LES MOYENS D'ACTION
Avant tout, gardons-nous de nous illusionner sur nos vrais moyens d'action au point de vue juridique. Il serait tout à fait puéril, dangereux même pour nous de nous payer de mots. Et vous ne me pardonneriez pas, pas plus que mes compatriotes d'Ontario, si je me permettais ou d'ignorer ou de méconnaître l'étendue véritable des droits de la langue française au Canada.
En effet, il ne me paraît pas douteux que si nous voulons perpétuer notre langue sur la terre canadienne, nous devrons forcément employer des moyens en dehors de ceux que l'État est obligé de nous fournir, c'est-à-dire les moyens ou plutôt les sacrifices personnels que nous inspircront notre amour pour notre langue maternelie et notre détermination d'en perpétuer l'existence.
Du reste, il ne fau pas oublier, pour les groupes en dehors de Québec, que ce qui pourra assurer la survivance ce n'est pas tant le perfectionnement de notre langue française comme sa conservation qui constitue leur préoccupation majeure. J'oserais dire que pour le moment, ils n'ont guère d'autre espoir, d'autre ambition: la conservation de ln langue maternelle semble pour longtemps encore devoir amplement suffire à leurs moyens d'action, à Jeur énergie et à les requérir tout entiers.
Nous d’Ontario, des provinces de l'Est et de l'Ouest, nous aurons réalisé nos espérances de l'heure présente, si nous donnons à la langue française le moyen de vivre modestement chez nous. Votre rôle à vous, dans Québec, où la langue est et sera toujours bien vivante, est de lui procurer une existence plus large, plus belle, plus exubérante; de lui ménager le rôle et les fonctions de même que les succès, que notre origine, notre nombre et nos traditions, notre honneur et notre devoir, comme notre amour commandent.