Diego l'azos y Garcia, op. cit.. p
Sans sortir d'Espagne, il était, d'ailleurs, possible de trouver des vestiges d'institutions intéressantes, appelées à rendre encore de grands services. Tels sont les Pôsitos ou greniers de blé qu'une loi récente du *2o janvier 1 906 i a ressuscites, en s'efforçant de les rendre plus adéquats aux besoins de la vie économique et sociale actuelle.
L'histoire des Pôsitos- est peu connue et vaut qu'on >'\ arrête .'L'origine en remonte, dit-on. à l'époque romaine. Les Pandertes et les Codes de Justinien et de Théodore contiennent des dispositions concernant les greniers publies, H la loi « frumentaria » l'.assia Terencia constitue aussi un antécédent hislorico-juridique d'un grand intérêt.
Lue partie considérable des rentes publiques de Rome consistait, comme on sait, en redevances en nature imposées aux provinces conquises, (les redevances — fruits, huiles, vins — étaient envoyées à la capitale et conservées dans des magasins d'État, pour y être, soit vendues à son profit, soit distribuées aux citoyens pauvres, qui jouissaient du droit de sportula et largitùmes . Cel exemple l'ut suivi dans un grand nombre de villes.
Les pôsitos romains disparaissent avec l'empire des Césars, et c'est seulement au xive siècle que cette institution renaît en Espagne, bien qu'avec des origines et un caractère différents. A une époque de disettes fréquentes, alors que les commun i-
cations étaient si difficiles entre les diverses régions et que le trafic des grains avec l'étranger, et même de province à province, était considéré comme illicite et sévèrement puni, on comprend que rétablissement de dépôts de blé et d'autres céréales, aussi bien que des fours communs et d'auberges-abris en différents lieux, ait répondu à un urgent besoin, à la fois pour venir en aide aux classes nécessiteuses, surtout aux moments de famine, et pour régulariser le prix des grains. Philippe II fonda ainsi, vers 1555. un grand nombre de pôsitos, en vue de procurer <- pan barato à los caminantes y abasteùïmiento à los pobres » (du pain bon marché aux voyageurs et de l'approvisionnement aux pauvres). L'exemple royal fut suivi par des centaines de particuliers. On a une idée de l'intensité du sentiment de charité à cette époque par les fondations pieuses qui se multiplient partout. Pour sa part, le cardinal (asneros créa trois « grands » pôsitos, à Tolède, à Alcala de llenares et à Torrelaguna, et plus de deux cents plus petits en d'autres endroits. Le cardinal Belluga en fonda, à lui seul, ?d à Murcie. En 1558,1e nombre des pôsitos s'élevait déjà à 12. 000.
En 1584, par une Pragmatique célèbre — qui constitue le premier document écrit que Ion possède sur la matière — . Philippe II ordonna une enquête sur la situation et l'administration de ces établissements, qui étaient, à vrai dire, déplorables. I De excuse peut en être cherchée dans les guerres et les luttes civiles, si nombreuses à cette époque, cl dans l'habitude prise par l'Étal, les députations
et les municipalités, de puiser à pleines mains dans les caisses des pôsitos sans leur rendre toujours les sommes qu'ils leur avaient ainsi empruntées. Mais il faut ajouter que les gouverneurs de province en étaient arrivés à faire un véritable trafic des dépôts de grains confiés à leur garde, et qu'ils ne se faisaient pas faute — contrairement aux règlements et au but même de cette institution — de les vendre à très haut prix en cas de disette.
On y mit bon ordre, et il semble que les pôsitos aient été assez longtemps très florissants et de grande utilité pour le pays. Ils firent quantité de prêts, remboursables soit en grains, suit en argent, aux laboureurs, et contribuèrent ainsi — au dire de leur apologiste le plus convaincu — , « en un peu plus de deux siècles, à régénérer l'agriculture nationale1 ». Leurs services s'étendaient aux municipalités et à la nation elle-même; car, aux jours de paix comme aux jours de guerre, on ne se fil pas faute de faire appel à leurs caisses pour la construction de chemins, d'écoles, d'établissements de bienfaisance, ainsi que pour les armements. Ils contribuèrent, pour plus de vingt millions de réaux — somme considérable à cette époque — à la fondation de la Banque Nationale de San Carlos, premier établissement de crédit général mercantile qui ait existé en Espagne.
Mais, petit à petit, la guerre, les révoltes et les besoins croissants de la Couronne, sans parler des
1. José Gracia Cantalapiedra, Tralado hisiôrico lef/al de la Insliluciô/i de los Pôsitos.
abus de l'administration, que l'on n'arriva jamais à réprimer complètement — comme en font foi les nombreux décrets royaux et circulaires publics an cours du xviii0 siècle — , réduisirent le nombre el la fortune des pô&itos. En 1792, il y avait encore cependant, 5.249 positos royaux el 2.833, dus à des particuliers ou à des fondations pieuses, en loul 8.082. Leur fortune totale était <le 9.452.692 réaux en blé, 577.795 en avoine et seigle, et 55.105.419 réaux de monnaie ed'ective.
Vers la lin de Tannée 1800, selon Canga Argi'ielles. leur situai ion était la suivante :
PÔSitOS ROYAUX, AU NOMBRE DE 3,221 :
Total des faaegas1 de blé. . . . 8.802.969 » » de petits grains
(seigle et avoine) 304.823
Total d'argent liquide 34.330.374 réaux .
» d'argent en actions de Banque 16.936.000 réaux.
PÔSitOS PARTICULIERS :
Total des fanègues de blé 022.723
» de grains. . . . 72.927 Fortune en argent 754.545 réaux.
Si Ton estime que le blé valait à cette époque 9 pesetas la fanègue — ce qui fait un total de 84 millions de pesetas — , et en calculant, en monnaie actuelle, leur capital-argent, à 18 millions, on voit qu'il v a un peu plus d'un siècle, le capital de ces institutions dépassait 100 millions de pesetas, quan-