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DE L'AVENEMENT DE PIE IX A SA FUITE A GAETK

17 JUIN I8Z16 — 2/i NOVEMBRE 1848

Maslaï Ferretti, élu pape sous le nom de Pie IX. ,7 :„;„ ]

État de l'Italie à cette date : elle est telle que l'ont faite les p.tai ,ie r traités de 1815. — L'Autriche, maîtresse de la Lombardie et de la Vénéiie, avec droit de garnison à Ferrare et Commacchio, et dominant de son influence tout le reste de la Péninsule. — Naples et la Sicile, soumises à un régime dont l'insurrection de 1820 (Guillaume Pepe) et les émeutes de 1841 et 1842 n'ont fait qu'accroître la dureté. — Parme, Modène, la Toscane gouvernées moins arbitrairement par leurs ducs. — Le Piémont, vaincu dans une première bataille de Novare, en 1821, vivant en bonne harmonie avec l'Autriche et paraissant chercher par quelques réformes intérieures à faire envier sa domination, au moins par comparaison, au reste de l'Italie. — La Jeune Italie, fondée en 1832 par le Génois Mazzini, a rallié les débris du carbonarisme, et couvre de ses ramifications toute la Péninsule. Elle est persécutée même en Piémont. Charles-Albert, ancien carbonara, punit de galères et de la mort ignominieuse ses anciens frères.

L'État romain, le plus malheureux des pays italiens. « Tel L'Eut roi

qu'il est, le gouvernement romain ne peut régir l'État, parce qu'il est réduit par la nécessité de sa nature à craindre toute réforme, à empêcher toute amélioration. On dirait que la justice est en lutte avec la religion. » Capponi.

L'insurrection de la Romagne et de l'Ombrie (1831 et 1832), à laquelle ont pris part le prince Louis-Napoléon Bonaparte et son frère, qui y a trouvé la mort, n'a eu d'autre résultat que l'occupation de Bologne par les Autrichiens, et d'Ancône par les Français, et rétablissement d'un régime de sévérités atroces (prisons, galères, sentences de mort), qui dura pendant tout le règne de Grégoire XVL Le mémorandum des cinq puissances réclamant pour les sujets de l'Èlat romain des réformes administratives et politiques de la plus absoUie nécessité, est accueilli par des promesses non, suivies d'exécution. Les sanfédistes, et leurs excès, patronnés par le pape.

'( A la mort de Grégoire XVI, les sectes libérales avaient peine à contenir leurs ardeurs de vengeance; les sanfédistes, ivres de pouvoir, avaient perdu toute mesure. La fraction du parti libéral, dite modérée, était résolue à combattre le mauvais gouvernement du pape par l'opposition et la résistance légale, par la presse, par tous les efforts du courage civil; la partie honnête et sage des papistes reconnaissait la nécessiié de quelques réformes. — Le commerce était pauvre; la grande industrie nulle; la contrebande organisée et plus puissante que le fisc; la police, abandonnée à l'arbitraire, vexait les libéraux, mais laissait les bandits désoler le pays; les services publics, mal organisés; de statistique, aucune; absence de codes; inégalité des citoyens devant la loi; immunités et privilèges sans nombre. — L'administration de la justice, compliquée, lente, dispendieuse, incertaine. — Trente-sept à trentehuit millions écus de dette pubhque; déficit annuel d'au moins un demi-million; nul contrôle, nul compte de gestion de la part des administrateurs du trésor. — L'instruction et l'éducation insuffisantes en tout, môme en religion. — Censure sur la presse, surveillance rigoureuse sur les journaux et les livres étrangers. — Le nombre était immense des familles qui, après •1831, avaient été atteintes, pour des causes politiques, par les sévérités du gouvernement ou les fureurs des sanfédistes. — Les commissions mililaires permanentes. — En somme, audedans, le gouvernement sans appui dans l'amour de ses sujets

et dans l'opinion publique; au dehors, méprisé, raillé, insulté, avili; partout le pressentintient d'agitations nouvelles, le désir de promptes et substantielles réformes, la conviction de leur nécessité. — La diplomatie tremblait la peur des révolutions. » Farini, l'Èiat romain, cité par Jules Amigues.)

Mesures populaires : renvoi des Suisses; les prisons ouvertes; JuIiIh, aoiu. amnistie à tous les exilés qui s'engagent par écrit à ne point septembre iUG abuser de leur pardon; le cardinal Gizzi, considéré par l'opinion comme libéral, nommé secrétaire d'État; les cardinaux, qui gouvernaient les légations, changés; promesse à la Romagne de réformes administratives; nomination d'une commission de jurisconsultes pour l'amélioration des lois civiles et pénales, et de commissions chargées d'examiner les réformes à introduire dans les diverses branches de l'administration. Confiance universelle dans les bonnes intentions du Saint-Père. Maz?.ini lui écrit pour le féliciter et abdiquer entre ses mains.

Une partie de l'Italie suit l'exemple : réformes administra- Novembre, jée. tives en Sardaigne, Toscane, Lucques, Parme.

Attitude des cours étrangères : l'Angleterre excite le mouvement, l'Autriche veut l'arrôler, la France (M. Guizot) le modérer. M. Rossi envoyé à Rome comme ministre plénipotentiaire. Discussion à la tribune française. M. Thiers : « Courage, Saint-Père. » Félicitations des républiques d'Amérique et du sultan.

En somme, pas d'améliorations dans la législation politique. Menées de la faction rétrograde. Elle obsède Pie IX. Il hésite, temporise. Les promesses de l'avènement ne sont même pas tenues : les commissions ne font rien, sauf une modification incomplète et provisoire dans l'organisation des tribunaux; la garde nationale n'est formée qu'à Bologne et à Ferrarc. La promesse d'établissement d'une garde civique à Rome, le projet d'une union douanière entre le Saint-Siège, la Toscane et la Sardaigne ne reçoivent pas d'exécution.

L'enthousiasme des premiers temps diminue. M. Rossi écrit janvier isi". à M, Guizot : « Rien n'est fait encore; jusqu'à présent rien que des promesses, des projets et des commissions qui ne travaillent pas. » Manifestations populaires, froides et menaçantes quand les influences rétrogrades semblent l'emporter. Cicérovacchio. Mot du P. Ventura : « Si l'Église ne marche pas avec les peuples, les peuples ne s'arrêteront pas, mais ils

marcheront sans l'Église, hors l'Église, contre l'Église. » Une conspiration réactionnaire, dans laquelle trempaient le cardinal Lambruschini, et le directeur de la police, Grassellini, est découverte, les progressistes descendent dans la rue; la garde nationale s'organise d'elle-même; une collision est sur le point d'éclater : le pape se décide à consentir à la démission de Gizzi.

Le cardinal Ferreli, libéral, le remplace. Malgré le découragement du pape, il marche en avant : la garde nationale est organisée, la loi sur la conscription préparée, un conseil et un sénat municipal sont donnés à Rome, on jette les bases d'une consulte d'État. Quoi qu'il en soit, Rome, n'en est encore qu'à des réformes administratives, quand la Toscane, la Sardaigne, suivant mi progrès logique, en sont déjà arrivées à quelques libertés constitutionnelles (la condition de la presse améliorée, etc.)

Occupation de Ferrare par les Autrichiens. Protestation énergiques de Ferreti, non approuvée par le pape, blâmée par M. Guizot. Irritation dans toute l'Italie; réveil du sentiment national; les Apennins éclairés de feux nocturnes d'un bout à l'autre de la péninsule; le cri Fuori i barbari poussé dans les réunions publiques, écrit sur les murs. La Jeune Italie reprend la direction du mouvement.

A la nouvelle de l'occupation de Fivizzano et de Ponlremoli par les Autrichiens, manifestations menaçantes .dans toute l'Italie et surtout à Florence, Livourne, Rome.Nazzari à Milan, Manin à Venise, réclament l'exécution loyale de la patente de 1815, et par une guerre juridique tiennent perpétuellement en haleine les autorités autrichiennes. La Jeune Italie redouble sa propagande souterraine contre l'étranger et contre les souverains^ ses alliés. Le mouvement est lancé, tout dépend de Pie IX.

Il méconnaît la question de l'indépendance italienne, et, au moment où dans toute l'Italie les souverains vont devenir des monarques constitutionnels, sauf le roi de Naples, qui réprime durement le soulèvement de Reggio et de Messine, il se laisse aller déplus en plus aux influences rétrogrades. A l'ouverture de la consulte, il établit que ses décisions ne pourront être que des avis soumis aux ministres et au Sacré-Collége : a Les réformes concédées ne peuvent être le germe d'aucune

institution parlementaire. » Conflit dès les premiers jours. Pas un seul projet adopté. Les ministres laïques, que le pape s'était enfin résolu à admettre au Conseil, n'ont aucune influence.

Au commencement de 1848, toule la Péninsule prèle h s'enflammer. Rome : manifestation menaçante du l" janvier; Cicérovacchio agite au-dessus de la tète de Pie IX, aux applaudissements du peuple, un drapeau tricolore. — Milan, Venise : manifestations contre l'Autriche, les Milanais sabrés, Manin et Tommaseo arrêtés. — Gènes , Livourne : démonstrations libérales; Guerrazzi. — Napies : 20,000 hommes, bannière déployée, parcourent les rues en criant : « Constitution ! constitution! D Insurrection de Palerme et de toute la Sicile; constitution d'un gouvernement provisoire; bombardement. Décret de Ferdinand II, qui jette les bases d'une constitution (H janvier). Léopold, grand-duc de Toscane, obligé de l'imiter; puis Charles-Albert, roi de Piémont, mais non sans prendre la précaution de « raffermir et resserrer ses liens d'amitié avecl'Au- Irichc. »

Manifestations séditieuses à Rome aux cris de « Vive Palerme! vive la Constitution napolitaine! »

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