‹ La question scolaire [microforme]Chapitre 16 sur 43 · USAGE DES LIVRES NON AUTORISÉS · texte numérisé non relu

USAGE DES LIVRES NON AUTORISÉS

Dans le cas où un instituteur ou une autre personne, volontairement ou négligemment, substitue aucun autre livre non autorisé à la place des livres au. torisés actuellement en usage relativement au même sujet dans son école, il sera passible, pour chaque offense prouvée devant un magistrat de police ou un juge de paix, d’une amende n’excédant pas $10.00 payable à la municipalité pour les fins des écoles publiques, avec frais selon qu'il sera décidé par le magistrat de police ou le juge de paix.

Il sera du devoir de l'inspecteur de retenir l'octroi législatif ou municipal d’aucune section scolaire où l'instituteur fait usage ou permet l'usage de livres qui ne sont pas autorisés par le département. Il est du devoir des inspecteurs de s'assurer qu'aucun livre ne soit placé entre les mains des élèves à part ceux dont l'usage est autorisé. Sous le prétexte que certains livres servent pour faire l'étude à la maison, plusieurs livres non autorisés sont introduits dans l'école. Ceci doit être empêché par l'inspecteur, qui doit user pour cela de son autorité d'officier du dépar:ement de l'Education.

Il n'est aucunement question de l'inspectorat dans ces règlements parce que dans ce temps l'inspection par un inspecteur protestant n'offusquait personne. Que les temps sont changés!

Et ceci est signé à Toronto, le 18 octobre 1885, savez-vous par qui? Par M. Geo. W. Ross, ministre de l'Education, celui que M. le Sénateur Belcourt, qui n’a jamais manqué une occasion, quelque peu convenable qu'elle soit, de baître politique, proclamait êvre le champion des écoles française dans Ontario, à l'Aréna, ici à Ottawa, lors de la célébration de la St- Jean-Baptiste, il y a trois ans. Ce discours de M. Belcourt, vu les circonstances, était tellement cdicux que M. l'abbé Corbeil, invité comme lui à adresser la parole ce soir-là, se vit contraint de répondre à M. Belcourt (tout

en laissant de côté un discours préparé pour cette circonstance) pour remettre à point les élans politiques de mauvais goût de ce personnage, pour qui rien n'est sacré pourvu qu'il y trouve le profit de sa propagande. Je pourrais ajouter que le Révérend Père Charles Charlebois répétait presque mot pour mot la harangue de M. Belcourt au dernier congrès biennal de l'Association, tenu à Ottawa en février 1914. Leur but à tous deux était d'établir l'extrême sympathie que les écoles françaises avaient reçue sous le parti libéral dans Ontario et l’exécrable tyrannie que nous avions subie depuis l'avènement de M. Whitney.

Cependant, les règlements que je viens de vous citer ne diffèrent guère du règlement 17. Remarquez que je ne veux attacher aucun blâme à ces règlements prescrits par M. Ross, parce que je crois qu'ils étaient propres à poutvoir aux besoins des C'anadiens-français dans Ontario. Il est bien permis, n'est-ce pas, d'attirer l'attention du lecteur sur ce fait étrange que M. Belcourt, l'organisateur du parti libéral dans Ontario, se montre si outré dans un cas et si enthousiaste dans l'autre

A partir de la publication de ces règlements, l'honorable M. Ross se montre infatigable à l'endroit de la mise en force des instructions qu'il a promulguées. Il se tient en communication constante avee MM. Summerby ct Dufort, inspecteurs des écoles dans les comtés de Prescott et Russell, afin de s'assurer que les écoles rentrent graduellement dans les limites qu'il a déterminées. À plusieurs reprises, il fait faire des enquêtes dont les résultats indiquent que les Canadiens-français comprennent qu’il est de leur avantage d'employer tous les moyens possibles pour apprendre l'anglais convenablement, et secondent de leur mieux les efforts du ministre de l Éducation dans ce sens.

Le ministre s'inquiète des livres dont on se sert dans les écoles et cherche, avec l’aide de MM. les Inspecteurs Summerby, Dufort et Girardot, une série de livres acceptables tant au clergé qu'aux commissaires d'écoles, et propres à établir l’uniformité de l’enseignement du français dans les écoles d’Ontario.

Les nouveaux règlements semblent d’abord difficiles d'application dans les endroits où l’on avait négligé complètement l’enseignement de l'anglais. Vient une pétition signée par des contribuables des écoles françaises de Hawkesbury, où l’on demande que l'application des règlements soit retardée pour quelque temps à cause des difficultés où ces gens étaient de trouver des instituteurs convenables, ete... Cette pétition est transruise par M. A. Évanturel à M. Ross.

Le 9 septembre 1887, dans sa réponse à M. É.anturel, M. Ross dit:

Cher monsieur, —J'ai considéré avec soin la pétition de certains contribuables résidant dans le village de Hawkesbury et je me suis fait remettre la correspondance officielle de l'inspecteur adressée aux syndics relativement à l'étude de la langue francaise dans l’école de Hawkesbury. Si vous voulez consulter les règlements 24 du dépurtement de l’ Éducation, règlements qui furent approuvés par la Chambre, vous verrez que l'étude de l'anglais est obligatoire. D’après la lettre de l'inspecteur vous constaterez qu'il est disposé à interpréter les règlements avec libéralité. La somme d'anglais dont ils exigent l’enseignement n’interviendra pas avec la classification de l'école et n'exigera pas l'engagement d’instituteur additionnel. Les règlements que l'on à soumis à votre attention sont d'application uniforrac et sont généralement respertés dans toutes les écoles où la langue française ou allemande est enseignée. Il n'est pas de mon ressort d'en remettre l'application indéfiniment.

Le 20 septembre 1857, M. Ross adresse la lettre suivante à MM. Summeret Dufort, les inspecteurs des comtés de Prescott et Russel:

Messieurs :—Je suis anxieux d’être +: mesure de mentionner dans mon rapport annuel à l'assemblée législative que l'étude de l’anglais dans les écoles francaises dans la partie Est de la province a fait des progrès. M. Donavan, inspecteur des écoles séparées, a dit que l'anglais est enseigné dans chacune des écoles de son district. Un rapport

semblable de votre part serait très satisfaisant. Le cours d'étude anglais approuvé par mon département, il ÿ a deux ans, est si élémentaire qu'il ne doit pas y avoir de délai pour l'introduire même quand la connaissance de ln langue anglaise chez l'instituteur n'est pas très étendue. Dans l'intervalle, voulez-vous être assez bon de me laisser savoir combien d'écoles ne se sont pas encore conformées aux règlements, et quand vous ferez votre rapport pour l'année ISN7, désignez le nombre d'écoles et leurs localités où l'anglais n'est pas enseigné.

En février 1889, M. Ross, dans sa réponse à une lettre adressée au curé Fitzpatriek de la paroisse de St. Raphael, qui se plaignait de l’enseignement du français dans une école où il y avait un certain nombre d'enfants Irlandais, disait ceci:

Il est indispensable que l'anglais soit parfaitement enseigné dans chaque école séparée où publique; il n'y a pas d'objection cependant à l'étude de la langue française pourvu que l'inspecteur soit satisfait de l'efficacité de l'école quant à l'anglais. Il est aussi indispensable que chaque instituteur engagé dans une école publique ou séparée soit capable d'enseigner l'anglais...

Durant le cours du même mois, il adressa la lettre suivante À M. Summerby:

Voulez-vous, s'il vous plaît, m'écrire incessamment, sur réception de cette lettre, et me dire si l'anglais est enseigné dans chaque école de votre district. Votre rapport de janvier 1888 établit le fait que l'anglais est enseigné dans chaque école à l'exception de six. J'espère que vous serez maintenant en mesure de me dire que même dans ces dernières il fut introduit. Naturellement, je ne m'attends pas à ce que, immédiatement, chaque élève étudie la langue anglaise, mais cela serait très satisfaisant si je pouvais être sûr que l'anglais est enseigné dans chaque école.

La réponse à cette lettre fut que l'anglais était enseigné partout, même dans les six écoles dont il est fait mention, Mais M. Ross manifeste surtout son anxiété relativement à l'enseignement de l'anglais selon les instructions qu’il a données en 1885, quand, au mois de mai 1889, il crée une commission composée de M. John J. Tilley, inspecteur d'écoles, du Rév. Alfred H. Reynar, professeur de langues modernes à l’Université’ de Victoria, et du Rév. D. D. MeLeod, pour faire une enquête sur les écoles françaises.

Je traduis une partie du document créant cette commission :

Attendu qu'il est requis par les règlements du Ministère de l'Éducation que l'instruction doit être donnée en anglais dans toutes les écoles publiques de la province.

Et attendu que le dit Ministère est désireux de savoir, avec certitude, si ces règlements sont respectés et jusqu'à quel point l'on s'y est conformé dans les comtés de Prescott, Russell, Kent, Essex et Simcoe ou quel moyen devrait être employé pour la mise en force plus complète des dits règlements dans les dits comtés respectivement...

Pourquoi... je, George William Ross... par la présente nomme John J. Tilley, Ce pour visiter les écoles publiques des dits comtés. dans le but de faire une enquête complète, par le moyen d'inspection personnelle où par tout autre moyen qu'ils jugeront convenable, sur l'enseignement de l'anglais dans les écoles publiques vhs les dits cointés dans lesquels la langue française est enseignée et sur l'obser-

ration des règlements du Ministère de l Éducation en général par les instituteurs, les syndies et les autres officiers et de faire un rapport complet à cet égard au ministère de l Éducation aussitôt que possible.

Les commissaires devront aussi étudier les meilleurs moyens à employer pour encourager l'étude de l'anglais parmi ceux qui ont l'habitude de faire usage de la langue française leur langue maternelle, et de faire rapport à ce propos...

Ces messieurs firent leur rapport au mois d'août 1889. Ce rapport est très complet. Il est fait avec une grande impartialité L'on sent en le lisant que ces commissaires enquêteurs sont animés des meilleures intentions possibles à notre endroit et qu’ils ont sincèrement à cœur l'éducation des en-

LA QUASTION SCOLAIRE

fants, telle qu'ils la conçoivent. Malgré out l'intérêt que comporte ce document, il est trop long pour le reproduire ici et Je me verrai forcé de me contenter d'en traduire les passages suivants:

Page 1