‹ La question russe: I. Le prince Menschikoff.--II. L'église gréco-russe.--III. La Russie devant lChapitre 5 sur 10 · AINSI PEUT ET DOIT ÊTRE SUBJUGUÉE L'EUROPE · texte numérisé non relu

AINSI PEUT ET DOIT ÊTRE SUBJUGUÉE L'EUROPE

Un tel testament ou programme est-il autre chose qu'un manifeste de guerre à l'Europe? Ce qui est à remarquer, je le répète, c'est qu'authentique ou non, ce programme a été jusqu'à présent comme le phare qui a éclairé toute la marche politique de la Russie. Elle le suit avec une logique effrayante, ne se déconcertant jamais et avançant toujours. Appuyée d'un côté sur son armée, de l'autre sur sa diplomatie, elle se rit des menaces du monde. Une coalition sérieuse des grandes puissances, tout au moins une intervention décidée de la France et de l'Angleterre , poun^aient mettre un frein à ses envahissements. La Russie le sait : aussi tous ses efforts tendent-ils à prévenir cet obstacle. Rien, pour cela , ne lui coûte : ni les caprices du mau\a\s No\]^râ,Tà.\^\fc\\^-.^-.lerre

des séductions , ni la pompe des menaces , ni l'aplomb du mensonge, ni la mise en scène exagérée de ses forces. Et certes, elle a lieu de s'en applaudir ; car le succès ne lui a pas encore fait défaut. Vaincue d'un côté, elle dresse d'autres batteries, et finit infailliblement par l'emporter.

Mais quel est surtout le grand point de mire de son ambition , la condition nécessaire de l'omnipotence à laquelle elle aspire ? Le testament de Pierre le Grand le dit assez explicitement, c'est Constantinople ! Comme elle s'en est approchée déjà! Encore un pas, et la proie sera dans sa main. Le moment est suprême.

On raconte qu'en 1829 le roi Charles X reçut une lettre autographe de l'empereur Nicolas, par laquelle il s'engageait à ne point s'opposer à ce que la France recouvrât les provinces qui lui avaient été enlevées par le traité de 1815, si elle consentait , de son côté , à ce que la Russie détrônât le croissant. Charles X refusa. « J'ai répondu au tzar, dit-il à ses ministres , qu'il m'offrait une salle à manger dans un hôtel dont il serait le seul propriétaire. »

Quoi qu'il en soit, une telle proposition, et tant d'autres bruits que l'on se plaît à répandre, confirment toujours la même chose : l'intérêt fatal que la Russie attache à l'occupation de Constantinople. Qu'eUe se mette en aNawV. -m-Vxv^ ^^ss^-

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très puissances, c'est toujours ou pour appetel leur concours sur la consommation de cette grm\ pensée, ou pour paralyser • les obstacles qu^dks pourraient y apporter. D*auk^ part, si quelqu'uie d'elles s'adresse à la Aussie, on sent qu'elle u\ saurait trouver de meilleur titre ponr s'y faire Ua Tenir qu'une promesse sympathique à oe rêve des] fils de Pierre le Grand.

Et maintenant, n'est-ce ^as enooffe le ioèmel rêve qui trouble le mondel Nous .avons vu comment la Russie est amvée peu à jieu à lui redonner une vie depuis près de vingt ans suspendue. Le mot n'est pas encore prononcé ; mais la chose est là. A la question des lieux maints , brotalement vidée , a succédé l'affaire du protectorat. Le protectorat , c'est Tabime ; Constantinople est au fond. Les puissances l'ont senti et ont rési&té , ou plutôt elles ont menacé de résister. La Russie ne ^'est pas déconcertée.; elle a marché. Qu'importe que l'Europe n'ait pas tiré le canon? elle l'a tiré, elle; et cela, sans sourciller : car elle a déchiré les traités ; car elle a pris ce qui n'était pas à elle; car elle s'est posée en flagrant délit de révolte contre la civilisation , contre le droit.

<}uelle signification attacher à un tel mode d'action? Ne prouve-t-il pas que la Russie est lasse d'attendre? Si la diplomatie est impuissante à lui donner ce qu'elle veut, elle le demandera à ses

g armes. Elle a comioiencé déjà, elle continuera sans g doute. Mais alors^ dit-on, c'est la guerre? Oui, je le j crains, lot ou tard, il faudra en veaair là; en venir ^là, dis-je, ou tout céder. L'Europe céderart-elle? , L'Europe se fera-t-elle l'exécutrice testamentaire de . Pierre le Grand ?..^

En présence d'aussi graves éventualités, il inap(Hle, ce semble, de mesinrer, dans tous ses éléments de force, le colosse avec lequel devrait s'engager la lutte. Du moins ne sera-t-en pas^ pris au dépourvu , et l'on saura dans quelles proportions il convient de se préparer. Je vais ctonc^ parier de l'armée et de la marine russes^ .

L'armée et la marine russes F Quoi de plus mystérieux à connaître , de pftis difficile à apprécier î On a déjà beaucoup écrit sur ce double sujet, je n'y ajouterai peut-être rien de bien nouveau; ce*pendant, ma poâtion m'ayant penms de voir «tf de juger beaucoup de choses par moMnème , je rendrai, je crois, quelque service en complétant par mes observations personnelles ce qui a été dît par mes devanciers.

Taborde immédiatement la mafière.

Voici, d'abord, quel est , d'après les cadres officiels , l'état des forces mStaires dfe la Russie.

INFANTERIS.

6 corps effectifs consistant en 3 divisions , com-

posées chacune de 4 régiments, et chaque régi-

inenl de 7 bataillons, dont 4 effectifs, à lOCOhonimes

thaque : ce qui, pour 72 régiments

de ligne et 288 bataillons , donne

2 corps de réserve composés des 5' et

6* bataillons des 72 régiments de ligne,

comprenant , sur le pied de paix , 500

hommes chaque, pour l4i bataillons. .

Bataillons de dépôt des 72 régiments.

6 bataillons de tirailleurs, 1 pour

chaque corps

Corps de garnison, sapeurs et mi-

neurs 60 bataiUojis

Infanterie de la garde impériale ,

12 régiments de 3 bataillons, et 4 batail-

lons de sapeurs, mmeui-s, arquebusiers

el vétérans , en tout 40 liataillons

Infanterie des régiments de grena-

diers , 12 régiments de 4 bataillons

chaque , et 1 bataillon de tirailleurs

. Infanterie du Caucase, 48 bataillons.

g — d'Orenhourg, 16 —

'! — de Sibérie, 16 — '^ — de Finlande, 12 —

16 OW

£■ Uéginionis d'instruction, corps mo-

" \ déles et corps des cadets

Total de l'infanterie sur pied de paix.

GAYALERIE RÉGULIÈRE.

g 24 régiments de cavalerie attachés aux 6 corps ictifs de la ligne ;

,; 24 régiments de cavalerie de réserve ; -12 — de cavalerie de la garde; I 12 — du corps des grenadiers ;

2 — du Caucase et des régiments modèles.

Ces 74 régiments, à 9 escadrons chaque et à 160 hommes par escadron, font 1440 hommes par régiment, et conséquemment une cavalerie totale de 106 OOOh.

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