‹ La question religieuseChapitre 37 sur 41 · M. CHARLES ASSELINEAU · texte numérisé non relu

M. CHARLES ASSELINEAU

La querelle des Dictionnaires au xvii* siècle est une des causes célèbres de notre histoire littéraire. C'est dans les pièces de ce procès qu'on peut le mieux étudier le travail de la fixation de notre langue. Le Dictionnaire de l'Académie en est la pièce ofDcielle et comme le fonds du débat; mais les plaidoiries ont, comme toujours, un intérêt plus yif et un sens plus pénétrant. De ces nombreuses pièces publiées pour ou contre l'Académie, et dont quelqueç-unes seulement, telles, par exemple, que la Requête des Dictionnaires de Ménage, ont conservé quelque notoriété, les Factums de Furetière, l'auteur du Dictionnaire universel et du Roman bourgeois, sont incontestablement les plus intéressants et les plus remarquables sous le rapport du style. Au sujet de Furetière, les mots de procès et de plaidoirie cessent d'être des allégories; Furetière fut elTectivement en procès avec l'Académie, procès qu'il plaida jusqu'à sa mort et qu'il perdit, sans avoir été jugé autrement que par ses adversaires. La postérité a relevé Furetière de cet arrêt en adoptant son Dictionnaire universel, qui, revu d'abord par Basnage et ses associés, en-

suite par les PP. Jésuites de Trévoux, est resté Tencyclopédie la plus complète de notre langue.

Les pamphlets de Furetière se ressentent du feu de la dispute; et il ne faut pas oublier, en les lisant, que l'auteur était attaqué dans sa personne et dans son honneur. Ils n'en sonpas moins un monument d'érudition et un véritable modèle de style pamphlétaire, Nodier en jugeait ainsi : il considérait les Factums, le premier et le second surtout, comme un excellent plaidoyer, comme un exemple de faire polémique y et comme un trésor de saillies, digne d'être compté parmi les modèles de la satire en prose ; et s'étonnait que la quantité de faits d'histoire littéraire qu'ils renferment ne leur eussent point donné, « dans le commerce de la librairie, plus d'importance et de valeur qu'ils n'en ont communément. »

La dernière édition des Factum^s ,est de 1694 : l'oubli qui étonnait Nodier s'explique peut-être par la haine persistantedu corps illustre que Furetière eut pour partie dans son procès. La surprise, ou plutôt le regret qu'exprimait, en 1835, le célèbre lexicographe, portera-t-il bonheur à notre édition? Nous l'espérons. Nous n'avons, du moins, rien négligé pour que ces curieuses pages de notre histoire littéraire se présentassent au public accompagnées de tous les éclaircissements désirables. M. Charles Asselineau, qui en a écrit l'introduction et les notes, y était tout préparé par les soins qu'il a déjà donnés, de concert avec M. Edouard f oumier, à la nouvelle édition du Roman bourgeois, Paris, (Bibliothèque Elzévirienne),

Outre les pièces justificatives réunies à la suite de l'édition de 1694 (Amsterdam, Henri Desbordes), on trouvera, à la fin du second volume, plusieurs documents nouveaux extraits de différents recueils, correspondances, etc.

Quel que soit le sort de cette édition, nous nous féliciterons d'avoir remis en lumière un ouvrage qui, au jugement de l'éditeur, n'est pas indigne de prendre place entre Les Provinciales et la Confession de Sancy.

Deux volumes imprimés sur papier vergé, ensemble de plus de 800 pages.

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