NOBLESSE ET POSITION SOCIALE
têtes couronnées ne s'amusaient guère à courtiser des filles travailleuses, honnêtes et capables, qui auraient été peu disposées à se laisser faire, mais ils jetaient ordinairement leur dévolu sur des actrices de mœurs dissolues, sur des danseuses, sur des sirènes hystériques et des aventurières de toute sorte, pourvu qu'elles fussent jolies! Depuis l'effondrement de la domination féodale, la noblesse, ayant perdu sa véritable raison d'être, ne vit plus que de ses traditions. Elle demeure en général dans une oisiveté dépravante, chaque fois du moins que, restant fidèle à ses anciennes traditions, elle n'a pas su s'adapter au genre de travail de la vie moderne. C'est ainsi qu'elle a gardé de ses ancêtres les vices plutôt que les vertus.
Les fruits de qualité plus que douteuse qui sont résultés des rapports sexuels hors mariage de la noblesse, ont été fort souvent adoptés et titrés plus tard. En outre, les rois et les princes ont souvent ennobli d'indignes créatures qui avaient su flatter leurs faiblesses ou exciter leurs passions sensuelles et les exploiter. Il ne faut donc pas s'étonner si, dans les produits sortis d'une pareille sélection, le <( sang », c'est-à-dire les énergies héréditaires d'hommes de la pire espèce, parfois même de prolétaires du crime, circule mélangé avec celui de la plus haute noblesse.
Nous rencontrons aussi un signe en même temps qu'un effet de la dégénérescence de la noblesse dans les unions que contractent si souvent les nobles avec de riches héritières, filles de banquiers, etc., de qualité souvent fort bourgeoise et plus que médiocre, pour redorer leur blason. Au moyen âge, la noblesse regardait comme honteux de gagner sa vie par le travail, et ce préjugé a contribué fortement à accélérer sa dégénérescence, car aujourd'hui les hauts faits héroïques et chevaleresques du moyen âge n'ont plus guère l'occasion de se produire.
D'autres classes sociales présentent également certaines particularités sexuelles. Nous signalerons, par exemple, les conséquences désastreuses du célibat des prêtres catholiques. Il enlève à la reproduction une partie importante et intelligente de l'espèce, et d'autre part il favorise la débauche clandestine.
L'armée et la marine exercent une action tout aussi détestable sur les relations sexuelles. Tout d'abord elles entretiennent une des formes les plus basses, les plus ordurières et les plus dangereuses de la prostitution. Les filles à soldats sont proverbiales. Une seule d'entre elles peut infecter tout un bataillon. En second lieu.
le manque de rapports sexuels normaux favorise toute sorte de perversités, telles que la pédérastie, la masturbation, etc. Les abominables rapports sexuels des troupes de terre et de mer ont en outre pour effet de corrompre en grande partie les soldats, à un tel point que, lorsque plus tard ils se marient, ils apportent à leur femme et à leur entourage d'ignobles habitudes, la syphilis, la gonorrhée, etc., et le résultat de ces infections est la procréation d'une descendance en partie déformée de corps et d'âme, dans la conception de laquelle l'alcool a naturellement joué son rôle.
Nous rappelons les règlements qui interdisaient aux officiers et fonctionnaires allemands et autres d'épouser une femme qui ne possédait pas une certaine fortune et un certain rang, et interdisaient le travail à leurs épouses.
Dans la marine marchande norvégienne, j'ai appris à connaître les mœurs qui contrastent heureusement avec celles que nous venons de signaler, et qui permettent aux officiers de vivre à bord avec leurs femmes. A tous égards, la Norvège pourrait nous servir de modèle dans la question sexuelle. N'est-il pas aussi touchant qu'équitable d'y voir favoriser la vie conjugale en ne faisant payer que demi-place aux femmes qui voyagent sur les bateaux avec leur mari!
Partout où les préjugés d'une caste obligent ses membres à ne se marier qu'entre eux. nous voyons se produire certaines dégénérescences de nature spéciale. Ce qui donne à l'homme une bonne qualité morale, ce n'est pas sa haute classe, ni sa haute position, mais la vraie noblesse intérieure, c'est-à-dire héréditaire de son caractère, et c'est celle-là seule qui devrait sans distinction de classes faire l'objet d'une sélection positive.
Genre de vie individuel. — On ne peut douter que le genre de vie de l'individu n'exerce une influence sur sa vie sexuelle. Une nourriture forte et abondante, jointe à un faible travail corporel, exalte en moyenne l'appétit sexuel, tandis qu'au contraire une nutrition insuffisante, jointe à des efforts musculaires intenses, émousse cet appétit.
Le travail intellectuel agit de façon variable. Un savant de premier ordre, psychologue distingué, m'assurait que le travail intellectuel intense excitait chez lui l'appétit sexuel; d'autres font des