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LE MOUVEMENT OUVRIER CONTEMPORAIN Gl
cien typographe — comme Anselmo Lorenzo, dont il fut autrefois le compagnon d'atelier et l'ami, — un homme, dont la parole âpre et violente et le geste énergique produisent sur les foules une impression saisissante. Nous avons nommé Pablo Iglesias. Ce n'est pas un savant, un « intellectuel », mais c'est, avant tout, un homme d'action.
Iglesias esl né au Ferrol en 1850. Lors de la dissolution de l'Internationale* il avait vingt-quatre ans. A ce moment, il entra dans la société madrilène, la Asociaciôn gênerai del arte de imprimir, dont il ne tarda pas à être élu président. En cette qualité, il dirigea la grève de 1882, ce qui lui valut cinq ans de prison. Le retentissement de cette grève, en même temps que l'arrivée au pouvoir des libéraux, détermina la constitution, la même année, de sociétés analogues de typographes à Barcelone, Valence, Séville, Saragosse, etc. Elles furent assez puissantes pour former une Fédération et participer au Congrès national de Barcelone, en octobre 1883.
Ce Congrès se réunit, sur l'initiative du Centre fédératif des .sociétés ouvrières, société de résistance « pour améliorer les conditions du travail », fondée en 1875 par le cordonnier Pamies dans la capitale de la Catalogne. Le Congrès de Barcelone, où Iglesias représentait la Union del arte de imprimir, approuva les statuts d'une nouvelle association, la Union National île los Trabajadores, société de résistance sans aspirations sociales nettement définies. Le Centre Fédératif se convertit en simple Fédération locale de cette Union.
A celle époque, l'Union groupait 88 sociétés ouvrières. Son développement fut assez rapide, et, eu 1891, elle prit le titre de Union gênerai. Lorsque Iglesias en devint président, en septembre 1899, elle comprenait 65 sections et 15.264 membres ; en octobre 1902, elle arrivait à compter 267 sections et 43.535 membres; enfin, en janvier 1905, 373 sections et 56.905 membres. Ce sont là, il est vrai, les pins forts chiffres qu'elle ait atteints, et depuis cette date, l'Union soutire de la même crise que le parti socialiste espagnol.
El Partido sociàlista Obrero, — comme il s'intitule— date de 1879. C'est le 2 mai, dans un banquet dit « antipatriotique » — pour protester contre la fête que le peuple madrilène célèbre à celle date, en souvenir de la révolte de 1808 contre les troupes de Mural — que le Parti constitua sa première association. 11 exposait, en même temps, dans un programme destiné à nue large publicité, ses revendications. Les principales étaient : 1° la possession du pouvoir politique par la classe travailleuse ; 3" la transformation de la propriété individuelle ou corporative des instruments de travail en propriété collective, sociale ou commune ; 3° l'organisation de la société sur la base de la fédération économique, l'usufruit des instruments de travail aux collectivités ouvrières, garantissant à tous leurs membres le produit total de leur travail, et l'enseignement général, scienli-
(îque et spécial de chaque profession aux individus des deux >exes ; 4° enfin, le devoir pour la société de pourvoir aux besoins des vieillards et des infirmes.
L'exemple de Madrid fut suivi, en août 1882, par Barcelone, puis par Guadalajara et Malaga. Le 12 mars 1886, parut le premier numéro du journal officiel du Parti, El SocicUista. Alors commencèrent les tournées de propagande en province. Au mois d'août 1888, se tint à Barcelone le premier Congrès des socialistes espagnols : 18 délégués y assistaient, représentant 20 groupes de 20 localités différentes, 27 sections et o.3oo fédérés. Le Congrès approuva, avec de légères modifications, le projet d'organisation du Parti, que présentait le groupe madrilène.
Les années suivantes, le Parti tint d'autres Congrès à Bilbao (août 1890), à Valence (août 1892 . à Madrid (aoûtl894), à Madrid encore septembre 1899 . à Gijon (septembre 1902), à Madrid (1905 . <>ù furent prises d'importantes décisions relatives à la politique générale et à la tactique du parti. Enfin, eu août 1908, le Parti a tenu un Congrès, également à Madrid, auquel ont assisté 29 délégués — 15 de Madrid et 14 de province, représentant respectivement 2o et oo groupements, c'est-à-dire la moitié environ des groupements socialistes existants à l'heure actuelle.
Le Partido Socialista Obrero Espahol'o. envoyé ses délégués aux divers Congrès internationaux célébrés à l'étranger : à Paris (1889), Bruxelles, Zurich (1893 .
Londres (1896), Paris (1900), Stuttgart (1903), Amsterdam (1904), Stuttgart (1907). Il a toujours voté avec la majorité : à Amsterdam, notamment, les délégués espagnols se sont prononcés pour l'unité des forces du parti.
En Espagne, les socialistes, lidèles à la tactique qu'ils ont suivie en tout pays, n'ont cessé de lutter sur le terrain électoral : sans succès, il est vrai, en ce qui concerne les élections aux assemblées législatives 1. Aux dernières élections du printemps 1907, on s'attendait à ce que le nom de Iglesias, porté à la fois comme candidat à Barcelone et à Madrid, sortit des urnes. Cette attente fut déçue; mais, de l'aveu même de plusieurs de ses adversaires, la place du célèbre leader serait tout indiquée aux Cortès, le seul Parlement européen où le parti socialiste ne compte pas de représentant!
Au contraire, dans les assemblées communales, les socialistes espagnols ont réussi à faire entrer un certain nombre des leurs. Pablo Iglesias et deux de ses compagnons font partie de YAyuntamienlo de Madrid et, avec la province, on compte 71 conseillers socialistes répartis dans 30 localités, notamment à Bilbao, Mieres, Oviedo et Salamanque. Plus qu'ailleurs, le parti en Espagne est dominé par une grande préoccupation de dignité et de tenue morale ; il manifeste, à chaque instant, sa prétention de réformer les mœurs politiques — qui, outre-monts,
1. Les socialistes ont obtenu, aux élections législatives de 1898. 20.000 voix: 23.000 en 1899; 25.400 en 1901; 29.000 en 1903: 26.000 en •1904; 23.000 en 1905 et 22.000 en 1907.
laissent, comme on sait, beaucoup à désirer — et son principal souci est d'assurer la sincérité des élections législatives*
Le parti socialiste ouvrier a pris une part active aux grèves de Bilbao, de Malaga, de la Corogne, Le fait qu'il préconise Faction électorale ne signifie nullement, en effet, qu'il répudie l'action directe, la grève générale. Quelques-unes de ces grèves, comme celles de Bilbao en 1890, 1892, 1903, 1906, ont donné lieu à des désordres sanglants. Elles eurent aussi pour effet d'appeler l'attention des pouvoirs publics sur la condition des travailleurs de ces régions l.
Partout ailleurs, sauf peut-être à Alicante et à Oviedo, il ne compte que des noyaux peu importants. Et la raison en est qu'en dehors de la Catalogne — qui est à peu près fermée au marxisme — la Péninsule n'a guère de grands centres industriels. Iglesias et ses lieutenants ont cherché à faire des a'deptes et à recruter de nouvelles troupes dans le monde des campagnes, particulièrement en Vieille Castille et en Andalousie. Mais leurs efforts n'ont pas abouti jusqu'ici à de grands résultats. L'Union des Travailleurs, qui comptait, en 1904, 42 sections de travailleurs agricoles avec 6.309 fédérés, ne réunit plus, en septembre 1907, que 16 sections et 902 associés.
Empêchés d'entrer aux Cortès, les socialistes n'ont pas cessé de prendre position dans les diverses ques-