INTRODUCTION
Lorsqu'on parle du sel, la plupart des gens pensent, sans beaucoup approfondir, à cette poudre blanche qui-se trouve sur toutes les tables familiales, à ce condiment qui sert aux maîtresses de maison et aux cuisinières à relever le goût de leurs mets, et pourtant les problèmes que le sel cache sont nombreux et complexes et pour ainsi dire inconnus du public. Nous n’avons pas la prétention d’afirmer qu'il n’existe aucun travail sur la question salicole, mais les ouvrages que nous avons pu trouver présentent un caractère fragmentaire et se préoccupent plus du point de vue technique que du point de vue juridique ; c’est cette méconnaissance de la question salicole jointe à l’absence de toute étude d'ensemble qui fait l'intérêt de notre thèse.
Avant d'aborder les problèmes économiques, administratifs et fiscaux posés par le sel, il est utile de préciser d’une part comment on se procure du chlorure de sodium, d'autre part les principaux usages de ce produit.
1° Comment on se procure du sel
Nous ne donnerons pour l'instant que quelques brèves notions sur les procédés d’extraction du sel, nous réservant de préciser plus loin la technique employée dans chacune des régions productrices métropolitaines, coloniales et mêmes étrangères.
L’eau de mer contient en dissolution un certain nombre de corps, le plus important est le chlorure de sodium qui
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s'y trouve dans les proportions de 25 grammes par litre ; la concentration dans une mer fermée comme la Méditerranée est un peu plus forte.
Certaines étendues d’eau qui se sont évaporées autrefois ont abandonné au sein de la terre du sel à l’état de sel gemme, nous citerons parmi les gisements les plus importants ceux de Wieliczka en Pologne, de Stassfürt en Allemagne, de Cardona en Espagne, et en France les Mines de l'Est (Lorraine, Jura, Doubs) et celles du Sud-Ouest (Basses-Pyrénées).
L’extraction du chlorure de sodium contenu dans les Océans est très simple ; il suffit de soumettre l’eau de mer à l’évaporation spontanée que l’on pratique de préférence dans les régions où le soleil et le vent la favorisent.
Les méthodes employées pour se procurer du sel sont à quelque chose près, ce qu’elles étaient dans les temps les plus reculés, certains croient même que cette industrie remontait avant l’époque Gallo-Romaine ; et notamment dans la région de Guérande on opérait de la façon suivante : des briques chauffées au feu étaient plongées dans l’eau de mer, qui en s’évaporant déposait sur les briques une mince couche de sel. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’au temps de Jules César on exploitait le sel sur nos côtes de l'Atlantique, dans « l’Art du Saunier » nous trouvons le distique ci-après
Cæsar venu vers nous du fond de l'Italie, Apporta l’art premier de notre saulnerie (1).
On trouve à l’époque Gallo-Romaine de curieux établissements salicoles qui doivent être considérés comme les précurseurs des marais salants modernes, on disposait côte à côte au soleil une grande quantité de petits godets de terre cuite remplis d'eau de mer : quand celle- -ci s'était évaporée, le sel se cristallisait au fond de ces récipients commé cela se passe dans nos salines. ë
(1) Fiefmelin imprimé à Poitiers, 1601, folio 45.
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D'ailleurs, M. Quilgars a trouvé au Mesquer des augets, sorte de vases, qui correspondaient tout à fait aux godets dont nous venons de parler, mais cette industrie ancienne était presque nulle et ne donnait lieu à aucun commerce. On pense que le sel gemme provenant des salines de Franche-Comté, Jura, Lorraine et du Sud-Ouest, Dax (Landes) devait servir à approvisionner la Gaule.
Plus tard les Romains employèrent un autre procédé qui n’est que le perfectionnement du précédent en substituant aux vases de terre des aires pavées en briques rouges dans lesquelles on enlevait à la pelle le sel qui restait sur le fond solide après l’évaporation de l’eau de mer.
L’invasion Bretonne (vi° siècle) amena la disparition de ces précédents procédés ; c’est donc aux Bretons qu’il faut attribuer la création des marais salants tels qu’ils existent actuellement dans l’Ouest.
Georges Agricola (1), qui vivait au xvi° siècle, dans son traité « de Re metallicâ » a décrit soigneusement la fabrication du sel.
Ecoutons ce qu’il dit
« Des hommes intelligents s’aperçurent un jour que les « eaux de certains lacs naturellement chargées de sucs < concrets se concentraient par les ardeurs du soleil et « fournissaient des matières solides en se desséchant ; « ils eurent alors l’idée, afin d’arriver au même résultat, « d’en verser dans des bassins plais d’une certaine pro- « fondeur et bien exposés au soleil.
« Ils reconnurent bientôt que cela ne pouvait se faire « ni en tout temps, ni partout, mais seulement en été et « dans les pays chauds où la pluie est rare en cette sai-
(1) Georges Agricola, né à Chemnitz (Saxe), 1494, mort en 1555. Son vrai nom est Landmann (paysan), en latin Agricola, fit plusieurs ouvrages dont « de Re metallicà » publié en allemand et en latin, Bâle 1546-1556, ouvrage qui étonne par la netteté des idées et des descrip-
tions.