FRANC
La Croix, 21 mai 1907.
Fréron
La Gazette de France
Sous ce titre un peu bizarre : « La Question Religieuse », le Mercure de France publie les réponses à une enquête, — selon la bonne vieille mode des enquêtes. Il s'agissait de répondre à cette question : Assistons-nous à une dissolution de ridée religieuse on à une évolution du sentiment religieux ? Il saute aux yeux, par la façon même dont la question est posée, que M. Frédéric Charpin, l'initiateur de cette enquête, ne suppose pas un instant que le genre humain puisse se passer de religion, que le sentiment religieux, sous une forme ou sous une autre, puisse disparaître du cœur de l'homme pas plus qu'aucun autre sentiment. Aucun de ses correspondants ne le croit davantage. Et il a des correspondants de toute école. Notez là un signe des temps. Il y a dix ou vingt années, il y en a même cinquante, on admettait fort bien que la sentiment religieux pût disparaître : c'est qu'il s'agissait de faire la guerre au catholicisme et pour faire celte guerre, les anticléricaux les plus ardents prenaient volontiers le masque de l'irréligion absolue. Ces temps sont passés. On trouve même à l'extrême-gauche que le sentiment religieux a du bon, car il peut être exploité : à force de répéter, à la suite du dix-huitième siècle, que la religion a été inventée pour exploiter la crédulité humaine, les anticléricaux ont pensé qu'ils pourraient utilement chercher à en faire autant. C'est ainsi que le socialisme — s'il n'est déjà une religion à lui tout seul — prétend, comme cette princesse allemande dont le mot est resté fameux, se faire « son petit religion à soi ». C'est M, Maxime Gorki, — bien connu en
France par les soins et travaux du vicomte Eugène-Melchior de Vogué — qui nous l'affirme sans détour : dans la société nouvelle « le sentiment religieux, comme je l'entends, doit, écrit Gorki, exister, se développer et rendre l'homme parfait ».
Sir Charles Dilke, membre de la Chambre des Communes, apporte sur ce sujet l'opinion d'un libéral anglais et nous donne un échantillon de la plaisanterie whig. Sir Charles Dilke croit à l'évolution du sentiment religieux parce que l'évolution <c est continuelle, excepté toutefois dans certaines périodes de l'histoire de la Chine et des autres pays tories ». Charmant !
De M, Maurice Vernes, directeur à l'école pratique des Hautes-Etudes (Section des Sciences religieuses) et qui est, croyons-nous bien, d'origine protestante, cette remarque intéressante : c'est que, dans la crise actuellement ouverte en France par la Séparation des Eglises et de l'Etat, le catholicisme qui ce maintient absolument sa croyance, son rite et sa discipline » n'a pas bougé. « Il n'y a eu, en fait de schisme, qu'une tentative ridicule, et nul n'a tourné ses regards du côté du protestantisme. » Cependant le protestantisme se fait de plus en plus libéral, il « adopte volontiers une attitude opposée 7) à celle du catholicisme : cela ne lui vaut pas un adepte nouveau. Tout ce qu'il y gagne, c'est que « l'Eglise sévèrement constituée par Calvin s'éparpille en une infinité de groupes et de sous-groupes ».
En somme la plupart des correspondants de cette enquête n'ont songé qu'à la Séparation. C'est un événement qui a profondément intéressé, en effet, tout ce qui, à l'étranger, pense et réfléchit.
La Gazette de France, 19 avril 1907.
Un anonyme
La Lanterne