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Rév^aiions sur la Russie, par un résident anglais

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spécial, el quelques m<inœiivres entre les vei-gues d'un vaisseau suspendu comme une escarpolette au plafond d'une grande salle, ces derniers entrenl au service actif. Mais quel service ! C'est à peine s'ils ont le temps de voir la mer, tellement Is saison des croisitres est courte dans les eaux moscoTÏtes. n serait pourtant bien nécessaire à ces officiei-s, si antipathiques pour la plupart à la vie de marin, de prolonger leurs exercices. Aussi peut-on affirmer de la manière la plus absolue, cl sans s'arrêter à des exceptions dont il ne vaut vraiment pas la peine de tenir compte, que la marine russe ne possède aucun officier d'une science réelle. Un vieux pilote norvégien, qui a rencontré souvent les escadres du tzar dans la IBallique, me disait qu'il ne les avait pas vues une seule fois manœuvrer avec intelligence. Je pourrais citer à l'appui de ce lémoignage des fails nombreux el auxquels je n'aurais certainement jamais ajouté foi, s'ils ne s'étaient passés sous mes yeux.

Un antre rapport que les oflicîei's de la marine ont en Russie avec les officiers de l'armée, c'eit une vénalité el une corruption dont rien ne saurait donner mie idée. Nous avons vu comment Us spéculent sur les examens et les diplômes; celte spéctdation s'étend à tout. Ces navires si beaux d'i^parence, si riclicmenl équipés, qui se pavanent dans les bassins de Cronstadl ou de Sébastopol.

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SUR LE PROTOCOLE DE VIENNE. 3âl

. .manquent souvent des pièces les plus nécessaires ., au moment de prendre la mer. Les officiers les ont f, vendues. Voyez aussi ces mallieureux soldats de l\ l'intérieur, aux vêtements sales et déchirés, au jt '►teint hâve , aux membres ruinés. Est-ce donc que " le gouvernement néglige de les nourrir et de les habiller? Non. Les officiers ont vendu vivres et f*' équipements, à moins qu'ils n'aient déjà prévenu les livraisons des fournisseurs, en s'appropriant l'argent destiné à les payer. Mais c'est surtout dans ^ ^ les marches de guerre que les dilapidations des ^chefs d'année se donnent libre carrière. Il est avéré . uijourd'hui que sur les cent mille honnnes que la Russie perdit en 1828, dans la campagne des Bal- . kans, la plus grande partie péril victime des pri- , valions de toute nature qu'imposa à l'armée la cu- |)idité des généraux et des intendants.

Plaie monstrueuse qui s'étale en Russie à tous . les degrés de l'échelle administrative. Depuis le chétif expéditionnaire qui touche quatre-vingts r roubles par an, jusqu'au ministre le plus favorisé rlu budget, tous les employés du tzar volent. C'est . en vain que l'empereur Nicolas s'arme d'énergie pom* frapper les coupables. Ils lui échappent tous infailliblement ; ou si par hasard quelqu'un tombe sous sa colère, le châtiment qu'il lui inflige ne produit sur la masse qu'un effet dérisoire. J'ai vu . des colonels, j'ai vu des généraux, des contre-amis-

raux, dégradés ou faits soldats. « Les sots, disaiton, qui se sont laissé prendre ! »

C'est que , pour corriger de pareils abus , il faudrait autre chose que des ukases , dût-on même les renforcer du knout. Le génie du vol tient au génie national des Russes; telle est, du moins, l'opinion généralement accréditée. Hais, en dehors d'un pareil principe, ne serait-ce pas assez, pour développer chez les Russes un aussi odieux penchant , que ce système de gouvernement qui pèse sur leur tête? Quand un peuple est enlacé par une poUce qui épie jusqu'au moindre souffle de sa vie, ne devient-il pas nécessairement fourbe et trompeur? Et si cette police va jusqu'à enchaîner de sa main de plomb les ressorts les plus subtils de son àme , desséchant ainsi en lui tous les phénomènes de la vie intellectuelle, ne se sent-il pas fotsdement entraîné à chercher une compensation dans les basses convoitises, dans les appétits matériels? Mais alors il faut de l'argent , il faut de l'argent à tout prix.

Tel est le secret de la vénalité et de la ccrnïi)tion des Russes.

Comprend-on quel est le sort d'une armée dont ces vices délétères ont fait leur proie? L'histoire des campagnes moscovites le dit suffisamment. N'a -t- on pas vu des colonels du tzar vendre même à l'ennemi , parce qu'il surenchérissait, les vivres et les habits destinés à leurs troupes ? Mais

trop de faits de ce genre seraient à raconter. y ai signalé le principe d'où ils procèdent; ocda suffit.

Résumons. Qu'estKîe que la Russie «onsidérée dans sa force ?

Sur terre. — 1" Une armée hypotiiétique /d'un million d'Jiommes , une armée réelle de six à ^pt cent mille, une armée disponible de dieux à trois eent mille ;

2" Des soldats-machines , sans initiative , isa^s esprit militaire , mais formés .à une discipline 'de fer, solides comme un mur de forteresse, ètine cédant qu'au iroidet ou à la mitraille ;

3* ©es officiers ignorants , sans .courage , héros de parade et non chefs de :guerre ;

4^ Des administrateurs cupides, spéculant] pour eux et leurs complices sur les caisses de Tairmée , et siinquiétant peu qu'elle meure;de froid , ou de faim , pourvu qu'ils se gorgent d'or ;

5*» L'impunité assurée aux dilapidateurs , t)u tout au plus quelques supplices individuiels , isolés ^ sans réaction sur l'ensemble.

Sur mer. — 1*» Deux grandes flottes superbes aux yeux, pourvues officiellement: d'un matériel complet, et armées de puis^ints canons ;

2» Quatre-vingt mille marins, tdont près de cinquante mille feérieusement équipés , tant dans la Raltique que dans la mer Naire ;

3* Ces mêmes marins sans instruction , sans exercice, inhabiles à la manœu\Te, et détestant instinctivement la mer ;

4" Officiers d'apparat, initiés à peine à la science nautique , inférieurs à leurs matelots qui les méprisent, agents de concussion et de pillage, bons pour désorganiser un navire et non pour diriger ime expédition ;

6" Deux grandes forteresses , Cronstadt et Sébastopol, d'aspect inexpugnables, mais qu'en réalité leur garnison, leur situation même seraient impuissantes à défendre.

Voilà la Russie militaire et maritime. Je demande si cet appareil , imposant sans doute , est vraiment de nature à effrayer l'Europe ?...

Mais, actuellement, il ne s'agit plus de guerre. Les négociations pacifiques l'emportent, dit -on, et chacun s'entretient du protocole de Vienne. Faut-il s'affliger ou s'applaudir de ce résultat ? Assurément nous ne sommes pas de ceux qui ont soif de sang ; mais nous ne croyons pas non plus que la guerre soit toujours une calamité. Dans la question présente, par exemple, si la Russie se fût obstinée, malgré une manifestation armée , dans ses injustes prétentions , n'eût-il pas été utile au monde, comme le disait récemment un honorable membre de la chambre des communes, d'effrayer par un exemple les malfnî-

leurs qui voudraient troubler la paix de TEurope ?

Quoi qu'il en soit , c'est sur un protocole et non sur des coups de canon que nous avons à raisonner.

Quel est ce protocole ?

Personne ne le sait encore ; mais les questions qu'il soulève sont graves , et c'est à juste tilre , on le conçoit, que l'opinion impartiale et éclairée se préoccupe de la satisfaction qui leur sera donnée. La situalionde la France, surtout, est ici tort délicate. Elle est loin d'être identique à celle des autres puissances. Ni l'Angleterre , ni l'Autriche, ni la Pnisse ne se sont rencontrées, en face du divan , engagées dans un débat personnel avec la Russie. On se souvient, au contraire, que, tant que ce débat se maintint dans ses limites originelles, l'Angleterre resta inactive. Mais, en prenant des proportions européennes, les exigences de la Russie n'ont pas perdu pour cela leur caractère spécial. Le protectorat, tel que l*tzar le réclame, n'est point étranger aux deux flrmans, objet de nos réserves ; il y tient essentiellement ; et, si le tzar a mis tant d'insistance à l'obtenir, c'est qu'il le regarde comme un instrument qui les consacre , et qui lui met entre les mains les moyens d'en assurer l'exécution. Ainsi donc, que le tzar obtienne une note , un traité , peu impoYVe\ dixx \«vws\fc\^ ^^^^^

dte APPENBIGE SUB LE PR0T6G0L£: DE VIENNE.

cette note ou ce traité, ne font pas. abstraction des firmans , c'est un titre que le tzar obtient contre nous; car, en se fortifiant ainsi sur un terrain défendu par nos réserves, n'augmente4-41 pa» pour nous la difficulté de les faire prévaloir? On voit jusqu'où pourrait nous conduire un raisonnement approfondi sur cette matière. Nous espérons que le gouvernement en aura prévu toutes les conséquences ; noua espérons que , dès que le protocole de Vienne sera connu, nous pourrons y applaudir, non comme à une solution provisoire qui laisse tout en question , mais comme à une solution définitive, comme à un' acte de force qui, en sauvant les grands principes , sauvera Thonneur et la dignité des nations , c'est-à-dire qui donnera raison au droit contre la violence, au catholicisme contre le schisme, au sultan contre le tzar, à la France, à l'Angleterre , à l'Europe contre la Russie.

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