CHAPITRE PREMIER
Développements du Mysticisme
L'histoire des idées domine de plus en plus celle des faits. A cet égard, il en est des peuples comme des individus. A tel moment de leur vie, parvenus à un certain degré de culture et de maturité, blasés sur l'action extérieure qui n'a plus pour eux de surprises, ils sondent leur passé, en cherchent le sens et le but.
Cette enquête, que, par la voie des systèmes, l'élite pensante poursuit avec réflexion, n'en est pas moins une préoccupation commune.
Pour inconsciente qu'elle soit, cette œuvre, en quelque sorte organique, à laquelle tous s'associenty cette inquiétude de l'idéal sont attestées
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par une crise religieuse. Mystiques ou philosophiques, les réponses abondent, aux questions posées par chacun sur le problème de la destinée. La science et Tempirisme, l'imagination et la raison, Tancienne foi et la nouvelle se disputent les âmes, toutes obligées, même la plus étroite, d'élargir leurs solutions à la mesure des aspirations qui les entraînent. Nulle doctrine, en ce sens, n'est stationnaire. C'est ce qu'on tâchera de démontrer, dans cette esquisse de la pensée religieuse aux diverses périodes de notre histoire.
Que n'a-t-on pas dît sur ce sujet? La logique et le rêve, la spéculation philosophique, la croyance populaire semblent s'être épuisées sur dHnsolubles problèmes. Insatiables sphynxs, ces problèmes se dressent toujours pleins d'un anxieux prestige. Les sceptiques eux-mêmes se demandent, après Saint-Simon si « l'humanité n'a pas un avenir religieux. »
En posant la question dans ces termes, l'illustre penseur la résolvait par l'affirmation. Le to be or not to be du poète, l'inéluctable pensée d'une vie à venir, les notions qui s'y rattachent, s'imposent encore en nos siècles critiques, s'imposeront toujours à l'imagination. C'est pour cela, c'est parce que de telles notions semblent innées en notre espèce, c'est parce que, d'âge en âge, l'humanité subit le joug
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d'une hypothèse théologique, rebâtie périodiquement sur le fond commun, inaltérable de l'espérance et de la terreur, e'est parce que l'idée religieuse ainsi comprise explique les vicissitudes de l'état social, qu'il importe d'éviter toute équivoque dans la définition du mot religion.
Selon qu'il se rapporte à l'individu ou au corps social, ce terme exprime deux idées diverses qu'il importe de ne pas confondre.
Sans doute, la religion est un lien qui rattache les hommes entre eux et à l'ordre extérieur de la nature; mais elle est aussi et par-dessus tout, dans la pensée de l'individu, un rapport entre lui-même et la puissance invisible, dont il suppose que dépend sa destinée sur cette terre et dans un monde que la mort ouvre à chacun.
Si la religion n'était, pour ainsi parler, que la formule du sentiment, la synthèse du cœur afBrmant les relations de l'homme avec les choses, avec ses semblables; si la pensée d'une autre vie n'en faisait pas avant tout une préoccupation personnelle, la naissance, le maintien, la chute des cultes divers qui se sont succédés, ne tiendraient pas la place qu'ils occupent dans l'histoire. La religion même qui semble le plus s'éloigner du type sous lequel nous concevons ces croyances individuelles.
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vivacesy absorbantes, réalisées surtout par le Christianisme el la doctrine de Boudha, le Polythéisme gréco-romain^ avant d'être une institution sociale, consacrant par des rites solennels et sous des Dieux-Citoyens [Diipatiice indigetes) rindividualité collective de la cité, le Polythéisme répondait à sa manière aux problèmes de la destinée personnelle. Sans parler des mystères, où les délices élyséens, les horreurs du Tarlare apparaissaient aux initiés en de solennelles représentations; sans parler de ces mimo-drames reproduits dans des conditions analogues par l'art populaire au moyen-âge, la mythologie commune voyait de là la tombe des lieux d'expiation pour les mânes. Mais les horreurs du Tartare, les terreurs de la maison de Dite, décrites par le poète, pâlissent à côté des épouvantes du jugement dernier. « C'est une chose horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant, entre ces mains où tout est action, où tout est vie. » Je cherche dans les livres des anciens une parole analogue à ce cri d'angoisse échappé à Bossuet *. — m Songes y bien, ô Socrate, dit le vieux Céphale {au premier livre de la République) j lorsque quelqu'un voit la mort s'approcher, l'inquiétude et la crainte
* Oraison fanèbre d*Ânne de Gonzague, princesse palar tine.