‹ La question sexuelleChapitre 81 sur 190 · IMPUISSANCE · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE

les rendent impuissants. La masturbation habituelle peut, dans certains cas, contribuer à produire l'impuissance, mais il faut se garder de généraliser de pareils faits et surtout d'en construire un dogme, car la continence aussi peut devenir cause d'impuissance.

Tous ces faits, qui se combinent de cent façons avec d'autres troubles sexuels, mais qui se produisent aussi très fréquemment seuls chez des hommes du reste normaux, jettent un grand jour sur les rapports de l'état mental momentané de l'homme avec son appétit sexuel et l'accomplissement du coït.

Je ne sais trop sous quelle rubrique placer le cas suivant :

Un jeune homme très sérieux et de mœurs rangées, possédant des appétits sexuels normaux, s'était toujours abstenu de tout rapport sexuel et de la masturbation. Il n'avait de pollutions que pendant le sommeil. Celles-ci étaient accompagnées de rêves erotiques, mais ne produisaient jamais un orgasme voluptueux, ou en laissaient à peine subsister quelques traces, tandis que des sensations désagréables se produisaient au réveil. Il épousa par amour une femme bonne et raisonnable, mais chez laquelle le pubis présentait un excès de développement et l'hymen était résistant; un vaginisme douloureux suivait chaque essai de coït. Ces essais échouèrent constamment, malgré Tamour le plus intense et le désir le plus ardent des deux époux d'avoir des enfants. Les érections du mari ne se produisaient à l'état de veille que très incomplètement, et de toute sa vie il n'avait jamais eu d'éjaculation autrement qu'en dormant. Par l'hypnotisme j'arrivai à renforcer les érections; puis une opération gynécologique réussit à supprimer Ihymen et le vaginisme de la femme. Les premiers essais de coït ne réussirent cependant pas imm-édiatement, mais la suggestion agit après coup, et finalement les tentatives furent couronnées de succès et suivies d'une première grossesse, puis, plus tard, dune seconde. Les enfants sont sains.

Dans ce cas, l'impuissance, qui avait duré environ un an et demi, n'avait porté aucun préjudice à l'amour, ni au respect mutuel des deux époux, parce que l'affection du mari, jointe à son appétit sexuel, avait parfaitement suffi au bonheur d'une femme qui était en somme normale.

Ce cas est fort instructif à divers égards, car il donne un bon exemple de la nature de l'instinct sexuel chez la femme, et il montre de plus comment l'auto -sugge.stion des pollutions survenant uniquement dans le sommeil peut en arriver à empêcher chez

l'homme l'accouplement à l'état de veille. Mais ce sont là des phénomènes d'une rareté extrême.

Il va sans dire qu'il ne peut exister d'impuissance proprement dite chez la femme. Les mêmes interférences ou paralysies mentales que chez l'homme se produisent cependant aussi chez elle, empêchant simplement les sensations voluptueuses et l'orgasme, et déterminant même souvent le dégoût.

3* PARADOXISME SEXUEL.

On entend par ce terme l'apparition de l'appétit sexuel ou même de l'amour à un âge entièrement anormal. Le paradoxisme infantile est cependant fort différent du paradoxisme sénile.

Le paradoxisme infantile ne doit pas être confondu avec certaines formes de la masturbation, sur lesquelles nous reviendrons. Divers peuples, surtout dans les contrées tropicales, offrent un développement sexuel beaucoup plus précoce que les autres, ce qui du reste tient plus encore à la race qu'au climat. Il y a des peuples chez lesquels la maturité sexuelle se produit chez les garçons entre douze et quatorze ans et chez les filles entre neuf et dix ans, tandis que chez d'autres les premiers ne sont guère mûrs avant vingt ans, et les secondes avant dix-sept ou dix-huit ans. En outre, les variations individuelles peuvent être énormes dans la même race. Mais, par suite de satyriase et de nymphomanie héréditaires, on voit parfois dans nos contrées l'appétit sexuel se développer chez des enfants de huit ans, de sept ans, même de trois ou quatre ans, d'une façon absolument spontanée, sans aucune excitation venant du dehors. Lombroso cite une petite fille de trois ans qui avait une tendance irrésistible à l'onanisme. J'ai moi-même observé les trois cas suivants :

Un garçon de sept ans, fils d'une tenancière de bordel et d'une sorte de satyre ayant commis les excès les plus intenses, commença spontanément à s'attaquer à de petites filles du même âge que lui ou même plus jeunes. Il les attirait dans des buissons ou dans d'autres cachettes en leur offrant des sucreries, et s'accouplait ensuite avec elles suivant toutes les règles. Il se montrait tellement rusé, que tous les moyens employés pour lui enlever cette habitude n'aboutirent à rien, et qu'il fallut l'interner à l'asile des aliénés dont j'étais directeur. Là, il tenta de renouveler ses exploits avec un garçon plus âgé que luL

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Il était aussi paresseux quindiscipliné et disposé à toutes les sottises imaginables. II n'osait cependant pas tenter de s'accoupler avec des adultes femmes ou hommes. Ses organes sexuels étaient absolument infantiles, sans aucun développement anormal. Son paradoxisme avait donc une origine purement cérébrale.

Une fillette de neuf ans se mit à rechercher tous les garçons de son âge, ou même plus jeunes, qu'elle put attraper et à exciter leurs organes génitaux. Elle le fit d'une façon si sournoise qu'elle réussit à tuer ainsi à petit feu un de ses plus jeunes frères et à blesser gravement l'urètre et la vessie d'un autre avant qu'on eût découvert l'auteur du mal. Dans les buissons elle s'accouplait avec un garçon plus âgé qu'elle.

Un garçon de 7 ans pratiqua un coït régulier avec sa sœur âgée de 5 ans, et celle-ci ressentit un orgasme vénérien si violent qu'elle en garda un souvenir durable et une émotion profonde. Cette dernière se combina plus tard à un sentiment de honte suggéré par les opinions de son entourage. Elle se crut une fille perdue et fut atteinte jusqu'à l'âge adulte de véritables obsessions et phobies.

Dans le deuxième cas on m'affirma qu'il n'y avait pas de tares héréditaires, mais de pareilles affirmations ne prouvent rien (V. Blastophtorie et Mnème). Les individus de ce genre deviennent plus tard souvent des criminels, ou tout au moins ils s'adonnent à la masturbation ou à la prostitution.

Exceptionnellement l'appétit sexuel peut, comme nous l'avons vu, se maintenir longtemps chez les vieillards, ou bien renaître chez eux pour quelque temps, avec ou sans puissance sexuelle effective, lorsqu'ils tombent amoureux.

Mais, dans la règle, le paradoxisme des vieillards est le symptôme initial d'une grave maladie cérébrale, la démence sénile. Comme, au moment où l'excitation sexuelle se produit, la maladie ne fait en général que commencer, on ne la remarque souvent pas et l'on considère selon les cas le malade comme un individu immoral, vicieux ou criminel, qu'on méprise ou même qu'on condamne. J'ai vu un malade de ce genre se masturber devant tout le monde dans l'asile que je dirigeais, tant son excitation sexuelle était grande.

Chez la plupart des vieillards atteints de paradoxisme sexuel sénile, l'appétit sexuel a pour objet de très jeunes filles ou même des enfants, ce qui aggrave leur cas au point de vue juridique.

Foj't souvent cet appétit est perverti et revêt l'une des formes anormales dont nous parlerons plus bas. Certains de ces vieillards sont encore puissants, mais d'autres ne le sont plus, et alors leur excitation ne se traduit que par des manipulations impudiques, attouchements mutuels des organes génitaux, etc. De pareils cas jouent un rôle considérable dans les procès scandaleux. Le malade — car c'en est un — devient fort souvent la victime de chantage de la part de filles vicieuses ou d'enfants incités par des parents dénaturés. On voit souvent aussi, au début de la démence sénile, un vieillard s'amouracher de quelque prostituée ou aventurière qui l'accapare, se fait épouser et entre ainsi en possession de sa fortune. Les tribunaux valident en général la donation, sous prétexte qu'il faut respecter la liberté individuelle. Pareille sanction, extrêmement fréquente, consiste en réalité à immoler un malade au profit d'un escroc femelle.

4° ANESTHÉSIE SEXUELLE OU ABSENCE CONGÉNITALE DU SENS ET DE L'APPÉTIT SEXUELS.

Les sensations sexuelles sont si intimement liées à l'appétit qu'il est difficile de les en séparer. Sans doute chez l'adulte un certain appétit sexuel peut se donner cours en dehors de toute sensation voluptueuse, mais il s'agit là d'un phénomène secondaire.

J'ai observé deux formes d'anesthésie sexuelle: a) une simple anesthésie du gland (ou du clitoris) qui n'empêche pas un orgasme provoqué par des influences émotives ou par d'autres agents irritateurs; b) l'anesthésie sexuelle générale (locale et mentale ou cérébrale).

L'anesthésie sexuelle complète est très rare chez l'homme : ce n'est pas une forme spéciale d'anomalie, mais la réduction à zéro d'une sensation normale et de l'appétit qui lui correspond. Ce qui caractérise ces cas c'est qu'à l'inverse des eunuques et des cryptorchides, non seulement les glandes séminales, mais tous les attributs sexuels corrélatifs de la barbe, de la voix, du caractère, etc., sont normalement développés et ne sont nullement intervertis comme chez les homosexuels. L'anesthésie sexuelle générale fait aussi peu souffrir celui qui en est atteint que le daltonisme, mais, comme ce dernier, il occasionne des conflits individuels résultant

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