes, «poufs > chez les débitants, les marchands de vin, les fournisseurs, grâce aussi à l'appui des gains illicites et des secours de l'Assistance publique» pèse tout comme un spéculateur riche sur sa spécialité. La catégorie-métal nous a offert un exemple du premier phénomène ; les poupées et bébés nous réservaient le second ; où rencontrer le troisième, qui a sur les deux autres le mérite du pittoresque?

19. — Pour découvrir l'ouvrier en chambre, il faut naturellement se cantonner dans une catégorie du jouet, où le capital se borne à un rôle secondaire et par contre, où la main-d'œuvre conserve le premier rang. Or parmi les spécialités de cet ordre, il en est trois, celle des équipements militaires — au moins pour certains articles inférieurs — celles des animaux peaucés, laines et poils, celle de l'article de fête, si variable et si divers, (c'est-àdire trois représentants du bois, de la peau et de laine pour maintenir le principe de la classification basée sur la matière première,) qui réunissent ces différents caractères et qui par suite doivent être ébranlés par le type-social en discussion. Cet exposé de détail sur les zones de l'industrie du jouet, cette < visite à la fabrique > qui ne négligera guère que la céramique — entrevue dans la fabrication des têtes de poupées — et les petits meubles y

dont le volume des < Ebénistes > a fait pressentir le mode de production (1), va donc se terminer par le relevé des signes généraux de ces trois métiers, qui tranchent sur l'ensemble de l'industrie, — par le choix de l'une des manifestations les plus expresses du phénomène à étudier, — et par la reproduction de ses traits principaux à Taide d'une courte monographie d'atelier et de famille. Il n'est guère d'autre plan rapide pour cette fin du chapitre cinquième.

20. — A. Equipements militaires, — Gomment un ouvrier en chambre, sans outillage, sans réserves de matière première, sans fonds de roulement, peut-il arriver à déprécier les articles d'une de ces solides maisons d'équipements militaires, comme celle que nous observons rue des Quatre-fils ? Tous les produits de l'élégant magasin, — au centre duquel trône une coquette armure XIIP siècle, — l'élégante panoplie du croisé par exemple, avec le glaive en forme de croix, la lance, la cuirasse, les jambières, la collerette et le casque, en zinc nickelé, les uniformes étrangers, l'uniforme resplendissant du chevalier-garde russe ou du horse-guard, les innombrables équipements d^officiers français de tous grades et de soldats français de toutes armes ; et les objets isolés, petites épées pour les bals costumés d'enfants, sabres de cavalerie, d'infanterie, hiérarchie des fusils depuis l'antique arbalète jusqu'au Chassepot, presque au Lebel ; et les instruments de musique militaire, cornets à pistons, clairons et simples trompettes, tout jusqu'aux képis emmagasinés par centaines, jusqu'aux épaulettes entassées par ballots, semble témoigner d'une organisation industrielle, qui défie les attaques d'un homme seul. C'est d'abord la spécialité métal que nous retrouvons : la matière première, tubes en cuivre, tubes en fer (tôle), les chiens de fusils fondus d'avance, etc., etc., nous l'indique, et au besoin Toutillage, les cisailles, les balanciers, les tours à polir, les étaux, etc. , etc. , suffiraientpour nous convaincre. Sans doute, on travaille le bois, dans cet atelier où les ou-

. (1) Voir Ebénistes du Faubourg Saint- Antoine, ch. I et suiv.

vriers façonnent les crosses de fusils, noyer, hêtre ou bois blanc suivant les qualités : sans doute on travaille le cuir pour les ceinturons, pour les sacs; le carton et Tétoffe pour les shakos, les képis, les épaulettes— les hommes gagnant de fr. 50 à fr. 80 l'heure et les femmes fr. 30. Mais la juxtaposition forcée de ces spécialités différentes établit la prépondérance indestructible des concentrations déjà compliquées. Il faut pour comprendre la concurrence de l'ouvrier en chambre suivre des yeux la fabrication d'un objet simple, celle d'un fourreau de sabre, par exemple, article importé en grandes masses par le Wurtemberg : en voyant couper, estamper, fermer, souder au mandrin(l) un morceau de tôle, en le voyant polir enfin, l'observateur devine comment Tindépendant, isolé et chétif, peut lutter contre ce groupe de 30 ouvriers, doublé pendant les époques de presse par les ouvriers du dehors, polisseurs et brunisseurs de métaux, confectionneuses de képis et habillements divers. Aussi existe-t-il à Belleville de petits spécialistes en sabres : un étau, un mandrin, voilà l'outillage : ils ferment l'étui de tôle avec le marteau, et pour le polissage de la lame de fer, s'adressent au polisseur de l'usine banale.

21. — B. Anhnaux peaucés. — Même phénomène, moins invraisemblable pourtant, en ce qui concerne les animaux peaucés, laine et poils, qu'ils soient sur roulettes ou sur soufflet, (article naturellement inférieur.) Il en a subi le contre-coup, ce moyen atelier de la rue des Gravilliers, qui, il y a vingt-cinq ans, atteignait 63.000 francs d'affaires et qui s'est abaissé à 23.000 francs. Ce qui Ta réduit à cette condition diminuée, ce n'est pas seulement la concurrence allemande, qui a fermé à la spécialité le débouché de la Belgique, et qui en France même a cameloté les catégories bon marché, en remplaçant les peaux véritables par de la ouate ; ce n'est pas seulement rinvasion des moutons étrangers, dépouillés et conservés dans la glace, qui a fait monter à 54 francs le cours des peaux fixé jadis à 36 francs la douzaine ; ce n'est pas

(l) Outil de fer ayant la forme de la lame, qui sert à maintenir le fourreau.

seulement la politique des grands intermédiaires, qui maintient à 5 ou 6 francs la douzaine d'articles à 13 sols — ce qui constitue un écart à 25 0/0 entre le gros et le détail — et à 7 ou 9 francs la grosse d'articles à fr. 10, revendue 14 francs. L'intensité de la crise qui Fétreint est due à l'existence de ces irréguliers, qui se débarrassent de la partie la plus difficile du métier, le soufflet en bois de hêtre (1) et peau de mouton, ne payent ni le cartonnier, ni le marchand de bois, ni le propriétaire, ni les fournisseurs, et promènent au hasard de garnis en garnis, leur matériel rudimentaire : l'escabeau où ils cousent par exemple les petits chiens d*astrakan noir, animés par la pression d'un tube pneumatique. Gomment le petit patron, qui a conservé les traditions honnêtes des ateliers, qui fait fabriquer les jambes de ses animaux par des mouleurs de province, le corps par des mouleurs de Paris, qui applique sur le tout une véritable peau de mouton, la coupant lui-même pour éviter les déchets, comment lui qui verse à ses ouvriers 4 francs à 4 fr. 50 par jour, 36 francs à 40 francs par semaine au moment de la presse du nouvel an, lutterait-il contre ce bohème, cuisinier à ses heures, qui à la Noël fabrique en hâte quelques articles inférieurs et son panier au bras, errant du bazar du Château d'eau au bazar de THôtel-de-Ville , cède le travail de la semaine pour un morceau de pain. Gomme l'ébéniste-trôleur, rigoureusement semblable à lui au point de vue économique, celui-ci ne réclame en échange de son travail que la somme indispensable pour satisfaire ses besoins les plus impérieux, quitte à tirer d'autres sources, honteuses ou coupables, le surplus de ses revenus. Et c'est précisément celte baisse de l'idée de valeur chez cet irrégulier, ce nomade parfois ce vicieux, — cette baisse de valeur permise par une étrange compensation de bénéfices — qui constitue cette troisième forme des petits ateliers du jouet : les petits patrons indigents.

23. — G. Articles- fête. — Allons droit à ce monde quelque peu interlope et particulièrement misérable,

(1) Le bois est préparé en province ; et le soufflet est acheté tout prêt chez des confrères mieux outillés.

à la spécialité qui nous reste à passer en revue, celle des petits singes en laine et plumes, article pour fêtes et cotillon, désignés techniquement sous le nom de ouistitis en chenille. Dès le seuil, la faible importance de la matière première, Toutillage restreint que celle-ci exige, l'habileté de main que son maniement suppose, font pressentir que par suite de l'insignifiance du premier fonds d'établissement et de la prédominance de la maind'ceuvre — critérium de la constitution des métiers — la petite industrie sera possible et même dominante. L'examen à po5<^W^W ne contredit pas l'hypothèse. Cinq ateliers dans cette petite province du jouet, si parisienne d'allure, contre laquelle TAllemagne dirige une sérieuse concurrence d'imitation, mais qui n'en est pas moins maltresse de larges débouchés, même aux États-Unis : un atelier de 30 ouvrières, qui émerge, hors pair : un second, dont le chef, possesseur momentané d'un capital relativement important, pèse sur les cours et joue à la baisse — la spéculation se répand dans les branches les plus humbles de l'industrie — deux autres qui n'ont pas d'histoire; enfin le plus faible et le plus invulnérable aussi, comme on pourra le voir, celui dont nous allons retracer la double monographie, économique et sociale.' 24. — a) Monographie d'atelier. — Toujours, jusqu'à présent, dans les familles ouvrières parisiennes, même chez les spécimens les plus dégradés, letrôleur piémontais par exemple, atelier et habitation restaient nettement séparés, et l'habitation elle-même, souvent réduite à une unique pièce, était remplies de meubles appartenant à l'ouvrier, dernier reste de cette maison familiale, que les populations primitives se bâtissent et dont elles se ménagent sous les régimes communautaires la pleine et inaliénable jouissance. Ici rien de ses complications : nous sommes revenus à l'époque préhistorique, où le couple primordial, emportant ses vêtements et ses armes, s'enfonce dans les forêts et erre de caverne en caverne. Ici, en effet, pas d'autre installation — et nous avons affaire à un fabricant établi depuis huit années à Paris : qu'une unique chambre — la chambre banale d'un hôtel meublé.

24. — L'hôtel meublé, l'hôtel louche des descentes nocturnes de justice et des rafles, Thôtel meublé des impasses boueux, qui avoisinent larueSaint-Maur et l'avenue Parmentier, à la base de Belleville,dans un des recoins de Paris qui offrent le plus de repoussants contacts et d'humiliantes promiscuités, voilà où le chef d'atelier et sa famille se sont réfugiés, avecles outils deThomme et quelques bardes, lorsqu'il y a huit ans environ, ils se furent enfuis d'une ville de province devant les poursuites de leurs créanciers et les procédures du syndic de faillite. Dans l'étroite chambre du quatrième sur la cour, malgré la chaleur suffocante du poêle, qui sert à la cuisine quotidienne, six personnes entassées, se serrent contre une étroite table de bois blanc, au milieu du lit de fer, des chaises, du buffet, des bouteilles et ustensiles couvrant la cheminée, des habits accrochés et des outils d'ébéniste pendus au mur : l'ouvrier, sa femme, quatre fillettes de quinze à dix-huit ans, fleuristes ou plumassières d'ordre inférieur, qui viennent apprendre les éléments du métier en cet atelier infime, sans doute, mais somme toute honnête^ car nous l'avons choisi tel. Dans chacune des zones, entre lesquelles un métier se subdivise, il n'y a de type social concluant que les types d'une moralité suffisante: seuls. ils mettent nettement en relief les vices du milieu social, parce qu'ils n'y ajoutent pas les vices de leur propre organisation.

26. — Ce n'est pas, en effet, un malhonnête homme, ni même un vicieux, que ce chef d'atelier, petit, à l'aspect bilieux et malingre, pâle avec une longue barbe noire, vêtu du complet sombre et râpé des courtiers de bas étage ou des hommes d'affaires de quartier excentrique. C'est même un spécimen curieux au point de vue social, car fils et petit-fils de canut, canut lui-même, il nous offre en plein Paris la psychologie de l'ouvrier lyonnais, tel que l'ont façonné les mœurs et coutumes de la vieille cité et aussi l'incessante immigration des campagnes savoisiennes et dauphinoises ; race originale, bien à part^ plus fortement attachée peut-être aux idées philosophiques de la révolution française que l'hétéroclite population parisienne, parce que son culte connaît le prix de

la persistance etdu sang-froid; plus respectueuse surtout du principe de liberté commerciale et industrielle, auquel elle a dû ses succès non interrompus etqu ne peut se résoudre à abandonner encore, malgré vasion de l'article allemand et la décen tralisation Ctienilleur-passementierdesonétat. l'ouvrier ach s'élever, comme les forts s'élevaient tout autour par le jeu libre de son activité et de son initiatii échoué sons des faits généraux, concurrence, mar capitaux: il a fallu s'exiler; il s'est engouffr Paris, mais tour à tour, bimbelotier, ébéniste, ci il a conservé au milieu de sa misère môme son ir lité à l'égard des systèmes et sa désespérance n — au moins pour la génération présente — de tou lioration du sort des petits fabricants, opprimés intermédiaires.

a?. — Le matériel de l'industrie ne devrait gooreusement se borner aux quelques menus obj les ouvrières ont devant elles : la veilleuse en toi dissout la colle, faite de gomme arabique; les ei pièces en acier, de sept grandeurs différentes, maillet, le carré de plomb, la massette à rabattre le et le tas en bois creusé, espèce de billot suppoi tout, — outillage bien connu des fleuristes, qui é son prix actuel s'élève environ à 150 francs, &\ avoir coûté 300. 11 faudrait y joindre la machine niller, sorte de baquet, assemblage de deux longu trelles reliées par des traverses, entre lesquelles tent, un peu àla façon du funiculaire, des fils meta entrecroisant des fils de laine ; valeur 600 francs vrier a évité ce déboursé, en louant à un confrèi lourde machine, trop peu transportable, qu'on lu donne àraison de 3 francs par jour, quel que soit ] bre d'heures; et il la manœuvre lui-même, car d'atelier ne doit déléguer à personne cette parti' tâche, tant les erreurs et tromperies seraient aiséi qui révèle une nouvelle cause de la permanence tits ateliers.

28. — La matière première est donc réunie : I bleue, rouge, a été achetée 10 francs lekilogrami

puissantes maisons de gros, Poiré par exemple ; la plume a atteint 15 fr. chez le plumassier, qui jadis Ta payée 1 fr. 50 aux ménagères (1); les épingles, qui serventà fixer les ouistitis au chapeau ou à la boutonnière, sont fournies à 3 fr. 50 par le repousseur ; les petites perles de verre, qui simulent les yeux, ces petites perles fabriquées depuis un temps immémorial par les ouvriers vénitiens, sans qu'un essai sérieux ait tenté de les acclimater en France, ont été livrées à 1 fr. 50, 1 fr. 60 ; les boudins de chenilles ont été confectionnés par le patron. Le tout est porté à Tatelier et remis aux ouvrières, aidées et surveillées par le chef et sa femme. Il s'agit tout simplement de lier habilement trois boudins de teinte différente, qui ébauchent la silhouette des ouistitis : le premier, plié en deux, forme les jambes, le second placé horizontalement les bras, le troisième le buste et la tête, la pointe supérieure représentant le nez, aigu entre deux perles de verroterie : le tout est surmonté d'un petit chapeau de bougran découpé à l'emporte-pièce. et orné d'un plumeau voyant, que la main droite semble agiter. Pas de division du travail : chacun achève son article. Cependant la fabrication peut se restreindre aux accessoires ; à l'époque de la presse, les deux gros producteurs de la spécialité traitent avec leur concurrent inférieur, et exercent un moment contre lui le « Sweating-System > après avoir quelque peu souffert de son insaisissable concurrence.

29. — Quel est la forme et le taux du salaire ? Le point est capital. Pour les ouvrières d'abord, le travail aux pièces est de rigueur. Sur les douze modèles, qui s'exécutent à Tatelier, le plus petit mesure 4 centimètres de hauteur. Or la grosse de ces oustitis microscopiques est payée fr. 45 à l'ouvrière, s'ils sont montés sur épingle, et sans épingle, fr. 35. Avec un doigté rapide, il est possible de terminer 5 à 6 grosses dans une journée de dix heures. Total : 2 francs à 2 fr. 25 pour le salaire d'un jour. Et les chômages sont fréquents, prolongés, depuis l'hiver jusqu'à Pâques, sauf vers la Noël, où l'Angleterre

(1) Il lui a fallu procéder au nettoyage qui allège le poids.

devient un acheteur sérieux en vue de sa christmas : ils ne cessent qu'aux premiers beaux jours, au renouveai des fêtes populaires, de toutes couleurs et de tous prin cipes, qui ont besoin, pour resplendir, de ce suzerain im passibleet bienveillant : le clair soleil. Conséquence défi nitive: 400 francs d'affaires par mois en moyenne — prèi deôOÛO francs dansle cycle annuel decetinvraisemblabli atelier. Après la rémunération des ouvrières, l'acba au comptant de la matière première, car les fournisseur! avertis opposeraient aux demandes de crédits un refui obstiné, l'homme et la femme arrivent, par un labeu opiniâtre, qui ne connaît ni fêtes ni dimanches, ni repo quelconque, à un gain moyen de 6 francs pendant 3& jours: soit 2100 fr. Troisfrancs de salaire total pou: chacun d'eux.

30. — b) Monographie de famille. — 2.100 francs Cette somme pourra paraître normale à quelques-uns qui insisteront sur ce point, que la famille privée d'en fants, doittrouveren ces resources, supérieures aubug getdes recettes de bien des familles ouvrières, une sa tisfaction suffisante aux besoins les plus pressants de l vie. Sinousavionsrésolu démarquer, autrement quepa des traits espacés, le détail de l'existence quotidienne de travailleurs, — sujetquele premier etle second volum de cette collection ont développé avec une insistance tout particulière, — il nous aurait été aisé de montrer avei quelle rapidité ces 2.100 francs s'évanouissent, rongé peu à peu par les cinq sections des dépenses : la nour riture, pain, vin, café et viande qui absorbe 3 fr. 50 4 francs par jour ; le logement qui retient par jour à lu seuil franc — c'est la part formidable prélevée pour le quelques mètres de la chambre, mais aussi il est vrai pour la location des meubles — etle chauffage, lesvé teinents, les récréations, l'entretien du matériel, qui s disputent le maigre reliquat journalier de vingt ou d trente sols. La conclusion en aurait été : un équilibr tellement instable, qu'en ne supposant ni maladies, n enfants, ni événements quelconques, le fonds de roule ment demeurerait à zéro, et que le seul avantage obteni serait le staiu quo des dettes contractées au Mont-de

Piété. Mais nous voulons tirer un autre enseignement de ce chiffre de 2.100 francs de recettes, qui fait face à 2.100 francs de dépenses : c'est l'explication même de l'existence de ces irrégiiliers, qui contribuent dans une si large mesure à la dissolution de certaines spécialités. En somme, l'ouvrier, en chambre vit ; il vit, à condition 1 ses charges soient allégées, à peine plus mal que l'ouïr de la grande industrie, dont le collier ne lui dit rien vaille : il vit avec des soubresauts terribles dans Tarie de ses maigres ressources : bien souvent, le samedi, es la paye de ses auxiliaires, il ignore jusqu'au nom de heteur, qui le débarrassera du stock de la semaine : ï trouve le dimanche, plus tard même, et pour les nces nécessaires à la reprise du travail, cède àvil prix. 3 autre fois il a reçu quelque forte commission, et se ; enlever à la dernière heure tout son bénéfice par le cédé des laissés pour compte et des escomptes portés 0/0. Troie 00. commande, pour employer des expresis familières à l'ébéniste, c'est-à-dire fabrication d'ace ou fabrication sur l'ordre d'un intermédiaire, lui t également dangereuses et l'exposent à ces dépréions formidables des cours, qui ruinent par contrep le patron plus riche, mais privé de son élasticité de stance. En revanche il a Vindêpendance, avec toutes , fièvres de la chasse ; personne au-dessus de lui, per- \ ne que l'intermédiaire, dont la suppression consti- i •ait à leurs yeux, — aux yeux de l'ouvrier monophié par exemple — la seule réforme pratique : tel cle, en effet, vendu fr. 90 à l'intermédiaire n'est-il revendu par celui-ci 1 fr. 75, et la non-existence de arasite n'entraînerait-elle pas fr. 40 de gain pour jnsommateur, fr. 40 de gain pour le producteur?

l. — Ce sera le dernier mot de cette enquête sur Sgime du travail dans le jouet. Il nous ramène à nopoint de départ : la pression impitoyable du grand ;asin, du grand commissionnaire, et cela par une e de malédiction de leur auxiliaire principal, 11- , qui ne raccole des aides que par exception, sorte

de travailleur à Vétat sauvage, sans capital, insaisissable dans son hôtel meublé — qui lui fait la banque à certaines heures — comme en un lieu d'asile où il a droit de rompre toute solidarité avec son passé, — incapable, en définitive, par sa misère même d'opposer la moindre résistance aux exigences brutales ou aux manœuvres habiles, et première victime du mal dont il est l'instrument. Augmentez la famille de ce misérable, supposez-lui des vices, et quelques visites auprès de sa demeure nous permettront de deviner lesquels, vous êtes à la limite du monde ouvrier et vous pénétrez dans le monde des criminels, que l'ancien chef de la sûreté Macé a décrit avec une compétence assez indiscutable, puisque c'est précisément à elle que le repos de Paris a été si longtemps confié. L'assistance publique intervient, l'agence Ruel, les congrégations religieuses, les sociétés de bienfaisance s'empressent, au nom de la charité ou de l'ordre public. L'ouvrier spéculateur s'en empare et le prix de la fabrication peut baisser toujours. Tout un budget occulte se construit à côté du budget avouable, permettant de jouer de plus en plus à la baisse sur le chiffre des recettes honnêtes, si bien que dans la désorganisation de la petite industrie, à côté de l'intermédiaire qui l'active et en profite, à côté du grand magasin qui en vit, apparaît la bienfaisance habilement exploitée qui la favorise, le couvent, la conférence de St- Vincent, la vente de charité ; et sur le tout, l'administration publique chargée de diminuer le nombre des pauvres. Mais cet aperçu pose déjà devant nous la décisive question, que met en relief cet exposé d'ensemble du commerce et de l'industrie du jouet : la destruction lente, mathématique de la classe moyenne, dont l'accélération sera démontrée par le prochain chapitre.

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