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TACHES NÉGATIVES : LUTTE CONTRE L'USAGE DES NARCOTIQUES

à elle, l'influence individuelle destructrice des poisons qui procurent la jouissance peut s'étendre à de nombreuses générations.

Un seul remède radical serait facile à appliquer, si les hommes n'étaient pas aussi stupidement esclaves, d'un côté de leurs habitudes et de leurs préjugés, et de l'autre du capital et de la passion de jouir. Tous les agents narcotiques, et en première ligne les boissons distillées et fermentées, devraient être exclus de nos moyens de jouissance et relégués dans la pharmacie, où ils pourraient encore être employés comme remèdes, avec des précautions spéciales. L'alcool peut, en outre, être maintenu dans ses emplois industriels.

La science a prouvé que, même sous ses formes les plus convenables et à ses degrés les plus modérés, là où elle délie à peine la langue, la paralysie cérébrale due à la narcose alcoolique trouble déjà les associations d'idées, sans que le sujet s'en aperçoive, en les dissociant et en les rendant plus superficielles. Cette légère paralysie cérébrale donne à l'homme un sentiment momentané agréable et gai, auquel il s'habitue rapidement. Ainsi se crée en lui un besoin tantôt plus léger, tantôt plus fort d'en revenir à l'emploi du narcotique, ce qui le pousse, dans sa faiblesse et dans son inconscience, à toujours recommencer, trop souvent même en augmentant la dose.

La plupart des narcotiques et surtout l'alcool (fermenté ou distillé, peu importe) ont, en outre, la particularité d'exciter d'abord l'appétit génésique d'une façon bestiale et de pousser par là aux excès les plus absurdes et les plus dégoûtants, alors même qu'ils affaiblissent la puissance sexuelle effective. La jouissance passagère que procurent ces substances n'est donc d'aucun avantage réel et durable, tandis qu'elle a pour conséquences les misères individuelles et sociales les plus terribles.

Les organisations dites d'abstinence totale de toute boisson alcoolique ont entrepris une guerre d'extermination contre l'usage de tous les poisons servant de moyens de jouissance, en tant que l'expérience a prouvé leur danger social. Espérons qu'elles réussiront, dans le cours des années, à obtenir victoire sur victoire, comme elles l'ont déjà fait dans certains pays septentrionaux. L'Islande a déjà interdit la vente et l'importation de toute boisson alcoolique distillée ou fermentée sur tout son territoire, l'Amérique du Nord va le faire. Alors une seconde racine fondamentale de la dégénérescence de l'appétit sexuel et de la vie sexuelle, en général, sera détruite.

3" Émancipation de la femme. — Une troisième source d'anomalies sexuelles est due à l'inégalité des droits des deux sexes. Seule l'émancipation complète de la femme pourra la tarir. Chez aucun animal la femelle n'est un objet possédé par le mâle. Nulle part dans la nature, nous ne trouvons de loi esclavagiste qui subordonne de force l'un des sexes à l'autre. Même chez les fourmis, où Je mâle, par suite de son immense infériorité psychique, est extrêmement dépendant des ouvrières, celles-ci ne lui imposent aucune contrainte, et il peut s'émanciper sitôt qu'il le veut. Nous avons, du reste, réfuté plus haut l'argument qui se base sur l'infériorité mentale de la femme relativement à l'homme (V. cliap. TU, fin).

L'émancipation des femmes ne veut pas les transformer en hommes, mais veut simplement leur rendre leurs droits humains, je dirais presque leurs droits animaux naturels. Elle ne veut nullement enlever le travail aux femmes ou les en déshabituer. 11 serait aussi absurde d'élever ces dernières en bébés gâtés qu'il a été cruel et injuste de les avoir brutalisées comme des bêtes de somme. Nous avons le devoir de leur rendre la position indépendante, avec des droits, devoirs et responsabilités, qui correspondent à leurs attributions normales dans la société.

Leur rôle sexuel est tout particulièrement important et même si prépondérant qu'il leur donne droit aux plus hautes prétentions sociales dans ce domaine. Nous ne voulons pas répéter ici ce que nous avons dit au chapitre XIII, mais simplement déclarer catégoriquement, en nous fondant sur les faits les plus évidents, que, dès que les femmes auront acquis dans la société des droits et des devoirs égaux à ceux des hommes (naturellement en rapport avec les différences sexuelles), c'est-à-dire dès qu'elles pourront réagir librement à leur façon, d'après leur génie féminin, d'une manière aussi décisive que les hommes sur les destinées de la communauté, une troisième racine fondamentale des abus sexuels actuels aura été supprimée L'émancipation complète de la femme constitue donc notre troisième postulat principal, et en cela nous sommes en accord complet avec Westermarck, avec le philosophe Charles Secretan et avec bien d'autres personnalités éminentes. Heureusement que l'exigence (postulat) ci-dessus formulée déjà longtemps (1905) avant la guerre mondiale est aujourd'hui (1919) en train d'être rapidement exécutée dans le monde entier.

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La différence qui existe entre les deux se*es ne fournit aucun motif raisonnable à l'homme pour accaparer à lui seul tous les droits sociaux et politiques. Le monde extérieur et nos semblables, desquels et pour lesquels nous vivons de corps et d'âme, sont les mêmes pour la femme et pour l'homme, de sorte que, même là où la mentalité d'un des sexes est en moyenne un peu plus élevée que celle de l'autre, le premier n'en peut déduire le droit de refuser au second la liberté de vivre et d'agir au point de vue social selon son propre génie.

Les deux sexes sont différents l'un de l'autre à beaucoup d'égards, cela est certain. Par contre, toute contrainte légale, et par conséquent artificielle, de l'un par l'autre a pour effet d'entraver le libre développement de tous deux. Chacun possède de par la sainte nature le droit d'envisager le monde et de se l'assimiler selon son esprit. Il pourra développer ainsi sa personnalité de façon à ce qu'elle ne s'étiole et ne s'atrophie pas comme celle d'un animal domestique à l'écurie. Seul le droit du plus fort, dressé et cultivé par un préjugé inconscient et borné, peut nier ou méconnaître ces faits. Les restrictions légales que nous imposons à la femme, à sa mentalité et à toute sa vie. surtout à sa vie conjugale, sans qu'elle empiète sur nous ni ne nous lèse, n'ont en effet rien de commun avec les restrictions justifiées que la loi doit prévoir contre les empiétements de Tégoïsme individuel qui vient léser les droits d'autrui ou les droits de la société.

4° Lutte contre le préjugé et l'autorité de la tradition. — Un

autre ennemi s'oppose encore à tout projet de réforme. Celui-là est malheureusement si profondément ancré dans la nature humaine, qu'on ne peut espérer son affaiblissement progressif que d'une lente amélioration de la qualité des hommes. Je veux parler de l'armée des préjugés, des coutumes traditionnelles, des superstitions mystiques, des dogmes religieux, des modes, etc. Il nous faudrait de longues pages de prédications morales, si nous voulions compter et combattre tous les vices qui sont perpétuellement créés et entretenus par la misérable tendance de l'esprit humain à sanctifier tout ce qui est d'ancienne tradition et à le considérer comme inamovible. Nous en prenons à témoin le poète allemand Schiller, qui fait dire à son Wallenstein {Mort de Wallenstein, acte I^ scène 5) :

« Ce que je crains, c'est un ennemi invisible, caché dans le cœur humain, et qui me résiste, terrible seulement par sa lâche frayeur. Je ne crains pas l'ennemi vivant et fort, mais cet esprit bas, éternellement d'hier, qui fuit toujours et qui revient toujours, qui fera loi demain parce qu'il fait loi aujourd'hui. L'homme est fait de petitesses et l'habitude est sa nourrice. Malheur à celui qui ose toucher à ses vieilles bardes, à l'héritage de ses ancêtres qui lui est si cher! L'année exerce sur lui une puissance qui sanctifie. Tout ce qui grisonne d'âge est divin pour lui. Sois propriétaire et tu seras dans ton droit; la foule alors te le conservera comme une sainte relique! »

Le préjugé, la foi d'autorité, l'éternel droit de ce qui est d'hier, le mysticisme, etc., se mettent avec une hypocrisie consciente ou subconsciente, et à l'aide de sophismes plus ou moins transparents, au service des passions humaines les plus basses, de l'envie, de la haine, de la vanité, de l'avarice, de la lubricité, de la médisance, du besoin de domination, de la paresse et tutti quanti, et les revêtent toutes du manteau sacro-saint des vieilles coutumes, pour pouvoir mieux sanctionner leur ignominie en se basant sur l'autorité de ce qui a toujours été. Il n'y a pas d'infamie qui n'ait été justifiée, glorifiée ou même déifiée de cette façon.

Je n'oublierai jamais une discussion que j'eus pendant plusieurs jours, sur un steamer transatlantique, avec quelques personnes dé la noblesse catholique française. Ces messieurs se mirent à défendre en ma présence les excès et les abus sexuels les plus dégoûtants, à soutenir les paradoxes et les absurdités les plus incroyables, avec une ténacité qui Tétait encore plus. IJn auditeur sans préjugés eût pu se demander sérieusement s'ils ne plaisantaient pas. Mais non. C'était leur opinion profondément sérieuse, et ils la défendaient avec autant de conviction que les partisans du duel défendent leur prétendu Code de l'honneur, si insensé qu'il soit.

Je suis persuadé que seule l'introduction de l'esprit scientifique, d'une pensée inductive et sainement philosophique dans les écoles et d'une façon générale dans les masses de l'humanité sera capable de combattre peu à peu d'une façon efficace la routine inepte et les redites de perroquet qui prennent racine dans l'adoration des doctrines autoritaires et des préjugés basés sur la sainteté de ce qui est ancien.

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Il va sans dire que nous ne devons pas tomber dans l'excès contraire et admettre sans contrôle tout ce qu'on vient vanter comme réforme ou nouveauté. La sagacité scientifique consiste à démêler sans parti pris le juste du faux, à conserver le premier et à mettre le second au panier, qu'il s'agisse de choses anciennes ou nouvelles.

Nous avons déjà suffisamment parlé des préjugés et des mœurs surannées que nous avons tout d'abord à combattre dans le domaine sexuel, et je n'y reviens pas. Toute cette catégorie de causes du mal, catégorie qui joue un grand rôle aussi dans tous les autres domaines de la vie humaine, ne peut donc être combattue que par les armes d'une vraie science, jointes à celles d'une éducation intégrale et libre du caractère de la jeunesse.

Je voulais insister ici, encore une fois, sur la nécessité absolue d'une lutte à outrance sur ce terrain. Il faut pour cela que les savants sortent de temps à autre de leur cabinet et fassent briller leurs lumières dans le sombre tourbillon de la société humaine. 11 faut qu'ils prennent part aux luttes sociales, ne fût-ce que pour ne pas perdre tout contact et toute compréhension de ce qui est et sera éternellement humain, en s'enfermant de plus en plus dans l'érudition exclusive du spécialiste.

Les réquisitions suivantes se rapportent à des aberrations et à des dangers plus partiels ou plus locaux.

5° Lutte contre la pornographie. — Aux chapitres V, X et XVIII, nous avons parlé de la pornographie, et au chapitre XVII de ses grands dangers pour le développement d'une vie sexuelle normale chez la jeunesse. Quoique la pornographie doive en grande partie son origine et son développement à l'appât du gain, il ne faut pas méconnaître que. d'un autre côté, l'érotisme masculin vient tendre la main à l'intérêt mercantile pour la favoriser. Il est du devoir de la société de combattre les produits pornographiques d'un érotisme malsain, sans toutefois imposer la moindre contrainte à l'art véritable. L'appétit sexuel de l'homme est en moyenne suffisamment fort; on peut même dire que, comparé aux nécessités sociales de la procréation, il est beaucoup trop fort. Il est tout à fait superflu de le chatouiller artificiellement, de

faire son éducation spéciale et de Taugmenter par mille moyens. Nous devons donc élever la lutte contre la pornographie au rang de devoir social.

N'oublions pas néanmoins qu'on la combattra avec bien plus de succès en remplissant nos quatre premières réquisitions, et en relevant l'idéal et le sentiment artistique de l'homme, qu'à l'aide de mesures directement répressives. Ces dernières devront être limitées au strict nécessaire, c'est-à-dire aux productions les plus dépravées et les plus insolentes des pornographes.

6" Politique et vie sexuelle. — Je n'indique que pour mémoire les empiétements de la politique dans la vie sexuelle et surtout l'influence abusive des facteurs sexuels dans le domaine de la politique. Il va sans dire qu'il faut combattre toute immixtion inutile de l'Etat dans la vie sexuelle des individus à l'aide de lois et de règlements injustifiables, ainsi que toute intervention de la force publique dans les besoins sexuels naturels de l'homme, dans son mariage, etc., là où aucun intérêt individuel ni social n'est lésé. Ce qui est bien plus difficile, c'est d'empêcher la pression des sympathies et des antipathies sexuelles, surtout des passions amoureuses dans la politique, l'administration, etc.

T Lutte contre les maladies vénériennes. — Une lutte acharnée doit être encore entreprise contre les maladies vénériennes et contre les dépravations pathologiques de l'appétit sexuel. Nous avons dit le nécessaire là-dessus aux chapitres VIII, XIII et XIV. Les criminels sexuels devront être traités sous l'angle de la pathologie de l'appétit sexuel et d'une façon analogue aux pervertis, car il s'agit là presque toujours d'anomalies du cerveau humain, qu'il est impossible d'améliorer ni d'éliminer par des châtiments ou d'autres mesures pénales.

Pour le présent, des mesures restrictives et protectrices, tant médicales qu'administratives, prises par la société contre les individus dangereux et dégénérés dans le domaine sexuel, sont le seul remède possible. Il faut, par contre, nous mettre à même d'empêcher à l'avenir de pareils individus de se reproduire, et supprimer, à l'aide de notre seconde réquisition, les causes de la blastophthorie qui en produit de nouveaux.

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