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REMARQUES GÉNÉRALES

Dans les sociétés animales incomplètes, comme celles des ruminants, de certains singes, etc.. nous voyons de vieux mâles, parfois aussi des femelles plus courageuses que les autres, par exemple cliez les vaclies, prendre la direction du troupeau et se faire reconnaître comme chefs par les autres. Mais dans ces cas la propriété personnelle d'objets ou même d'êtres vivants ne joue aucun rôle, par la simple raison que les animaux n'ont pas encore saisi la valeur qu'elle peut avoir.

D'autres animaux vivant isolés traliissent les premières tendances vers la propriété personnelle, par exemple pour le nid. où ils entassent leurs provisions, tandis que d'autres, tels que les fourmis, les abeilles, les guêpes, etc.. ont le sentiment très développé de la propriété collective. C'est ainsi qu'une fourmilière considère les plantes à pucerons qu'elle visite comme sa propriété, et les défend en conséquence.

Dès qu'il eut atteint un certain degré très primitif de culture, i'homme comprit le profit qu'il pouvait tirer de la possession, non seulement du terrain et des produits du travail, mais encore de la personne cfautres hommes, ce qui conduisit à l'esclavage. Etant le plus fort, le sexe mâle sut bientôt combiner la satisfaction de son appétit sexuel avec l'avantage de la propriété, en plaçant de plus en plus la femme, plus faible que lui, sous sa dépendance et en l'exploitant. Voilà comment la femme devint un objet de vente, d'achat et d'échange, qui procurait à l'acheteur, en même temps que la satisfaction de son appétit sexuel, une esclave docile et traxailleuse. enfin une procréatrice d'enfants, c'est-à-dire la source de nouveaux travailleurs.

Ce motif, que dévoilent si clairement l'ethnographie et l'histoire tout entières, explique suffisamment l'ignoble trafic que l'homme a fait de l'amour ou plutôt de l'appétit sexuel. Nous avons vu, au chapitre VI. le profit qu'ont su tirer les barbares polygames de la possession de beaucoup de femmes et d'enfants, ce qui développa de plus en plus l'achat et la vente de ces derniers. Ces coutumes ont un rapport intime avec le trafic des esclaves et lui sont même étroitement liées. Notre civilisation moderne a heureusement su se débarrasser, en majeure partie du moins, de ces deux tares, mais l'argent exerce maintenant son influence sur notre vie sexuelle par des moyens qui ne sont guère meilleurs. La complication et le raffinement de la vie civilisée ont fait des femmes et des enfants des objets de luxe et non plus une ricliesse comme autrefois. Ce

fait a deux causes. D'un côté, une conception plus libre et plus humaine de la position sociale de la femme et des enfants a étendu de plus en plus leurs droits. L'homme peut de moins en moins les exploiter, comme c'était le cas au temps du patriarcat, tandis que le père de famille a au contraire le devoir d'entretenir son épouse et sa progéniture, et de donner à cette dernière une éducation convenable. Chez le pauvre, l'exploitation de la femme et des enfants existe encore, il est vrai; mais, chez le riche et chez l'homme cultivé, le phénomème inverse se produit. Dans l'intention de rendre sa famille distinguée et lieureuse, le père l'élève souvent dans leluxe, la jouissance et la paresse, ce qui est d'un effet profondément nuisible. L'affinement. ou plutôt le raffinement progessif de la vie moderne et de ses jouissances, amollit les mœurs. Il pèse sur toute la société et dégénère en un besoin artificiel de paraître et de briller, qui rend de plus en plus difficile une éducation modeste, simple, sobre et forte de la famille. Les hommes et les femmes, surtout ces dernières, s'appliquent à s'éclipser les uns les autres, par leur table, leur toilette, le confort et le luxe de leurs appartements, de leurs plaisirs, de leurs distractions, de leurs festins et de leurs fêtes. Une masse énorme de produits du travail humain se dissipent ainsi en futilités, au profit d'une frivolité et d'un luxe effrénés. Voilà comment il se fait qu'une civilisation qui, grâce à la science et aux progrès de la technique, dépasse de beaucoup toutes celles qui l'ont précédée par la richesse de ses moyens de production pour les besoins de la vie humaine, ne présente pas seulement de plus en plus de riches qui nagent dans le superflu, mais aussi de plus en plus de miséreux et de prolétaires qui végètent dans le besoin.

Ce qui est encore plus grave, c'est que « par raison d'économie » le raffinement de la culture fait que l'homme intelligent, instruit et cultivé, se marie de moins en moins et procrée de moins en moins d'enfants. En outre, nos descendants dégénèrent de plus en plus, grâce à l'usage de l'alcool ou d'autres narcotiques et là vie malsaine qu'ils mènent. Leur aspect extérieur bien peigné et bien nourri dissimule cette décadence, qui apparaît bien mieux par leur névropathie croissante. Ils s'habituent en outre à une foule de besoins factices, qui les rendent de plus en plus difficiles à satisfaire. Cela fait qu'ils exigent en somme de la société beaucoup plus qu'ils ne lui fournissent par leur travail, tandis que chacun devrait donner au corps social plus qu'il n'en reçoit. Comme phénomènes de mauvais augure, je dois signaler ici l'oisiveté des femmes améri-

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