N. A. BELCOURT
Ottawa, 19 mars 1915.
Que vont dire les théologiens anonvines de notre “acrobatique” Sénaieur ? “Le Droit” du 29 cciobre 1913 (voir page 92) affirme que le 2ime règlement 17 nous donne notre français.
M. Belcourt déclare aujourd'hui que le règlement 17 nous laisse notre religion.
Mais de quoi est-il done question ? Y aurait-il querelle dans le camp ?
Est-ce la vicille histoire du partage des dépouilles ?
Nos écoles mixtes
J'ai parlé des deux tiers de nos écoles qui sont exclusivement françaises par les enfants, par les instituteurs, les parents, le curé de la paroisse et en un mot toute l'atmosphère dans laquelle ces écoles se développent. Mais dans l’autre tiers, la loi des écoles bilingues est plus difficile d'application parce qu'elles sont des écoles mixtes, à cause de la preportion plus où moins grande des élèves irlandais ou canadiens-français qui les fréquentent. Nous voulons que le français soit enseigné à nos enfants dans ces écoles.
Les Irlandais, eux, s'opposent à ceci. Ils ne veulent pas que leurs enfants apprennent notre langue. C'est leur affaire. Ils prétendent que le temps consacré au français est perdu pour eux, et que ce temps perdu à l’école retarde leurs enfants dans les autres matières. Si c'est notre droit naturel à nous d'apprendre le français, n'est-ce pas leur droit naturel à eux de refuser de l’apprendre? Voilà toute la difficuité.
S'il n'y avait pas d'écoles mixtes dans Ontario, nous n’aufions pas de
question scolaire. De fait, notre querelle n’est pas avec le Gouvernement, mais avec les Irlandais; que ceux-ci se taisent et toute l'agitation se calme.
Là où nous avons la m£jarité des commissaires, nous pouvons employer un instituteur qui connaît les deux langues et nous pouvons imposer l’enscignement de la langue française en vertu du règlement 15. Mais en ce faisant, nous imposons aux Irlandais catholiques un état de choses qu'ils ne veulent pas accepter. Dans son rapport adressé au premier congrès canadien-français tenu à Ottawa en 1910, le Révérend Père Charles Charlebois fait allusion à cet état de choses: Ne vaudrait-il pas, dit-il
ss
Ne vaudrait-il pas mieux pour tous séparer les enfants de langue française de ceux de languc anglaise et grouper les premiers dans des classes à mentalité française avec des maitres français? Dans ces classes, les enfants apprendraient d'abord le français, et l'anglais ensuite. Ce serait plus conforme à la nature de l'enfant
De cette manière, les enfants canadiens-français ne seraient pas un obstacle à l'avancement des enfants de languc anglaise dans l'étude de l'anglais, et vice-versa, les enfants de langue ahglaise n'empêcheraient pas le progrès des enfants canadiensfrançais dans l'étude de leur langue maternelle. Les dépenses de l’école ne seraient pas plus élevées parce qu'il Y aurait le même nombre d'instituteurs. Et supposez, pour un instant, qu’elles le seraient un peu, Y aurait-il un Canadien-français où un catholique de langue anglaise qui trouverait à redire à cette division qui favorise tant les progrès des élèves ct la connaissance du français par les Canadiens-français? Ces classes françaises pourraient tomber sous l'inspection bilingue.
Ce système serait facilement introduit dans les écoles où il y a deux ou plusieurs classes comme à Pembroke, Renfrew et Arnprior. D'ailleurs, 1l n’y a rien ici de bien nouveau. À Ottawa, ce système existe depuis des années et tous en sont contents.
Dans les endroits où il n'y à qu'une classe dans chaque école, la difficulté est plus grande, mais encore ne semble-t-elle pas absolument insoluble. Si deux de ces écoles sont assez rapprochées, l’une, pourrait être affectée aux enfants de langue française et l'autre aux enfants de langue anglaise,
Dans le cas où une école ayant une seule classe et un seul instituteur est isolée, on pourrait établir dans cette classe unique deux divisions: l’une anglaise et l'autre française A ma connuissance, ce système a fonctionné ailleurs à la satisfaction de tous. Cela suppose évidemment que l'instituteur possède bien les deux langues, et que la divi iv française est soumise à l'inspection bilingue.
Le Père Charlebois suggère ici, un remède qui est praticable dans les endroits seulement assez populeux pour qu'il puisse y avoir deux classes, de fait, deux écoles, une française et l'autre anglaise, Cela existe À Ottawa et à East View, près d'Ottawa, et dans quelques autres endroits de la province, Le remède peut être efficace pourvu que les Canadiens-français et les Irlandais s'entendent. Dans la ville d'Ottawa, par exemple, depuis de nombreuses années, en vertu d'une entente (qui n'a aucun effet légal cependant) existant entre les Irlandais et les Canadiens-français de la commission <colaire des écoles séparées. La commission scolaire est divisée en deux sections, une section française et une section anglaise. Chaque section administre ses écoles. La section française a juridiction sur les écoles fréquentées par des petits Canadiens-français et la section irlandaise, de même, a la direction des écoles fréquentées exclusivement par les petits Irlandais. C'es écoles sont ordinairement réparties dans les paroisses françaises et irlandaises respectivement. L'arrangement a marché toujours clopin-clopant, grâce à notre esprit chevaleresque et.…..à notre bonasserie, pour ne pas dire à notre veulerie, qui nous à toujours fait céder à l'empiètement des Irlandais. Entre catholiques il faut s'entendre, quoi! Mais depuis trois ou quatre ans, l'entente a fort mal fonctionné, vu que les Canadiens-français ont fini Par comprendre qu’à ce jeu ils se faissient tondre. Ils ont voulu réagir. Les Irlandais, prenant avantage d’une situation irrégulière dont ils ont longtemps profité, ripostèrent et nous jetèrent par la tête le procès McKell où l’on invoqua l’illégalité du règlement 17. Comme on le sait, ce règlement fut maintenu par le juge Lennox.
Dans les campagnes où les élèves ne sont pas assez nombreux pour justifier les dépenses de deux classes et de deux professeurs, l'un Irlandais et l’autre Canadien-français, les difficultés sont beaucoup plus grandes. Ni nos contribuables français ni les contribuables irlandais ne semblent vouloir faire le sacrifice de se taxer en d.uble. Et ici, que faire, à moins qu'il n'v ait un compromis ?
Maintenant, la difficulté, sans compromis, est insoluble Ià où il Y à une école séparée mixte et aussi une école publique. Mais Jà où il n'y à qu'une école séparée ou qu'une école publique, la faction française, si elle veut s'inposer des sacrifices extraordinaires, peut se former en école publique, avoir sa commission française, son instituteur français, ou bien si l'école établie est publique, elle peut se former une école séparée avec les mêmes résultats. La loi d'Ontario ne permet qu'une école séparée dans une circonscription où il y a déjà une école publique, et vice versa.
C’est au sujet de nos écoles mixtes que l'Association d'Éducation aurait pu faire un bien immense au lieu de dépenser son temps à susciter des révoltes et soulever des antipathies nationales, en cultivant, tant chez nous que eh les autres, un fanatisme qui ne peut que nous nuire à nous seuls. L'Associntion aurait pu faciliter la tâche de créer dans les centres mixtes des écoles françaises, aider aux sections trop pauvres à défrayer les dépenses des salaires et l'entretien de ces écoles. Mais au lieu de cela, elle s’est employée à gaspiller son argent à faire une campagne stérile et nuisible, à verser des lerimes sur l'ingratitude des Irlandais qui, d'ailleurs, se souzient de nous comme de leur dernière chemise, et à vouloir les convaincre, ces fils égarés, de s'unir à nous pour le plus grand bien de la religion!
Voilà toute notre question scolaire: les écoles mixtes. A ce propos, le clergé et le peuple irlandais sont des plus intraitables. Et, ma foi. placonsnous sur leur terrain, tenant compte du fait qu'ils n’ont pas besoin d'apprendre le français et que les heures de français dans les écoles mivtos S6Bt pour cux du temps perdu; peut-cn, en toute justice, les blâmer? Cest leur affaire. Si nous souffrons de leur contact. c'est grâce aux circonstances qui nous ont amenés à vivre avec eux.
À qui la faute ?
Au Gouvernement ?
La question aurait dû être placée dès le commencement sur ce terrain. Nous aurions ainsi évité le spectacle ridicule d’une petite minorité qui s’étourdit en lâchant de hauts cris et en battant l'air de ses bras, croyant ainsi faire violence à une majorité capable de l'écrascr le jour où elle perdra patience.
Je crois bien que l’on est maintenant convaincu que nous n'avons aucun droit légal au français. Tout ce que nous demandons tient du privilège.
Or, je vous le demande, a-t-on jamois obtenu des faveurs en proféront des insultes et des provocations à l'adresse du plus fort ? Le gueux qui demande du pain joue-t-il des pieds et des poings sur l’homme qui peut le paralyser en un tour de main!
Je ne crois pouvoir mieux terminer ce chapitre qu’en citant encore les paroles prononcées par l’hon. M. Belcourt au Congrès de la langue française, à Québec, en juin 1912.