‹ La question sociale en EspagneChapitre 124 sur 187 · Le Soc, op. cit., p · texte numérisé non relu

Le Soc, op. cit., p

3. Voir D. Elias Ger, Las Coopérations de consumo (Bibliothèque de la l'az social).

4. Le Soc. Las Sociedades de Socorros mutuos, et D. Hateo Puyol Lalaguna, El seguro del Ganado (brochures de la Bibliothèque de la Paz social,).

cas. les syndicats se réunir, pour la défense de leurs intérêts communs: notamment, lors du mouvement de protestation contre le règlement de M. Osma. Les cultivateurs de betteraves d'Aragon ont également fait campagne, pour obtenir des fabriques de sucre une amélioration de leurs contrats.

La coopérative de crédit est utilisée par presque tous les syndicats. Elle est, en effet, indispensable plus qu'ailleurs en Espagne, où la plupart des laboureurs ne possèdent guère de numéraire et où il est, par suite, impossible aux syndicats d'organiser, non seulement des coopératives de consommation ou de production — qui sont, comme je l'ai dit, très rares.

— mais encore — ce qui est le cas le plus fréquent

— de faire des achats collectifs, faute d'avoir à temps l'argent nécessaire, sans recourir au crédit.

Cette question du crédit territorial apparaît, à vrai dire, comme la plus urgente, mais aussi comme la plus difficile de toutes celles qui touchent au problème agraire au srul des Pyrénées. Ecrasé par les impôts excessifs et mal répartis qui pèsent sur la terre, tenu, en outre, d'acquitter de lourdes taxes d'octroi et de payer son tribut au protectionnisme sous la forme de droits de douane sur le bétail et sur les engrais, le paysan espagnol voit encore ses charges augmenter du fait du censo ou redevance

qu'il doit payer au propriétaire du domaine direct, car il n'est, le plus souvent, — comme nous l'avons vu — que le fermier ou l'emphytéote du soi qu'il cultive.

Cette situation le met, dans les mauvaises années, à la merci de gens peu scrupuleux. Pour se procurer de l'argent, il lui faut vendre à bas prix ses récoltes à des accapareurs ou tomber sous la grille des usuriers, t'est ainsi qu'en Castille, les prêts de ^25 p. 100 sont fréquents1. Le prêteur se réserve, eu outre, le droit de se rembourser en argent ou en nature, et comme le prêt a lieu, d'ordinaire, en mars, avril ou mai — moment où le prix des grains est le plus élevé — et que le remboursement se fait au moment de la récolte, quand les prix sont aux cours les plus bas, le créancier ou plutôt l'usurier profite d'un écart considérable.

Ajoutons qu'en Espagne, plus qu'en aucun autre pays, les capitaux se portent peu du côté des campagnes, alors même qu'ils en proviennent. Ils préfèrent s'employer dans les fonds d'Etat, et c'est pourquoi on a pu dire justement que la hausse considérable, ces dernières années, des valeurs espagnoles « ne repose pas sur l'augmentation du crédit des autres éléments de richesse qui la constituent, mais, au contraire, sur le discrédit, la méfiance pour de nouvelles affaires industrielles, commerciales et agricoles, qui sont précisément celles qui devraient servir les premières de base à une aug-

\. Santiago Martiuez y Gonzalez, La Crisisdela agricultura, sus causas y sus rewedios, Salamanque, 1899.

inentalion du crédit national1 ». Ceci légitime encore l'action de l'Etat, dans une question, qui revêt, au premier chef, un caractère social, puisqu'elle rriei en jeu l'existence même de la population rupale. Les intérêts du propriétaire et du jornalero ou cultivateur sont ici solidaires : si le premier, en effet, ne peut échapper à l'usure qu'au moyen du crédit, le second est en droit d'en attendre aussi la sécurité de son gagne-pain et même une augmentation de son salaire.

Pourtant, pendant le cours du siècle dernier, en dépit de quelques tentatives isolées et de quelques propositions de loi restées sans résultat, on peut dire que rien n'a élé l'ail, en Espagne, pour développer le crédit foncier et agricole. La Banque Hypothécaire, créée par la loi du 2 décembre 1872, n'a rendu aucun service à cet égard; si les prêts agricoles sont prévus dans ses statuts, ils se heurtent, dans la pratique, à de tels obstacles, qu'ils sont hors de la portée du laboureur et du petit propriétaire ".

C'est seulement ces toutes dernières années que les pouvoirs publics se sonl occupés de remédier à cet état de choses, en même temps que des apôtres de la coopération s'efforçaient d'organiser des sociétés privées de crédit, sur le type de celles qui existent en d'autres pays.

1 El Economista <lu r> février 1909.

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