I. Voir le tableau-annexe X. pages
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Il faudrait, avanl tout, multiplier les écoles cl le nombre des professeurs, et agrandir les locaux. En dépit des innombrables rapports et circulaires des ministres qui se succèdent à l'Instruction publique, le chiffre des écoles n'augmente guère : 19. 502 en 1870, 22.012 en 1885, 23.058 en 1903, 24.118 en 1908. Encore un grand nombre de celles qui figurent dans les statistiques officielles sont-elles fermées, faute d'instituteurs ou parce qu'elles n'ont pas de local ! D'après le recensement de 1904, on comptait dans le ressort municipal des chefs-lieux de province, 1.640 écoles seulement, tandis qu'il aurait dû y en avoir 3.073; Madrid avait 289 écoles, et aurait dû en avoir 545 ; Barcelone en avait 193, au lieu de 533! La population d'âge scolaire est de quatre millions d'enfants des deux sexes. Pour recevoir tous ces enfants dans les écoles, sans que le chiffre des élèves de chaque classe dépassât cinquante, il faudrait 80.000 maîtres et maîtresses : or, il en existe en tout 26.000... sans compter, il est vrai, le personnel des écoles privées, qui ne dépasse pas, d'ailleurs, 6.181 «...
Si on a égard au chiffre des élèves inscrits dans les écoles publiques de toute l'Espagne en 1900, on arrive à cette constatation qu'il y a une école — c'est-à-dire un maître (ou une maîtresse) — pour 154 élèves ! A Madrid même, il y a 50 écoles dans lesquelles une moitié des élèves ne viennent en
1. Les écoles privées sont au nombre de ;;.212, dont 5.014 catholiques, 01 protestantes. 107 laïques ou neutres.
classe que le matin, et l'autre moitié l'après-midi, en raison de l'insuffisance des locaux.
La population agricole — cela va sans dire — est la moins instruite : les conditions mêmes de son existence suffisent à l'expliquer. Toute jeune encore, l'enfant accompagne ses parents dans les champs et travaille avec eux. Ceux-ci, de leur côté, mettent peu d'empressement à l'envoyer à l'école, quand elle existe, et à profiter de l'enseignement gratuit donné par la commune.
A plus forte raison, Y enseignement agricole proprement dit est-il fort négligé. Il est cependant « obligatoire » depuis 1849! Ces dernières années (13 octobre 1905), il a été ordonné d'établir un « champ de démonstration agricole » dans les municipalités comptant 750 habitants, et de le confier à l'instituteur; mais cette décision n'a pas reçu d'exécution.
On a proposé aussi d'établir des écoles pratiques d'agriculture dans chaque province, et on a essayé d'organiser un enseignement agricole dans les casernes. Mais, en réalité, bien peu de chose a été fait.
Citons, cependant, certaines tentatives intéressantes dues à l'État : la fondation de l'Institut agronomique de San lldefonso, au lendemain de la mort d'Alphonse XII ; la création, le 30 août 1892, de « fermes modèles » et d'écoles sur le type de l'Institut de San lldefonso dans diverses provinces, l'institution dans chacune des granjas escudos de Madrid, Saragosse, Palencia, Tarragone, Barcelone, Valence, Jaen Jerez de la Frontera, de stations pour l'examen et l'essai des semences en vue d'améliorer, par une
sélection opportune, les plantes habituellement cultivées dans la région, etc. Mais on peut dire qu'il manque encore une agronomie nettement espagnole : les expériences faites dans diverses régions, offrant des conditions si différentes de climat et de terrain, serviront, sans doute, à l'établir et permettront aux paysans de tenter de nouvelles cultures avec la certitude du succès.
La presse, de son côté, peut contribuer à répandre renseignement agricole. Elle doit seulement se garder de donner à ses publications un caractère mercantile qui ne saurait échapper à la finesse du cultivateur et qui le prévient contre le donneur de conseils. A cette condition, elle peut rendre de très réels services au monde des campagnes. De fait, un certain nombre de journaux, parmi les plus importants de la Péninsule, comme le Reraido de Madrid, Y Impartial, Y ABC — pour ne citer que ces trois grands quotidiens — consacrent, chaque semaine, une page entière à la « chronique agricole ». Malheureusement, combien de cultivateurs .sont à même de profiter de ces conseils? Le soir venu, quand les travailleurs andalous s'assemblent dans leur misérable cortijo\ un d'entre eux — lorsqu'il s'en trouve qui sache lire — fait la lecture à haute voix, mais les feuilles et brochures qu'il préfère sont celles qui parlent à ses instincts grossiers ou qui prêchent la révolte sociale... '
1. Ceci m'a été assuré par un professeur de l'Université de Madrid, M. Leopoldo Palacios, qui, en compagnie de deux collègues de l'Institut de Réformes sociales, MM. Buylla et Morato. a parcouru, il y a quelques années, les campagnes du Midi de l'Espagne.