Voir infra, p. 36'J et suiv
318 LA Ol ESTION SOCIALE EN ESPAGNE
dissimulée des populations. 11 existe, toutefois, des sociétés étrangères de ce genre, notamment anglaises.
Incontestablement aussi, il serait facile à l'Espagne, sans sortir de chez elle, de trouver l'argent nécessaire pour réaliser son programme hydraulique. Elle esi plus riche en capitaux qu'on ne le croii d'ordinaire, mais ces capitaux répugnent à s'employer à une œuvre nationale, et beaucoup même dorment dans des banques à l'étranger.
Quant à l'effort coordonne des propriétaires euxmêmes, c'est-à-dire de ceux qui ont dans cette amélioration l?intérêt le plus immédiat, c'est à peine si l'on peut en parler. Nous dirons plus loin, en parlant du crédit agricole, à quels obstacles se heurte toute tentative d'association au sud des Pyrénées. En particulier, quand il s'agit d'une idée comme la « politique hydraulique ». dont la réalisation doit entraîner un bouleversement de l'état de choses actuel, il faut compter avec l'hostilité instinctive de l'Espagnol, en général, — et surtout du paysan, — pour toute innovation. 11 préfère récolter moins et vendre cher. Il s'effraie à la pensée que, si Ton augmente la fertilité de sa terre, et, par suite, son revenu, l'Etat n'en vienne prendre sa part en (devant encore l'impôt foncier déjà si lourd. Chez la plupart des gens de la campagne, on remarque une répugnance non raisonnée à contribuer au bien des autres, tout en en profitant soimême. Le propriétaire préférera ne pas augmenter de 50 piécettes le rendement de sa terre en s'abon-
nant a l'eau, plutôt que â'en faire gagner 15 à l'entreprise qui la fournirait et à peu près autant à l'Etat par l'augmentation des impôts1.
Si la « politique hydraulique » est d'un intérêt capital pour le développement de l'agriculture en Espagne, et par suite, si elle doit avoir les conséquences les plus importantes sur la question sociale agraire dans ce pays, cependant, comme nous l'avons vu, elle n'intéresse pas également toutes les régions. Au contraire, on peut dire que toutes les parties du royaume souffrent du manque de voies de communication.
« Les chemins, écrivait Fermin Caballero en 1867, sont à l'agriculture ce que le moteur est à Ja mécanique : le moteur n'est pas la machine, mais c'est lui qui la met en mouvement. » « Dans l'a Manche, ajoutait-il, j'ai vu plus d'une fois les voitures chargées des produits de la moisson laisser dans l'ornière des gerbes de blé de première qualité'.... »
Depuis l'époque où ces lignes étaient écrites, la situation, il faut l'avouer, ne s'est guère améliorée. L'augmentation des chemins vicinaux, notamment, apparaît aussi urgente que le développement des travaux hydrauliques. Le gouvernement s'en est occupé, cependant, en créant dans les différentes provinces