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de 1904, a également créé une caisse à Fuente de Cantos; elle a vite prospéré et a été imitée dans d'autres localités. Il existe aujourd'hui dans la province de Badajoz 21 caisses rurales de ahorros y préstamos (d'épargne et de prêt), sur le type Raiffeisen et se rattachant à la Fédération Agraria Bético- Exirerneha y Canaria; elles font des prêts jusqu'à un maximum de 100 pesetas, au taux annuel de 5,5 p. 100; elles comptent 4.487 membres, répartis entre cinquante localités. Leur capital social est de 14 millions de pesetas et leur fonds de réserve de 175.060; elles ont déjà fait plus de trente mille prêts, pour une valeur de 6 millions.

Mentionnons également la Fédération Agricola de Castilla la ^ ieja, fondée en 1901 à Valladolid, et comprenant les onze provinces de Valladolid, Palencia, Zamora, Salamanque, Ségovie, Soria, Avila, Burgos, Léon, Santander et Logrono. Elle compte quatre cent treize organismes agricoles (chambres, communautés de laboureurs, syndicats. fjremios,e[c.) et groupe plus de deux cent mille associés. La Fédération Agricola Catalana Balear, fondée en 1899, paraît encore plus puissante : elle a établi une vingtaine de syndicats agricoles en divers points importants de la Catalogne et compte plus de trois cent mille membres.

Toutes ces sociétés et fédérations se sont ellesmêmes groupées, à la suite de conférences tenues ;'i Madrid, en mars-avril 1903, en une vaste Union of/raire espagnole, qui comprend aujourdh'ui, en plus des ipréeédentes :les Fédération s du Levant, qui compte

deux cent vingt organismes, de la NouveHe-Castille. d1 Aragon, Vasco-Navarra, avec plus de deux cents associations. Montahesa (Santander) et la A sociaciôn General île G (inadores del Reino. Ces diverses associations ont pris pour modèle de leur règlement celui de la Catalana-Balear1 .

Par la loi sur les syndicats agricoles de 1906, le gouvernement a favorisé ce mouvement. 11 conviendrait seulement que cette loi fût élargie ou interprétée dans un sens plus libéral et que, de plus, elle fût complétée par des modifications au Code civil et à la loi hypothécaire, dans le détail desquelles il m'est impossible d'entrer, et qui sont en voie de réalisation2. Ces réformes auront principalement pour effet d'encourager les inscriptions de propriété — si insuffisantes aujourd'hui, s'il faut en croire les rapports officiels de la Direction de l'Enregistrement3 — et de faciliter la pratique des warrants agricoles.

De plus, les caisses rurales fondées par les syndicats catholiques ou par les diverses chambres, et notamment par celle de Badajoz, ont pu développer leurs opérations grâce au crédit que leur concèdent d'ordinaire les succursales de la Banque d'Espagne, conformément à la loi du 13 mai 1902 et au conve-

1. La plupart de ces renseignements m'ont été communiqués par l'intermédiaire de M. le vicomte de Eza, ancien directeur de l'Agriculture. Qu'il me soit permis de lui exprimer ici toute ma reconnaissance et ma sincère admiration.

'. Voir D. Pazos y Garcia, op. cit., p. 203 et suiv.: et dans la Revisla de Législation universal, de Madrid, 15-^0 décembre 1904; vicomte de Eza, loc. cil., p. 14 et suiv.

.;. Datos /"ira e! esludio rie lu propiedad immueble en Espana. t. Ier.

nio du 7 juillet de la même année1. Le projet de réforme de ce grand établissement, élaboré par le dernier ministre du Fomento, M. Sanchez Guerra, doit, s'il est voté, contribuer davantage au développement de ces institutions, en leur accordant un moindre taux d'intérêt, et surtout un plus grand délai pour leurs opérations (qui ne dépasse pas aujourd'hui quatre-vingt-dix jours).

Il conviendrait même, selon certains, que l'État prit l'initiative de créer une Caisse centrale de Crédit agricole, qui fût à la fois « un intermédiaire entre le capital et les campagnes, un éducateur chargé d'initier le cultivateur aux pratiques nouvelles du crédit conseillées par le progrès, et un avaliste garantissant à la banque la sécurité de l'argent prêté aux associations agricoles ». Telle est l'opinion d'un des hommes qui ont le plus fait pour l'agriculture au sud des Pyré né es , M . le vicomte de Eza .

M. de Eza montre peu de confiance dans la Bart-

1. La Banque prête, au taux ordinaire de 4,50 à 4.75 p. 100, en compte courant de crédit (cuentas de crédito\, aux syndicats, jusqu'à concurrence d'une certaine somme stipulée. Elle ne prend, d'ailleurs, d'intérêt que pour les quantités réellement prêtées, et tant qu'elles ne sont pas versées de nouveau au compte. Mais il est, paraît-il, des régions, comme l'Aragon, où les succursales de la Banque d'Espagne se refusent à faire des prêts collectifs a des syndicats. 11 existe, d'ailleurs, quelques Banques particulières, comme le Crédita Savarro, qui accordent de meilleures conditions que la Banque d'Espagne. Les syndicats ont de plus la ressource de s'adresser à des monts de piété, comme celui d'Oviedo, ou à d'autres institutions, qui ont à la fois un caractère d'établissements de crédit et d'oeuvres de bienfaisance, comme la Caisse d'épargne et de prêts de l'Immaculée Conception, à Saragosse. (Voir Le Soc, op. cit., p. 120.)

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que d'Espagne pour développer le crédit agricole, en raison de son caractère même et de son mode d'opérer. C'est pourquoi il préconise la constitution d'un établissement particulier, création de l'Etat, sans doute. dont il tiendra sou caractère officiel et public, mais institution autonome et indépendante, ayant des éléments de vie propres H à l'abri de toute ingérence de la pari du gouvernement et de l'administration.

Dans un projet de loi très complet sur le crédit agricole, M. le vicomte de Eza a donné le plan détaillé de cette Caisse centrale1. Elle sera constituée au capital initial de cinquante millions de pesetas, dout 20 souscrits par l'État, 10 par la Banque d'Espagne, i par la Banque Hypothécaire, et le reste par les autres Banques, qui demanderont à s'intéresser aux affaires de la Caisse centrale. Les principales attributions de cet établissement seront : d'encourager la création d'associations agricoles, de leur prêter sa garantie morale et son concours pécuniaire, d'exercer sur elles un travail constant d'inspection, d'administrer les fonds qu'elles mettront à sa disposition en les consacrant à. des opérations de prêt à ces associations, d'intéresser les banques à ces opérations de crédit agricole et de servir d'intermédiaire entre les banques et les associations, en donnant son aval pour les prêts faits par les premières aux secondes, d'amener, enfin, les associations agricoles à se fédérer entre elles. En outre, M. le vicomte de Eza propose de confier

1. Mémoire présenté à la Asociaciôn de Agricultures de Espana, dont M. de Eza est président (1909).

à cette Caisse centrale de crédit agricole la direction et la surveillance des pôsitos, une fois que sera terminée leur liquidation, actuellement confiée au délégué royal. Les pôsitos seront alors mis sur le même pied que les autres établissements de crédit et de coopération créés par les associations agricoles et appelés à profiter des mêmes avantages.

Tel est, dans ses grandes lignes, le projet du vicomte de Eza. Il s'écoulera, sans doute, beaucoup de temps, avant que, même devenu loi, il produise tous les résultats qu'il est permis d'en espérer.

On voit, en tous cas, de quelle manière apparaît en Espagne la question du crédit agricole et quelle tâche considérable s'impose à l'Etat. Il ne doit pas se borner, comme en d'autres pays, à encourager la coopération qui doit être, selon le magistral expose du comte de Rocquignyau sixième Congrès international de l'Alliance coopérative de Budapest (septembre 1904), le produit de la libre initiative privée el de l'esprit d'association. Mais M. de Rocquigny ne méconnaît pas que le devoir de l'Etat doit être de favoriser cet esprit d'initiative et de l'aider de mille manières. S'il en est ainsi dans des États plus avancés, comme la Suisse, l'Autriche, l'Allemagne, la Belgique et la France, à plus forte raison doit-il en être de même en Espagne, où, comme je l'ai fait mainte fois observer, l'esprit d'association n'existe pas et où l'initiative individuelle est plus lente à se mettre en mouvement que partout ailleurs. L'Etat doit donc prêter aux associations qui viendraient à se former non seule-

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ment son appui moral, mais aussi son concours effectif et pécuniaire.

L'avenir est dans le développement des fédérations d'associations ou de caisses rurales, qui a pour effet à la fois de stimuler la création de nouveaux organismes semblables et de développer le crédit de toutes ces caisses, solidairement responsables dans les limites d'une même province ou d'une même région. Avec le concours des pôsitos — institution traditionnelle qu'on a eu la bonne idée de conserver, — et des succursales de la Banque d'Espagne, ou d'une Caisse centrale particulière — comme celle que préconise M. le vicomte de Eza, — ces Fédérations offriront un appui solide, non seulement pour effectuer des opérations de caractère purement agricole — telles que la création de dépôts de semences, d'engrais et de machines, l'achat de bétail, etc., — mais sans doute aussi pour entreprendre des œuvres de plus grande envergure et d'un intérêt général, comme l'ouverture de puits artésiens, les travaux d'irrigation et de défrichement, l'ouverture de routes nouvelles, etc.

La première mission qui incombe à l'État est une œuvre d'éducation. Il est inutile, en effet, de préparer et d'édicter des réformes, si bien étudiées et si appropriées soient-elles, si elles doivent rester lettre morte, faute d'être comprises par le monde des campagnes, à qui elles s'adressent.

L'Espagne, à cet égard, nous apparaît comme un pays singulièrement arriéré. Qu'il s'agisse de renseignement primaire général ou de l'enseignement agricole proprement dit, on peut presque dire que tout encore y est à faire, et c'est, cependant, de la solution de cette si importante question de l'enseignement, que dépend tout l'avenir de ce pays. « Après le pain, disait Danton, l'instruction est le premier besoin du peuple. » En jetant les yeux au sud des Pyrénées, on pourrait presque renverser la proposition et dire que, sans une instruction largement répandue, le peuple espagnol se trouvera dans l'impossibilité de réaliser l'œuvre de progrès, d'où il doit attendre davantage de bien-être, et même — ceci n'est pas pris au figuré — la certitude de son pain quotidien.

Actuellement, pour une population de 18.607.674 habitants (au recensement de 1900), on compte 11.869.480 illettrés. En retranchant de ce chiffre les enfants au-dessous de six ans, qui fournissent les 14,5 p. 100 de la population, on voit que les analfabetos sont encore de 9.171.376, soit près de 50 p. 100 de la population totale1.

Plus d'un demi-siècle, cependant, s'est écoulé, depuis la promulgation de la loi de 1857, en vertu de laquelle l'enseignement est obligatoire pour les enfants de six à douze ans : mais il s'en faut que cette prescription soit rigoureusement observée! Il ne servirait même à rien d'appliquer les amendes que prévoit la loi.

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