‹ La Question SalicoleChapitre 47 sur 48 · AGE · texte numérisé non relu

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donnés à titre de métayage, c’est-à-dire moyennant le partage du prix de la récolte.

Le sel marin est également récolté sur les bords de la Méditerranée où l’exploitation en est faite par des sociétés puissantes qui possèdent des marais importants.

Ce sont également de grandes sociétés qui, dans l'Est de la France, sont concessionnaires des mines d’où l’on retire le sel gemme.

La production du sel offre cette particularité que nous avons soulignée d’être pratiquement illimitée.

En effet, si le rendement de nos salines maritimes, où l’on ne récolte qu’à la belle saison, est sujet à des variations souvent considérables du fait de la température, l’extraction du sel gemme se pratique pendant toute l’année et ses possibilités sont quasi infinies.

C’est pourquoi, avons-nous exposé, sous l’aiguillon de la nécessité, une sorte de « modus vivendi » s’est établi depuis un certain temps déjà entre les grands producteurs. Il s’est traduit d’abord par la création de groupements régionaux qui, par la suite, se sont réunis en Fédération et en second lieu par l’établissement de zones de vente.

Les Pouvoirs publics de leur côté, se rendant compte des dangers offerts par une production déréglée, ont, tout en maintenant des droits d’entrée élevés sur les sels étrangers, adopté, depuis une trentaine d’années, une politique salicole appropriée en refusant d’accorder toutes nouvelles concessions minières tant en France qu’en Algérie.

Nous avons établi que le marché du sel, alimenté par une production en fait sans limite et qui ñe possède en contre partie que des débouchés relativement restreints, connaitrait, par l’application de la loi économique de l'offre et de la demande, des cours insuffisamment rémunérateurs et resterait soumis à de nombreuses vicissitudes ainsi qu’à de dangereuses crises endémiques si les accords dont nous venons de parler n'étaient intervenus tacitement entre les

producteurs des différentes régions de la France et de son Empire colonial.

Ces conventions ont eu pour résultat, avec l’assentiment des Pouvoirs publics, d'obtenir, par des mesures efficaces, des prix permettant aux paludiers les moins aisés de continuer la culture de leurs marais dont l’exploitation, répétons-le, est d’une nécessité primordiale.

Au point de vue fiscal, nous avons montré tout d’abord l'injustice criante de l’impôt avec consommation obligatoire que constituait la gabeïle sous l’ancien régime.

En ce qui concerne les droits actuels perçus sur le sel de consommation qui, à première vue, semblent trop élevés, ils pèsent en fait peu lourdement sur ie consommateur.

Chaque Français absorbe, en effet, environ 6 à 7 kilogrammes de sel par an dont l’achat constitue une dépense infime ; dans les campagnes la consommation est plus forte, on compte 30 à 40 kilograrmmes par chaque groupe de famille, c’est ainsi qu’il a été écrit que le « sel est le véritable sucre du pauvre ». il faut donc reconnaître que l’impôt sur le sel pèse plus lourdement sur les classes indigentes et peu fortunées que sur les gens aisés, sur le père de famille que sur le célibataire, mais il en est ainsi pour tous les impôts indirects et, au surplus, le sel, s’il est fortement imposé par rapport à sa valeur intrinsèque, l’est proportionnellement moins que bien d’autres produits, tels le savon, la bière, la chicorée, le café, etc. etc.

Question salicole, avons-nous écrit ? Nous devrions employer plus justement l’expression « problème salicole », car il n’est pas douteux que l’on se trouve en cette matière en présence d’un véritable problème qui a déjà reçu à ce jour des solutions heureuses mais qui se pose encore sur l’aménagement du marché colonial.

Quoiqu'il en soit, la politique du sel, à l’occasion de laquelle des esprits chagrins ont prononcé, bien à tort, l’expression « monopole », offre en France un bel exemple

de cette économie coordonnée et contrôlée, tant préconisée dans leurs remarquables ouvrages par d’érudits spécialistes, mais qui, malheureusement, existe surtout à l’état de simple théorie, alors que sa pratique s’imposerait en toute matière.

Cette économie n’a pu s’instaurer qu'après une longue période de stérile concurrence, grâce à l’effort aussi intelligent que persévérant, ainsi qu’à la compréhension pratique des affaires de nos grands producteurs.

Ceux-ci se sont rapprochés les uns des autres et, tout en tendant une main secourable aux laborieuses populations salicoles de notre littoral de l'Ouest au lieu de les laisser disparaître par suite du jeu d’une concurrence impitoyable, mais légalement permise, ont créé des associations syndicales puissantes sans préjudicier aux consommateurs et ont admis depuis longtemps déjà une sorte de « Cartel industriel », précurseur de ceux qui se sont multipliés depuis un peu partout, notamment en Allemagne et dont la création sembie avoir une bienfaisante répercussion sur le marché économique mondial.

Châteauroux, 1°” juin 1937.

Bordeaux, le 15 octobre 1937.

Vu : Pour le Doyen, Vu, bon à imprimer, Le Professeur délégué, É Le Président, :

VIZIOZ. André GARRIGOU-LAGRANGE.

Vu et permis d'imprimer

le Recteur de l'Académie, R, TERRACHER.

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