‹ La question sexuelleChapitre 111 sur 190 · RICHESSE ET MISÈRE · texte numérisé non relu

RICHESSE ET MISÈRE

Le cabaret éloigne l'homme de son foyer. La boisson fait directement baisser l'accroissement de la population. On a pu le voir en Russie, en comparant les dissidents abstinents d'alcool, et bien plus féconds, avec les autres Russes qui buvaient.

Rappelons ici la statistique citée plus haut du docteur Bezzola, statistique qui prouve qu'une seule ivresse peut avoir déjà une action blastophtliorique. De ce fait et d'autres résultent les conséquences déplorables des coïts qui ont lieu pendant l'ivresse. Je renvoie ici aux écrits du dépôt central de la Ligue anti-alcoolique à Lausanne (Suisse), avenue Dapples, 5. Je signale spécialement le travail de v.Bunge, Alkoholvergiftung imd Degeneration,heipzig, 1904, chez Joliann Ambrosius Barth: le même, les Smircps de dégénérescence, Lausanne, secrétariat anti-alcoolique. 5. avenue Dapples, ainsi que mon propre livre sur L'activité psychique, Genève, Kûndig.

Richesse et misèTe. — Tandis que dans les civilisations moyennes le riche considère beaucoup de femmes et d'enfants à la fois comme une condition ou cause de sa richesse et comme son produit, nous voyons dans notre civilisation moderne le nombre des enfants diminuer avec l'augmentation du bien-être. Les enfants ont cessé d'être comme jadis une cause de richesse, et ils occasionnent au contraire beaucoup de frais partout où l'on exige pour eux une éducation complète. D'un autre côté, la position sociale plus élevée de la femme lui fait craindre de plus en plus les grossesses. Sa vie plus raffinée la rend aussi plus faible et plus sensible, de sorte qu'elle supporte moins bien la procréation des enfants.

Nous avons mentionné le mariage d'argent, qui est la prostitution du riche, ainsi que la misère, qui est nne des causes de la prostitution proprement dite, et nous avons vu combien l'argent influence les rapports sexuels. Constatons ici le fait général qu'une médiocrité plutôt aisée, permettant une vie sans misère et sans besoins immédiats pour l'existence quotidienne, dans de bonnes conditions hygiéniques, mais qui cependant oblige l'homme à travailler ferme pour vivre, constitue la meilleure des conditions, tant pour une vie sexuelle saine que pour le bonheur et la santé en général. C'est là Vaurea mediocritas, l'heureuse aisance modeste, dont rexcellence fut déjà reconnue des Anciens.

La sexualité du riche dégénère par le luxe, le confort, les excès, la paresse, et par le fait qu'il est déjà gâté dans son enfance. Celle

du pauvre ne se déprave pas moins par la mauvaise alimentation, les logements malsains, l'éducation négligée et les exemples vicieux qui chez lui, à l'autre pôle, ressemblent en bien des points à ceux du riche; l'exploiteur et l'exploité se retrouvant ensemble dans l'égout du vice. Tel est le cas des cavernes du jeu, de la prostitution et des anomalies sexuelles où l'on trouve les miséreux pratiquant le chantage avec le riche, tandis que ce dernier, en sa qualité d'exploiteur social, contribue à entretenir la misère, la prostitution, etc.

Malheureusement, la facilité avec laquelle la civilisation permet de gagner chaque jour plus facilement de l'argent par des moyens tout autres que le travail ne corrompt pas seuleïnent la vie sexuelle de celui qui nage dans l'opulence et de celui qui végète dans la misère, mais elle a encore les mêmes effets sur les gens de position moyenne. Une vie sexuelle saine et normale veut être conquise par un travail honnête et persévérant. Nous disions plus haut que la solution de la question sexuelle dépend en partie de la suppression de l'usage des boissons alcooliques. Ajoutons ici qu'une autre face de cette question dépend de l'extirpation des racines de la passion de l'argent. Si l'humanité pouvait vouloir travailler pour le bien social sans l'appât de l'intérêt privé, les rapports sexuels rentreraient bientôt dans leurs voies naturelles. Il est sans doute difficile de trouver la formule pratique pour résoudre la question économique sociale, mais il faut y arriver.

Noblesse et position sociale. — Les différences de classes et

de position sociale ont joué et jouent encore un rôle dans la vie sexuelle. C'est surtout le cas là où certaines mœurs et certains préjugés de classes prescrivent un code spécial pour le mariage. La consanguinité de la haute noblesse et des familles régnantes, qui ne peuvent se marier qu'entre elles, a eu pour conséquence, on le sait, une dégénérescence évidente. A l'origine on avait été guidé par le désir de conserver soigneusement la pureté d'un sang noble; les prescriptions édictées dans ce but ont eu d'abord un certain succès; mais à la longue l'exclusivisme d'une pareille sélection produit la dégénérescence du groupe qui la met en pratiique.

D'autre part, les règles sévères qui présidaient aux unions de la haute noblesse ont eu pour effet de pousser celle-ci à se dédommager de ses mariages de convenance par des débauches extranuptiales. Dans leurs excès sexuels, les nobles oisifs et même les

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