L'ARGENT ET LA PROPRIÉTÉ. PROSTITUTION
§ 1. — Remarques générales.
Au chapitre VI, nous avons appris à connaître le développement historique du mariage humain comme continuation de la phylogénie de notre espèce, et nous avons montré que le mariage par achat et diverses formes de polygamie constituent une sorte d'étape moyenne et en même temps d'aberration de la civilisation, aberration qui a été le résultat de l'association des hommes, combinée à la naissance de la propriété individuelle.
Qu'on se représente, en effet, un être à la fois d'une mentalité aussi élevée et d'un individualisme aussi enraciné et même féroce que l'homme, un être chez lequel l'instinct et l'amour de la famille sont aussi puissants, amené, par la force inéluctable des circonstances, à vivre constamment dans la société de ses semblables et à devenir rapidement de plus en plus dépendant de cette vie sociale .solidaire On comprendra sans peine que certains individus, d'une mentalité supérieure et plus favorisés du sort que les autres, chercheront à dominer les plus faibles et les moins intelligents, et à les exploiter à leur profit et à celui de leur famille.
On constate déjà des tendances analogues chez certains animaux. Nous voyons de vieilles abeilles ouvrières, dites voleuses, s'approprier le produit du travail des autres. Nous voyons certaines fourmis pratiquer une sorte d'esclavage, basé sur l'instinct, il est vrai, en dérobant les nymphes d'espèces plus faibles et travailleuses, nymphes qui, après leur éclosion, deviennent les auxiliaires instinctifs, les domestiques de leurs ravisseurs paresseux.