‹ La question sociale en EspagneChapitre 115 sur 187 · Voir le tableau-annexe P, p · texte numérisé non relu

Voir le tableau-annexe P, p

nution, est loin de se vendre en totalité, depuis que des droits de douane très élevés lui ferment le marché français, cl cela contribue à abaisser les prix. La Péninsule, qui produit 3 millions d'hectolitres d'huile d'olive annuellement, les vend 155 millions de piécettes, un prix égal à celui que l'Italie, retire de sa propre récolte, qui n'est cependant que de 1.300.000 hectolitres : la France, dont la production d'huile ne dépasse pas 300.000 hectolitres, en obtient la même somme que le producteur espagnol, à cause de ses procédés arriérés de culture et de fabrication, de 750.000 hectolitres !

Le peu d'utilité que la Péninsule retire des travaux agricoles explique que la proportion des habitants qui s'y adonnent n'est que de 27,25 p. 100, contre 35 en Italie, 50 en Autriche, 51 en Allemagne et 53 en France!

Il a fallu la perte des dernières colonies d'outremer, pour que l'attention des pouvoirs publics, en se concentrant dans la métropole, consentît à se porter sur cette question de l'amélioration de la production agricole. C'est dans l'agriculture que gît, en réalité, l'avenir de l'Espagne. Si acharnés que se montrent les fabricants de Catalogne et des Vascongades à réclamer du gouvernement de Madrid toujours davantage de protection, il n'apparaît point que l'industrie, dans les circonstances actuelles, puisse être appelée à un grand développement. La première chose dont l'Espagnol a besoin, et qui lui manque encore, c'est sa subsistance. De plus, sous un climat qui porte à la mollesse, et avec une pré-

dilection marquée pour la vie libre au grand air et au grand soleil, il n'est pas à espérer qu'il s'accommode jamais du travail discipliné et soutenu de l'atelier ou de l'usine.

Le sous-sol de la Péninsule est incontestablement d'une prodigieuse richesse, mais son exploitation exige une mise en œuvre de capitaux considérables, que l'Espagnol ne possède pas ou qu'il n'est pas- disposé à lui fournir. C'est ce qui explique que la plupart des mines sont entre des mains étrangères et que la plus grosse partie des minerais est embarquée dans les ports de Galice et de Biscaye, à destination surtout de l'Angleterre, dont ils contribuent à alimenter la puissante industrie .

C'est donc du côté de l'agriculture que devrait se porter de préférence l'attention des pouvoirs publics au sud des Pyrénées. Si on ne l'a pas toujours bien compris, il convient, cependant, de signaler les efforts qui ont déjà été dépensés, en vue surtout d'améliorer, autant que faire se peut, les conditions climatériques, topographiques et hydrographiques de la Péninsule.

l'our remédier à l'insuffisance et à l'irrégularité des eaux, les avis, certes, n'ont pas manqué. On a conseillé, par exemple, de provoquer artificiellement la pluie au moyen de commotions atmosphériques, en établissant, sur des points déterminés, des stations de tir, qu'on réglerait d'après l'état de l'atmosphère1. Mais les deux principaux systèmes

1. D. Dionisio Puig. Lu sequia en Espana y sus cuusus (Bibliothèque de VInstituto agricola catalan de Sun Isidra, Barcelone. 1905).

M\Rv\ri> 20

en faveur, de l'autre côté dv> Pyrénées, sont le système forestier el I»1 système hydraulique. Ils ne sont pas sans se taire une certaine concurrence.

Est-il préférable de replanter que d'irriguer? L'on ne se montre point d'accord sur cette question. Les « forestiers » déclarent — non sans apparence de raison — que vouloir creuser des canaux et bâtir des réservoirs avant d'avoir des quantités d'eau suffisantes pour les remplir, c'est, pour ainsi dire, mettre la charrue avant les bœufs. La première chose à faire, c'est de procéder à la reconstitution du domaine forestier. « Ce n'est pas avec des canaux, mais avec de l'eau qu'on arrose la terre », s'écrie sur un ton ironique un ingénieur, M. Horacio Bentabol. dans la Epoca.

Au fond, les deux systèmes, loin de se contredire, se complètent. Sans doute, on ne peut, nier l'influence bienfaisante des bois sur le régime des eaux. Mais, d'un autre côté. l'Espagne ne souffre pas moins de la mauvaise distribution des eaux que de la rareté des pluies. On calcule la chute annuelle dans la Péninsule à 80.000 millions dé mètres cubes, qui. après certaines déductions, — notamment en retranchant de ce chiffre l'eau nécessaire à la consommation des habitants, — laisseraient une quantité suffisante pour irriguer quatre millions d'hectares. On estime également que ii p. 100 de l'eau des rivières et des réservoirs reste inutilisée, faute d'un certain aménagement pour profiter de l'arrosage.

Les deux « politiques » ont donc, l'une et l'autre,

leur utilité. Kilos devraient, en vue d'un effet plus certain et durable, être combinées et suivies en même temps. Mais, jusqu'ici, le gouvernement espagnol ne semble pas avoir prêté grande attention à la question du reboisement; il n'existe même pas chez nos voisins de loi analogue à celle du 4 avril 1882 en France. La « politique hydraulique », en revanche, semble avoir toutes ses faveurs.

Politica hidraulka ! Si le mot est nouveau (on le doit, je crois, à M. Joaquin Costa), J'idée n'est pas neuve, puisque les Arabes déjà l'avaient mise en pratique dans des ouvrages qui méritent encore toute notre admiration. Mais, à part une tentative éphémère à l'époque de Charles 111. on peut dire que tous les gouvernements espagnols l'avaient tenue dans un injuste oubli.

C'est au chef du parti libéral, M. Moret, et à un de ses collaborateurs, M. Rafaël Gasset, que revient l'honneur de l'avoir ressnscitée, au moins dans les sphères officielles, car cette politique comptait déjà de fervents apôtres parmi les économistes 1.

M. Gasset défendit le nouvel Evangile à l'Athénée de Madrid, et dans de grandes réunions publiques, notamment à Ciudad Real et à Xérès, en février et avril 1902. Ace dernier meeting, prit part un socialiste. MorenoMendoza, qui représentait 2.500ouvriers

1. Notamment M. Prado Palacio, dans son livre El porvenir de una région. Riegos posibles en la provincia deJaen (Madrid, 1900 . •

agricoles. Les résultats du Concours de 1903, à. la suite île La crise terrible en Andalousie, confirmèrent

le gouvernement dans ses vues. L'année suivante, il ordonna une \asle enquête sur la situation hydrologique de l'Espagne \

Frappé des résultats qu'ont donnés les œuvres d'irrigation exécutées dans la vallée du Nil, sous l'impulsion de lord Gromer, il envoya en Egypte deux ingénieurs, MM. José Xicolau et Puig de la Bellesca (Real orden du 1:2 décembre 1904), qui, de décembre à janvier, parcoururent tout le pays \ Plus récemment, le ministère Moret a confié une seconde mission à deux ingénieurs anglais, MM. Brown et Buckley, qui ont dirigé d'importants travaux hydrauliques en Egypte, pour étudier les moyens d'établir en Andalousie un système d'irrigation par les eaux du Guadalquivir, analogue à celui du Nil.

Actuellement, les 30 p. 100 seulement du sol espagnol possèdent des systèmes d'irrigation par rivières, canaux ou réservoirs. Les terres d'arrosage (terrenos de regadio) sont ainsi réparties :

Région du Nord-Est : 20.000 hectares dits d'arrosage, mais dont 3.200 seulement sont effectivement arrosés par le canal de l'Infante, 1.100 par le canal de la rive gauche du Llobregat, 600 par les eaux de l'aqueduc de Moncada.

Bassin de VEbre : 236.000 hectares, dont 32.000 arrosés directement par le fleuve, 6.000 par le canal

1. El regadio en Espana, publication officielle, Madrid, 1904.

Page 1