‹ La question sexuelleChapitre 85 sur 190 · HYPERESTHÉSIE SEXUELLE · texte numérisé non relu

HYPERESTHÉSIE SEXUELLE

Le degré le plus fort de Thyperesthésie sexuelle s'appelle chez l'homme satyriase et chez la femme nym'pho'^nfianie . J'ai observé chez la femme deux variétés fort différentes de l'hyperesthésie sexuelle. Les unes, les véritables nymphomanes, sont entraînées vers l'homme corps et âme avec une puissance élémentaire; chez elles le cerveau entier suit l'appétit d'une façon toute féminine. D'autres femmes, au contraire, sont poussées à la masturbation par une excitation purement périphérique ou si l'on veut inférieure; elles ont des rêves erotiques suivis d'orgasmes vénériens qui les tourmentent plutôt qu'ils ne les font jouir; mais elles ne s'amourachent pas facilement et peuvent être très réfléchies et difficiles dans le choix d'un mari. Leur âme seule demeure féminine, finement nuancée et pleine de tact et de délicatesse dans ses sentiments, tandis que leurs centres nerveux plus inférieurs réagissent d'une façon plus masculine et en même temps pathologique. 11 existe, du reste, de nombreuses transitions entre ces deux formes extrêmes.

Les hyperesthésiés sexuels sont souvent malheureux et s'adressent au médecin pour se débarrassser de l'excitation perpétuelle qui les tourmente. Ils essayent de se maîtriser, d'endiguer leur appétit par tous les moyens, et sont atteints parfois d'affaissement nerveux ou mental. Il faut cependant reconnaître ce fait singulier, que beaucoup d'hyperesthésiés sexuels demeurent malgré tout frais et dispos, et atteignent un âge assez avancé, si toutefois ils échappent à l'alcoolisme et aux maladies vénériennes.

Lorsque rhyperestbésie sexuelle résulte surtout d'habitudes artificiellement acquises, on peut souvent la guérir par la suggestion hypnotique et en s'habituant à l'empire sur soi-même. Mais lorsqu'elle est très intense, héréditaire, et surtout lorsqu'on la rencontre alliée au paradoxisme infantile et à d'autres anomalies du même genre, la castration paraît être le seul remède efficace et durable; toutefois, c'est un remède dangereux à bien des égards et pas toujours efficace.

Lorsqu'elle est plutôt acquise, une forte diversion, qui détourne l'esprit des préoccupations sexuelles pour la diriger sur d'autres domaines, peut avoir un excellent effet curatif. Les cas héréditaires les plus intenses peuvent constituer une véritable peste pour l'individu et la société, et c'est alors que la castration peut devenir une délivrance, en tranquillisant le malade obsédé, en lui permettant de s'occuper utilement, et en l'empêchant en même temps d'abuser de son prochain et de procréer des êtres semblables à lui.

Les femmes très lubriques, doiil l'appétit sexuel va jusqu'à la nymphomanie, ont par suite fort souvent des instincts polyandres. Elles deviennent alors plus insatiables que les hommes. Les journaux ont étalé divers cas de ce genre dans leurs colonnes pendant le cours de ces dernières années, et les exemples de femmes pareilles ne sont pas rares dans l'histoire. Lorsqviune femme est possédée par la passion, elle perd souvent tout sentiment de pudeur, tout sens moral et toute retenue en ce qui concerne l'objet de ses désirs. Elle ne tient plus aucun compte de tout ce qui s'oppose à sa passion, mais elle peut cependant être pleine de réserve, de tact et de bonté sous tous les autres rapports. Les cas de ce genre ont cependant toujours un caractère pathologique plus ou moins accentué.

Chez l'homme, la satyriase est très fréquente. Il arrive très souvent qu'un mari poursuit perpétuellement sa femme, qu'il la force sans cesse à subir ses étreintes, et ne la ménage même pas pendant ses règles. Nous avons cité plus haut le cas d'un vieux paysan de soixantedix ans qui abusait ainsi de sa pauvre vieille femme. Dans des cas pareils se produit fort ordinairement l'infidélité conjugale.

On voit le cynisme de pareils individus aller si loin, qu'ils s'accouplent avec des prostituées ou des servantes en présence de leur femme ou qu'ils abusent même de levirs propres enfants.

L'épouse réagit dans ces cas de façon fort diverse selon son caractère. On en voit beaucoup qui supportent tout avec calme et ne se plaignent de rien, par égard pour leurs enfants ; d'autres s'enfuient, d'autres divorcent, d'autres encore se suicident.

Il semblerait tout naturel d'unir les femmes nymphomanes aux hommes atteints de satyriase, afin de les satisfaire de part et d'autre. 11 convient cependant de tenir compte des suites néfastes pour la postérité d'une pareille accumulation de l'appétit sexuel (voir notre premier cas de paradoxisme).

Une jeune fille, dont la mère et la grand'mère avaient tenu des maisons publiques, et qui se trouvait ainsi chargée de tares héréditaires graves, avait un appétit sexuel très développé dès sa première enfance et commença de bonne heure à se masturber sans relâche. L'aspect de l'homme provoquait chez elle une excitation violente. Dès l'âge de quatorze ans, elle courait les rues la nuit, faisant des avances à tous les garçons qu'elle rencontrait et se livrant sans mesure à la prostitution. La castration eut raison de ce cas.

Page 1