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CHAPITRE XII

Transformation de coutumes profanes en dogmes religieux. —

L'ethnograplnc nous a appris que, dans la suite des temps, les tribus humaines transforment souvent inconsciemment des coutumes profanes en parties intégrantes de leur religion, soit qu'elles leur attribuent une origine divine, soit qu'elles les élèvent au rang de commandements de dieux, soit qu'elles y rattachent d'autres dogmes et les combinent avec le culte, etc.

Les rapports sexuels jouent un rôle important à cet égard. Un grand nombre de coutumes et de rites religieux ne sont autre chose que des habitudes de la vie sexuelle (prise dans son sens le plus étendu) qui ont été symbolisées, tandis qu'en sens inverse nombre de dogmes n'ont pour motif que de fournir aux dites coutumes sexuelles une base religieuse qui leur donne plus d'autorité.

De leur côté les rites religieux réagissent puissamment sur la vie sexuelle et sur toute la façon dont les membres de la tribu ou du peuple comprennent celle-ci. Nous en donnerons quelques exemples frappants.

Nous avons vu au chapitre VI que la polygamie dépend surtout : 1° de la notion de propriété et 2'^ du mariage par achat, auxquels elle doit la plupart du temps son origine historique. Mais le fait que l'islamisme et le mormonisme par exemple ont fait de la polygamie une partie intégrante de leurs dogmes religieux a donné à toute l'organisation des peuples mahométans et mormons, ainsi qu'à leur façon d'envisager l'existence, une direction particulière qu'on ne peut méconnaître. En réalité nous sommes tout aussi polygames qu'eux, mais notre morale sexuelle théorique et religieuse est monogame tandis que la leur est polygame, chacun se basant sur de prétendus commandements divins contradictoires.

De singulières conceptions religieuses chez certains boudhistes amenèrent ceux-ci à prescrire à l'épouse de suivre son mari dans la tombe, ce qui naturellement influence profondément la vie sexuelle. Il en est de même du culte du Phallus en Inde.

Chez beaucoup de peuples sauvages existe le matriarcat, qui donne à la femme une position sociale fort élevée. On en a aussi fait un dogme religieux, tandis qu'à l'origine il provenait simplement de l'idée toute naturelle et juste que la mère est bien plus, intimement liée à ses enfants que le père.

Le devoir pour les hommes d'épouser la veuve de leur frère était à l'origine une prescription profane, servant à régler les unions; ce ne fut que dans la suite qu'on en fit un dogme religieux. De même la circoncision des Juifs fut à l'origine une mesure d'hygiène, n'ayant aucun rapport avec la foi religieuse. Gela n'empêche pas qu'elle joua plus tard dans le culte des Juifs un rôle aussi important que le baptême dans le christianisme, rôle qu'elle a depuis conservé. Elle eut pour le peuple juif l'avantage de le protéger très utilement contre les infections vénériennes et contre une cause importante de la masturbation.

Catholicisme. — Nous avons déjà parlé du célibat des prêtres catholiques et de son origine laïque. La religion catholique contient en outre toute une série de prescriptions de détail sur les rapports sexuels en général et sur le mariage en particulier, prescriptions qui ne furent que peu à peu transformées en dogmes religieux. Comme elles déterminent en grande partie les opinions et les mœurs dans le domaine sexuel, elles exercent une influence sociale considérable.

L'interdiction absolue du divorce chez les catholiques (l'homme n'a pas le droit de séparer ce que Dieu a uni) scelle pour toujours les unions les plus déplorables et entraîne àsa suite des inconvénients de toute sorte : séparations de corps des conjoints, liaisons hors mariage, etc. D'après Liguori, l'Eglise catholique prescrit en outre une foule de détails sur les rapports sexuels dans le mariage. La femme qui dans le coït se place sur l'homme, au lieu de se mettre sous lui commet un péché. La position et la manière de faire dans le coït sont prescrites dans leurs détails les plus minutieux, et les saints Pères y font en somme jouer à la femme un rôle indigne de son rang d'épouse, tout en accordant à l'homme des libertés fort étendues.

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