‹ La question romaine devant l'histoire 1848 a 1867Chapitre 1 sur 10 · FRANCE ET ITALIE · texte numérisé non relu

FRANCE ET ITALIE

Le prisonnier de Ham nréciivait, en 1844 : « 11 n'y f< a rien à craindre pour la liberté, lant que la France « possède dans son sein des hommes tels que vous, qui « rappellent aux penples leurs droits et leurs devoirs. »

Ces mots me reviennent anjourd'luii en mémoire, au moment de prendre la plume.

Que doit faire un écrivain qui voit son pays s'engager, les yeux fermés, dans le chemin delà décadence? — L'avertir. — Oui, sans doute. Et si les avertissemenis ne servent à rien, si les cœurs se sont endurcis, si les oreilles se sont fermées? — Recommencer, comme si rien n'avait été dit, étouffer ses dégoûts, compter sur la nature humaine, sur ses retours, sur sa force de renaissance et de vitalité. — Je le veux bien. Subissons donc le supplice de démontrer pour la centième fois l'évidence.

Quelqu'un a parlé de ses émotions patriotiques pendant la bataille de Sadowa. M'est-il permis de dire quelque

chose des miennes, au bruit de la seconde expédition romaine ?

Il y a bientôt vingt ans, j'ai montré quelles devaient être les conséquences de la première expédition romaine de 1849, au moment où elle se préparait. Ses conséquences se sont déroulées ; elles ont même passé mou espérance ; elles durent encore, elles continuent, elles s'aggravent ; je les savoure chaque jour depuis seize ans : je n'en parlerai pas.

Aujourd'hui, je cliercherai seulement quelles doivent être pour nous les suites de cette seconde expédition romaine.

La première nous a coulé la liberté ; fasse le ciel que la seconde ne nous coûte pas plus cher !

Un point marque d'abord la différence et la marche des temps : personne aujourd'hui ne semble plus s'étonner de ce qui nous parut si incroyable en 1849. Je veux dire une société moderne, telle que la France, qui identifie sa cause avec celle de la théocratie. Quand celte identification se produisit pour la première fois, la conscience publique en fut ébranlée jusque dans ses plus intimes profondeurs. Aujourd'hui, rien de pareil.

On calcule les chances de cette expédition militaire comme de tout autre opération en Chine ou en Cochinchine. Mais son caractère spécial, unique, son incompatibilité avec l'esprit laïque et le droit moderne, on l'a oublié. Il faut pourtant s'en souvenir.

Des événements tels que la première expédition romaine, l'expédition du Mexique et la seconde expédition romaine, ne sont pas de purs caprices. Chacun d'eux

laisse après lui sa trace : tous ils s'enchaînent. Un seul pourrait n'être qu'un accident. Pris dans leur ensemble, en se répétant, comme un mal chronique, ils marquent une direction à laquelle il devient de plus en plus difficile d'échapper. Des entreprises de ce genre, formées dans le même esprit, conduisant l'une à l'autre, finissent par creuser le lit et la fosse où les peuples descendent. C'est à la longue ce qui s'appelle pour chaque nation sa destinée. Comment rompre le charme?

Quand vous faites une entreprise pour soutenir ou imposer, en quelque lieu du monde que ce soit, nne théocratie, veuillez, je vous en conjure, tenir compte de ceci : de réaction en réaction, vous pouvez vous trouver rejetés en dehors des conditions les plus formelles de l'État moderne, telles que toute la civilisation les proclame et les comprend de nos jours.

Il faut pourtant qu'une nation se fixe un point quelconque au delà duquel elle ne veut pas rétrograder. Sinon, de recul en recul, elle peut être ramenée en des régions stériles, mortes, où la vie sociale n'est plus possible.

La première des conditions de l'Etat moderne est de respecter en moi ma conscience, ma religion, ma foi, ma vie morale. Mais lorsque vous m'obligez de concourir au maintien, à l'autorité d'une théocratie quelconque, par le fer et par le feu, que faites-vous? C'est tout mon être moral que vous brisez : c'est ma foi, à laquelle vous m'obligez d'attenter. Toutes ces vérités intérieures, pour lesquelles je n'ai cessé de travailler et qui sont ma vie, vous m'obligez de les renverser moi-même ! Vous faites

bien plus qu'offenser ma religion ; vous me contraignez de l'offenser* moi-même, de la combattre, de l'anéantir... L'Etat me promettait tout le contraire. Il ne devait jamais, disait-il, intervenir dans ce for intérieur, dans le monde de la conscience, qui m'appartient bien plus que mon foyer; car il est moi-même tout entier, la seule chose que je ne puisse céder, même h ma patrie. Lors donc, que vous me rivez h une théocratie, que vous m'obligez de faire des vœux pour elle, pour ses armes, vous me placez entre ma patrie et une religion qui n'est pas la mienne, qui est l'ennemie de la mienne. Je dis et je répète, que vous sortez ainsi des conditions de l'Etat moderne ; et quand je parle en mon nom, il est bien évident que j'entends parler au nom de quiconque n'est pas catholique ultramontain.

Homme moral, for intérieur, qu'est-ce que cela? réplique-t-on. Vaines délicatesses de conscience ; bonnes en 1849; qui ne sont plus de saison aujourd'hui. C'est de notre intérêt qu'il s'agit. Voilà tout. Tant pis si votre homme moral est sous notre char ! Nous passons et le broyons. Entendez-vous?

Oui, j'entends-, et c'est justement de votre intérêt, et de cela seulement que je veux vous parler. Si vous voulez bien penser que, depuis quarante ans, je n'ai jamais cherché que votre intérêt ; que j'y ai quelquefois sacrifié le mien ; que je ne vous aijamais ni trompés, ni flattés, peut-être donnerez-vous quelques minutes de votre attention à ce que j'ai à vous dire.

Écoutez-moi, Si vous étiez seuls en Europe, ou si du moins personne ne songeait à rivaliser avec vous, et

même à vous subordonner, vcus pourriez, sans danger immédiat pour votre sécurité et votre avenir, rétrograder brusquement à votre gré jusque dans le moyen âge, étreindre une théocratie, vous attacher celte meule au cou, et surnager peut-être encore longtemps.

Vous pourriez quitter le terrain du monde moderne, et, s'il vous plaisait, reculer jusqu'à Philippe IF, à l'Armada et au désert de l'Escurial. Vous ne perdriez ainsi que votre liberté, votre existence intérieure, vos droits encore incertains et mal acquis. S'il n'y avait pas de puissance rivale autour de vous, oui, vous pourriez rentrer en paix dans le moyen âge, et vous asseoir au pied de la théocratie d'Innocent III, sans avoir à craindre d'être précipités par personne en dehors du soleil des vivants, et relégués au troisième, au quatrième rang parmi les peuples qui, acharnés au passé, n'ont plus d'histoire.

Mais cette supposition, il faut y renoncer. Vous n'êtes pas seuls en Europe ; les temps ont changé depuis 1849 : ils ont même changé du tout au tout depuis un an. Comment cela? Vous le savez; il n'est plus possible de marquer de l'étonnement.

Vous ne parlez que dû cette puissance nouvelle que Sadovva a révélée, la Prusse et l'Allemagne ; chaque matin vous demandez ce qu'elle fait. Elle épie vos mouvements, elle observe vos contradictions ; elle se félicite q..and vous quittez le terrain moderne, impatiente de vous y remplacer; elle attend vos chutes, et elle appelle de ce nom chaque pas que vous faites en arrière vers des temps et des choses qui ne sont plus les nôtres.

Quelle joie de vous voir rentrer dans ces entreprises impossibles, dans ces restaurations tliéocratiques qui vont se briser contre l'esprit de notre siècle! Entendez donc les félicitations de tous vos ennemis ; ce sont les mêmes qui vous ont encouragés à l'expédition du Mexique. Ils étaient si heureux de vous voir vous consumer et disparaître au-delà de Vera-Cruz à la recherche de l'empire de MontézumTi. Aujourd'hui, ils vous encouragent de même à réparer dans Rome l'irréparable, à vous river aux ruines, à vous user dans l'impossible (1).

Car ils trouvent trois immenses avantages dans cette nouvelle expédition romaine. Le gouvernement prussoallemand sait, comme vous, que la théocratie romaine est la clef de voûte de toute réaction européenne : à ce titre, il vous approuve de faire l'œuvre du pouvoir absolu.

En second lieu, il sait que cette œuvre ne va pas sans attiser les haines de l'Italie, et il est charmé que vous vous chargiez de ces haines. Par là il profite de votre action; il espère qu'elle vous rendra odieux. Enfin, voici le point le plus important qui renferme tous les autres, celui sur lequel vous ne pouvez trop réfléchir : la Prusse et l'Allemagne aiment à vous voir vous enfoncer dans la théocratie, vous identifier, s'il se peut, avec elle, parce que vous leur abandonnez ainsi tout le terrain bbéral; elles se pressent de vous y remplacer, au moins en paroles; cette conquête est pour elles un autre Sadowa, sans combat ; ellei'- comptent gagner ainsi dans l'opinion du monde moderne tout ce que vous avez consenti à perdre.

(1) Voyez ]o Times.

Quelle est en effet la prétention ou l'ambition de ce monde allemand, qui vient de se soulever de terre, comme une force de la nature? Quelle est la mission qu'il se donne? Quel est le titre dont il se pare pour Se faire accepter des peuples? Quel est son mot d'ordre, sa raison d'être? Je ne serai démenti par personne, quand je dirai que ce titre, cette mission, cette ambition, c'est de représenter par excellence, quoi, encore un coup? l'État moderne.

Interrogez leurs livres, leurs discours, leur langage même de chancellerie; tout revient perpétuellement à ceci : que l'empire allemand représente par excellence l'Etat moderne, c'est-à-dire l'Etat laïque, séparé de toute théocratie ; que lui seul peut donner la vraie liberté des cultes et de conscience; qu'il est en cela l'héritier philosophique du grand Frédéric et de Kant; que les autres Etats ne peuvent donner que l'ombre de ces libertés, principe et source de toutes les autres. Et il faut avouer que cet Ktat, avec ses vues, s'est bien gardé de faire ni expédition du Mexique ni expédition romaine. Il aurait cru se suicider par des entreprises accomplies au nom d'une secte ou d'une Eglise. Au lieu de cela, il s'est assis sur leterrain civil et laïque. Il s'est bien gardé de mettre sa main dans la main de pierre d'une théocratie quelconque : il sait que ces étreintes de pierre ne lâchent plus le vivant.

Ai-je donc besoin d'en dire davantage pour démontrer ce qui est plus clair que la lumière, à savoir : que nous faisons nous-mêmes la fortune de la Prusse et de la race allemande : que nous abdiquons entre leurs mains toutes

les fois que nous abandonnons le sol sacré de l'indépendance en matière religieuse, pour nous mettre au service d'un pape, d'une congrégation, d'un saint-office, d'une théocratie, d'une encyclique, d'un syllabus, d'un pouvoir temporel, dès qu'ils viennent à branler au souffle du monde moderne? Que diriez-vous d'une armée qui, ayant une position inexpugnable, l'abandonnerait à l'ennemi par préférence pour une position impossible à tenir? — Voilà ce que nous faisons.

On voit ainsi que notre seconde expédition romaine vaut à la Prusse un second Sadowa. Sans bouger, elle prend notre place; et nous, qu'avons-nous fait? Nous nous sommes jetés sur notre fer.

Si jamais, en effet (ce qu'à Dieu ne plaise!), la bitte que tout le monde pressent venait à éclater, j'ai certes toute confiance dans les forces de mon pays. Je veux le croire invincible. Pourtant, veuillez aussi retenir ces paroles : Ce jour-là, tout ce qui existe au delà du Rhin, journaux, chancelleries, tribunes, rois, peuples, n'aura qu'un seul texte, et le voici : « La Prusse et l'Allemagne, c'est l'Etat moderne; la France, c'est le Syllabus. Peuples, voyez et choisissez. »

L'Allemagne a-t-elle jamais envoyé au loin ses armées pour imposer à un peuple la domination spirituelle et temporelle d'un Lullier ou d'un Calvin? Non. Elle s'est maintenue en dehors de toute question d'Eglise; elle n'a point fait alliance avec une communion , ni avec une ruine en particulier; là est son terrain : c'est celui de l'avenir.

Voilà certainement le camp retranché où s'établira l'Allemagne, pour peu que les choses se brouillent entre

nous. Encore une fois, je compte sur notre force ; mais je dis qu'en face de tant de difficultés et d'hostilités qui se lèvent contre nous, il n'est pas sage de renoncer à la force morale, de la transporter du côté de l'adversaire; il n'est pas sage de se dépouiller de l'alliance, de la complicité du genre humain pour se faire exclusivement le bras séculier d'une Église qui, pour être nombreuse, n'est pourtant plus qu'une Église particulière. Il n'est pas sage, quand on pourrait avoir le monde pour soi, de s'enfermer dans la Rome du moyen âge, et de laisser à la Prusse, à l'Allemagne, le vaste champ de la liberté et les grands horizons que poursuit par mille voies l'esprit humain. Il n'est pas bon pour une armée de se laisser enfermer dans une ville, dans un défilé étroit où la famine peut faire tomber les armes des mains les plus fortes. Il est encore moins bon pour un peuple, une race d'hommes, de se blottir dans un défilé, de se cloitrer dans un parti religieux oii la famine de l'esprit, du l'intelligence peut, h la longue, avoir raison de la nation la mieux douée, pendant que les autres tiennent librement la campagne, ouvertes à tout, prêtes à tout, en communication, non pas seulement' avec une Église, mais avec la terre entière!

Telle était autrefois notre situation. Pourquoiravonsnous perdue?...

J'en étais là de ces lignes, et déjtà j'en reçois la confirmation. Je m'interromps pour chercher dans les journaux allemands le premier mot de la Prusse. Que viens-je de voir? Si le gouvernement de Berlin se tait encore, il laisse parler la nation prussienne. Et avec quelle rapidité

le senliment public a saisi l'occasion que nous lui avons fournie! Avec quelle intelligence! avec quelle inspiration soudaine ! Cela rappelle les marches de la campagne de l'année dernière. A peine j'ai eu le temps de pressentir la pensée d'outre-Rhin ; la voilà déjà réalisée.

Que disent, en effet, les organes de l'opinion allemande? Ce que je viens de dire. Ils achèvent les paroles que j'avais ébauchées. Ils se font les défenseurs du droit moderne. Voilà le premier mot. Le second est pour l'unité italienne; ils proclament qu'elle est un des éléments de Vordre européen. Bien plus, et pour tout couronner, ils établissent la solidarité entre Vunité italienne et Yunité allemande. Offenser l'une, disent-ils, ce serait offenser l'autre. Que peut-on objecter de plus? La grande patrie allemande bat les mains à la grande pairie italienne. La première est solidaire de la seconde.

Entendez-vous? dirai-je à mon tour. — Comment embrasser plus de choses, donner plus d'espérances, tendre plus d'amorces, occuper un plus grand terrain stratégique; rallier à soi plus de gens, conquérir plus de choses et d'âmes, en moins de mots?

Avais-je tort tout à l'heure de dire que cette marche rapide est celle de Sadovva? Et comment l'Italie n'écouterait-elle pas ceux qui lui tiennent ce langage. Ils parlent avec respect de tout ce qu'elle aime; ils l'encouragent dans tous ses vœux. Ils semblent n'avoir qu'un cœur et une cause avec l'Italie. Voilà donc la race allemande, peuple et gouvernement, qui fait le grand pas, qui nous prend notre place au soleil dans l'affection des peuples.

Les Germains et les Latins unis contre nous, quelle plus grande nouvelle attendez-vous encore?

Sentiment national, incompatibilité du droit des peuples avec l'intervention étrangère, but unitaire, progrès indéfini dans la liberté et dans l'indépendance, — le gouvernement et le peuple prussien nous ont pris tous les mots les plus sacrés qui fascinent le monde! Et nous, que nous ont-ils laissé? De quoi parlons-nous? Intervention, occupation mixte d'Autrichiens, de Français, de Bavarois, d'Espagnols, ou occupation isolée, débarquement de troupes étrangères, garnisons d'étrangers au centre de ITtalie pour un temps fixé, ou pour un temps illimité! Mais tout cela, c'est la vieille Italie : c'est le retour à ce qu'elle a appris à haïr depuis qu'elle a recommencé à respirer. Entre ces deux langages, comment ne ferait-elle pas de différence? L'uu la rive au passé qu'elle maudit, l'autre lui ouvre l'avenir qu'elle convoite. Et comment, pour ma part, ne serais-je pas navré de douleur en voyant mon pays perdre en un jourl'affectioîî de toute une race d'hommes, quand cette affection nom' était le plus nécessaire pour balancer sinon l'hostilité, au moins l'ambition d'une autre race?

?«'est-il donc pas évident, comme la lumière, que nous perdons tout à rétrécir, h diminuer chaque jour la base sur laquelle notre France s'appuie? Dans tout ce qu'elle a fait de durable et de fort, par exemple, dans ses codes, dans ses institutions civiles, elle se montrait le représentant, non pas d'une caste ou d'une race seulement, mais de la raison européenne ou phitôt universelle. C'est là ce qui lui avait gagné le cœur du monde.

Elle pouvait tendre la main h différentes races, à différentes nationalités, et compter au besoin sur l'assentiment de toutes!

Aujourd'luii, quelle différence! Les autres parlent au nom de tout le monde civilisé; nous autres, au nom du monde catholique! Nous ne parlons plus de nous-mêmes que comme d'un fragment brisé de notre unité. A nous entendre, la France n'est plus qu'une nation catholique; elle n'est plus qu'une nation latine; elle doit se miirc: dans celte classification factice qui n'est plus de nciic âge. La France ne pourrait rentrer dans ce lit de Procuste qu'en se mutilant; elle ne se reconnaîtrait plus elle-même, en revenant ainsi au passé de la France par delà la philosopliie, la Réforme, et toute l'époque moderne. En perdant ainsi chaque jour une partie de ses larges bases, à quoi veut-elle donc aboutir ?J'aipeurqu'el]e ne chancelle en se donnant de si étroits fondements.

Le drapeau catholique a fait de l'Espagne ce que nous voyons; il a conduit l'année dernière l'Autriche à Sadovva; nous-mêmes, où nous a-t-il conduits? au Mexique? Ce drapeau, je le répète, n'est plus assez grand pour couvrir la France moderne : il ne peut nous ramener désormais qu'au pays de ruines.

En résumé, par l'expédition du Mexique, nous nous sommes aliénés l'Amérique; par notre imprévoyance de l'année dernière, nous avons décidé l'unité allemande, et nous l'avons faite contre nou;:. Par la nouvelle expédition romaine, nous nous aliénons l'Italie et les peuples latins, auxquels nous réduisons aujourd'hui nos origines et notre parenté.

Veuillez aussi penser à ceci : il n'est pas de peuple ;m monde qui ne soit diminué et ne soit arrivé au déclin, en s'ticharnant h une question impossible à résoudre. C'est en se brisant contre des questions et des choses de ce genre, que tous les peuples du passé ont perdu leur puissance. Or, j'ai démontré, pour ma part, à satiété, que le problème que vous posez en Italie est impossible, aussi impossible que la quadrature du cercle. D'un côté, vous voulez que la théocratie du moyen âge soit une puissance moderne et libérale, ce qui est contradictoire; de l'autre, vous vouiez que l'unité de l'Italie se forme, en ayant à son centre et dans ses entrailles un pouvoir ennemi, étranger, qui appelle incessamment l'étranger de tous les coins du monde, ce qui n'est pas moins contradictoire. Certes, la puissance de la France est grande; mais tout son or et tout son sang se .dépenseraient en vain jusqu'au dernier homme dans ce problème : la France s'y briserait, à la grande satisfaction de ses ennemis ou de ses rivaux, sans le faire avancer d'un seul pas.

L'expérience des vingt dernières années ne nous a-t-elle donc rien appris? L'avertissement que nous donne l'Allemagne, prenant notre place, sera-t-il aussi perdu? Pour moi, que l'on me dise ce que j'ai à faire encore pour rendre l'évidence plus évidente, la lumière ])lus lumineuse. J'ai rempli mon devoir : je veux le faire jusqu'au bout.

Edgar Quinet.

Voytaux (Suisse)- le Temp^, 7 novembre 1837.

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