‹ La question religieuseChapitre 12 sur 21 · ABBÉ F. BELLEVILLE · texte numérisé non relu

ABBÉ F. BELLEVILLE

L'Univers, i" juin 1907.

M. Franc

La Croix

ENCOHE l'enquête INTERNATIONALE SUR LA QUESTION RELIGIEUSE (l)

Il est bon de revenir, à l'occasion de la deuxième série de réponses publiées par le Mercure de France, sur l'enquête internationale de M. Frédéric Charpin au sujet de la question religieuse.

Représentative du chaos universel des idées parmi les intellectuels de tous genres — des philosophes aux artistes — qui ont été consultés, cette enquête est un mélange de superbes déclarations de foi, de quelques professions d'athéisme et de nombreuses fantaisies nuancées à l'infini sur les rêves religieux de chacun. Une seule conclusion d'ensemble s'en dégage nettement ; elle a été mise en relief dès le premier jour : c'est que la question religieuse préoccupe plus que jamais et universellement les esprits. Plus on s'efForce de l'écarter, plus le problème religieux se dresse devant l'humanité, lui imposant malgré elle des préoccupations supérieures qui e^ênent, mais qu'on ne peut pas étouffer,

' I ) Le même rédacteur avait publié dans la Croix du 3o avril 1907 un article résumant la première série des réponses. Indiquons aussi que noire enqutte a été en partie reproduite dans les Quesl'ons actuelles, revue publiée par la Maison de la Bonne Presse.

332 LA QUESTION RELIGIEUBE

Nous ne saurions trop nous réjouir de cette constatation.

C'est avec joie aussi que nous avons lu un certain nombre de réponses fièrement chrétiennes.

Nous devons loyalement reconnaître que de nombreuses réponses sont données en un sens bien différent dont la note générale nous paraît assez bien exprimée dans les deux affirmations suivantes, — s'il est permis de chercher un point de ressemblance entre des manières de parler si disparates qu'elles rappellent la confusion des langues à l'époque de la construction de la tour de Babel.

Le trop célèbre Fogazzaro dit :

« Nous allons vers une conception religieuse où le dogme tiendra une très grande place, mais où les relations entre l'intelligence humaine et le dogme seront des relations de foi vivante dépassant les formules, plongeant dans le mystère, y puisant l'amour, la force, la vie à traduire en action. »

M. Emile Durkheim, professeur de sociologie à l'Université de Paris, ajoute :

« Il paraît de toute évidence que nous assistons à la dissolution d'une ybrme re/jgrie«se. »

En dehors des fiers croyants et de quelques athées, dans cette enquête, un bon nombre d'intellectuels, tout en croyant au maintien du sentiment religieux, annoncent, en effet, parce qu'ils la désirent, la dissolution « des formes religieuses », disent les uns, des « formules dogmatiques », disent les autres.

Ici une réflexion s'impose.

Tout homme intelligent est bien obligé de reconnaître qu'à l'origine de la création, de l'énergie universelle, du mouvement, de l'ordre qui règne dans la nature, il y a un principe supérieur, un moteur, Dieu.

M. Guibert en fait la preuve en ce moment dans les remarquables conférences qu'il donne à l'Institut catholique de Paris. A moins de se mettre un bandeau sur les yeux, tout homme sensé est contraint de le déclarer. C'est ainsi que Darwin, le célèbre évolutionniste dont on fait parfois, bien à tort, un athée, reporte plus loin la création puisqu'il fait procéder les êtres les uns des autres par une évolution naturelle, mais à l'origine il proclame une intervention créatrice. C'est une question de bon sens et de loyauté.

Tout homme raisonnable doit en arriver aussi à appuyer l'ordre social général, cette morale dont aucune société ne saurait se passer sous peine d'anarchie, sur un principe d'obligation supérieur à l'égoïsme humain, source de tous désordres.

Mais soit par org'ueil, soit par lâcheté, soit par répugnance à se soumettre à un être supérieur,soit par désir de se laisser aller librement à ses passions,soitpar une sorte de folie, beaucoup veulent s'arrêter là. Ils admettent Dieu, un sentiment religieux vague, une certaine morale supérieure, un culte à l'Etre suprême qu'ils entrevoient à l'origine des choses, mais quant à s'incliner devant la révélation, quant à admettre que Dieu a révélé une religion, quant à se soumettre à ses prescriptions gênantes pour la liberté, à ses dogmes humiliants pour l'orgueil, quant à être pratiquant chrétien... ils reculent.

Vieille lutte que celle-là I

Les ariens, les pélagiens, les protestants, les rationalistes, à travers la suite des âges, ont toujours ainsi, à des degrés divers, cherché à supprimer le surnaturel.

Admettre une certaine religion naturelle, mais supprimer le surnaturel, tel est, à travers le vague et la variété des formules, l'objectif de nombreux intellectuels.

Ils sont nombreux dans l'enquête, comme on les voit nombreux dans la société, ceux qui sont dans cet état d'âme. Nous les plaignons sincèrement, car ils demeurent à mi chemin de la vérité. Et résumant leur situation, nous leur disons :

Oui, Dieu existe à l'origine des choses, comme vous le reconnaissez.

Oui, Dieu existe à la fin des choses, et il vous jugera un jour, tout intellectuels que vous soyez.

Et ce Dieu a aimé le monde jusqu'à lui envoyer son Fils, avec lequel il ne fait qu'un, pour le racheter, l'éclairer, le sauver.

Et le Verbe est apparu plein de grâce et de vérité. II a parlé, il a prêché l'Evangile, il a fondé l'Eglise, il a constitué une religion positive.

Et il a dit : « Qui croira sera sauvé, qui ne croira pas sera condamné. »

Allons, intellectuels brillants, faites le plus bel acte de l'in-

telligence humaine. Mettez-vous à g'enoux. Demandez à Dieu sa lumière. Et la grâce divine aidant, de cette perception natarelle de Dieu qui vous contraint au sentiment religieux, passez à cette foi surnaturelle en l'Eglise catholique qui est la vérité totale et la condition nécessaire du salut.

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