‹ La question sexuelleChapitre 182 sur 190 · FRÉD. ALB. LANGE. CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

FRÉD. ALB. LANGE. CONCLUSIONS

l'instant psychologique. En tout cas, l'observateur qui pense n'a jamais le droit de se taire, pour le simple motif qu'à l'heure actuelle un petit nombre seulement prêteront l'oreille à ses paroles. »

Il y a quarante-cinq ans, le pessimisme prophétique de Lange était très compréhensible ; mais les idées ont marché et les suites de la guerre mondiale donnent aux paroles pessimistes de Lange un caractère vraiment étonnant d'actualité. Oui le cataclysme est venu ensevelissant sous ses ruines des millions d'hommes, non par la faute du socialisme, mais par celle de l'impérialisme capitaliste. Mais celui-ci s'est trompé et il s'enterre lui-même. Dans sa « Grande illusion » Norman Angell a dès lors prédit de même avant la guerre mondiale, que pareille guerre, par suite de l'interdépendance des Etats, ne pourrait offrir de victoire économique à personne, et qu'à cet égard tous seraient vaincus. Quant aux remèdes je renvoie à « L' Avant-projet d'une Société des nations w élaboré par notre Ligue suisse : imprimerie Sonor S. A., 48. rue du Stand, Genève, 1918, à mes « Etats-Unis de la terre » et Assez détruit, rebâtissons, Lausanne, Peytrequin, rue Haldim.and, 18, 1914- 1915. Les perspectives d'aujourd'hui sont faites pour nous donner un peu plus de courage pour le travail social. Disons donc plus que jamais avec Lange : Ou le socialisme sera moral ou il ne le sera pas. C'est aussi mon opinion depuis quarante quatre ans, mais c'est l'étude des mœurs des fourmis qui m'y a conduit d'abord.

Les idées utopiques que nous venons d'exprimer n'ont nullement la prétention d'être neuves. Analysant les faits dans les domaines les plus divers, nous avons simplement essayé de trouver, parmi les innombrables désirs et opinions qui se font jour actuellement, ceux qui nous semblent propres à résoudre le problème sexuel de l'espèce humaine de la façon la plus juste et la plus avantageuse dans les circonstances sociales régnantes. Chacun aujourd'hui finit par avouer, dès qu'on le met au pied du mur, que notre vie sexuelle laisse énormément à désirer. Mais on a peur de toucher à cet édifice vermoulu qui s'écroule.

Je laisse maintenant à mes lecteurs et à mes lectrices, selon leur tempérament et leur manière de voir, mais en les priant de réfléchir aussi froidement et aussi indépendamment que possible de tout préjugé avant de porter leur jugement, le soin de dire si nos idées « utopiques » ne sont vraiment qu'une « utopie » ou si elles ne correspondent pas bien plutôt à un idéal réalisable.

En fin de compte, nous avons à choisir entre l'acceptation pessimiste d'une déchéance fatale de notre race au profit des Mongols, et un effort immédiat et énergique accompli avec entrain pour notre amélioration sélective et éducative, effort qui seul sera capable de faire refleurir nos forces vitales et nos énergies héréditaires en les amenant à une progression méthodique. Quiconque se décide pour cette dernière alternative devra s'occuper de la question sexuelle et déclarer courageusement la guerre à la domination du capital privé, à l'usage de l'alcool et à tous les préjugés qui nous enserrent dans leur camisole de force et nous bercent en même temps dans de néfastes illusions. 11 devra avant tout rompre avec le luxe, le laisser-aller et le confort efféminé de nos mœurs, pour en revenir aux principes épurés et élargis de Lycurgue et des Japonais, c'est-à-dire à l'éducation du caractère et à la maîtrise de soi-même par l'entraînement méthodique au travail social continu, combiné à un endurcissement volontaire à la fatigue et aux privations.

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