ANESTHÉSIE SEXUELLE
de malentendus. L'anesthésié sexuel, ayant une idée plus ou moins fausse du mariage, se marie souvent avec une inconscience complète et les résultats sont alors désastreux, grâce à nos lois et à nos mœurs.
Chez la femme, l'anesthésié sexuelle est très fréquente. Von Krafft-Ebing se trompe lorsqu'il prétend qu'il s'agit toujours en pareil cas de femmes névrosées. Nombre de femmes absolument normales, du reste, et très intelligentes demeurent toute leur vie complètement froides au point de vue sexuel, étant donné le caractère normalement passif du sexe féminin dans le coït. C'est bien plutôt la femme très libidineuse qui est pathologique.
Nous avons vu le sentiment sexuel normal de la femme se développer bien plutôt dans le domaine de l'amour, des caresses et du désir d'avoir des enfants. Aussi les hommes erotiques se plaignentils souvent de la froideur sexuelle de leur femme dans le coït, froideur qui leur est désagréable, car la volupté de l'un des deux sexes excite et complète celle de l'autre. Les femmes froides se soumettent au coït comme à un devoir, ou tout au moins elles ne jouissent que mentalement des caresses voluptueuses de leur mari.
L'anesthésié sexuelle se produit normalement dans la vieillesse. Elle peut survenir à un âge plus précoce, par suite de la destruction ou de l'atrophie des glandes sexuelles, de grands excès, ou, au contraire, d'une continence extrême et ininterrompue. Certaines psychoses peuvent aussi la produire.
Néanmoins il ne faut pas confondre l'anesthésié sexuelle vraie avec la supplantation émotive (V erdràngung de Breuer et Freud) de l'appétit sexuel par suite de frayeurs ou de dégoût, donc à base émotive souvent oubliée.
Voici quelques exemples d'anesthésie sexuelle .*
1. — Un homme très normalement bâti, fort, de haute culture, très doué, au sens moral développé, est atteint dès sa naissance d'anesthésie sexuelle complète. Dans son sommeil il a parfois des pollutions dont il ne s'aperçoit qu'à son réveil par les traces qu'elles ont laissées. II a aussi des érections matinales, mais sans trace d'images erotiques. L'appétit sexuel n'est jamais apparu chez lui. Après avoir terminé ses hautes études et être parvenu à l'âge mûr. il n"a aucune idée quelconque des rapports sexuels. Son indifférence pour tout ce qui concerne la sexualité, tant dans ses lectures que dans ses conversations, est phénoménale. Il n'a rien compris à tout ce qui s'y rapporte. Ses réponses
me rappellent mes conversations avec les daltonistes sur la distinction entre le rouge et le vert! Pour lui, le mariage est une union intellectuelle et sentimentale dans laquelle les enfants arrivent tout seuls.
Il a fini ainsi par épouser une jeune fille bien élevée, pas très sensée, mais extrêmement prude. On se représente les découvertes qui s'ensuivirent! La femme, qui désirait ardemmnt des enfants, s'aperçoit bientôt de la cécité sexuelle de son mari. Elle en est horriblement malheureuse et lui fait les reproches les plus amers. Ce dernier finit par deviner que dans le mariage il doit exister quelque chose dont il ne se rendait pas compte; mais les explications du médecin sur le coït ne servent naturellement de rien, et la suggestion hypnotique esl même absolument incapable de produire chez lui la moindre sensation sexuelle.
Malgré tout, il est plein d'égards et d'affection pour sa femme; mais clans sa droiture et son honnêteté, il est incapable, avec la meilleure volonté du monde, de simuler pour elle le moindre appétit sexuel. Quant à elle, ce qui lui n:"anque ce n'est pas le coït, qui n'eût été qu'un moyeu, mais ce sont les enfants, la chaleur de l'amour et ses caresses. Cependant sa pruderie lui fait préférer cet état de choses à un divorce qui ferait scandale.
Remarquons encore qu'en pareil cas les érections ne se produisent que mécaniquement, pendant le sommeil, ce qui rend tout accouplement impossible, l'approche du corps féminin ne les amenant pas, et k réveil les faisant cesser.
2. — Un original très timide, quoique assez vaniteux, vivant très retiré, tout à fait froid au point de vue sexuel, n'avait jamais eu que de rares pollutions nocturnes, exceptionnellement accompagnées de rêves un pevi erotiques. Quoique mieux renseigné que le précédent sur les rapports des sexes, l'appétit sexuel lui faisait à peu près complètement défaut, et il se représentait aussi le mariage comme une alliance purement intellectuelle. Il n'était cependant guère capable des sentiments élevés du mari précédent. Il épousa une jeune fille à la fois intelligente et passionnée, dont les appétits sexuels étaient fort développés, et dès l'abord il se mit à traiter sa femme avec une froideur incroyable, comme une sorte de domestique. Prude et timide comme une jeune fille, il exaspéra les sentiments les plus profonds de sa jeune femm;e et la rendit fort malheureuse.
Celle-ci me consulta. Sa fanville lui conseillait le divorce, mais ayant pitié de son mari, elle hésitait et finit par l'envoyer me consulter. Je lui fournis les explications les plus complètes, tout en lui donnant une leçon méritée sur sa conduite inqualifiable, lui faisant comprendre que les torts étaient entièrement de son côté, qu'il n'avait pas à jouer