L'OUVRIER EN CATALOGNE
La Catalogne est, nous l'avons vu, la province du royaume, dont l'activité industrielle est de beaucoup la plus considérable. Cette région comprend quatre provinces : Barcelone, Gérone, Tarragone et Lérida, mais c'est la première surtout qui doit retenir notre attention, puisque pour une population totale de 2.200.000 habitants, qui est celle de la Catalogne, la province de Barcelone compte environ 1.185.000 habitants. A elle seule, la capitale, Barcelone, n'a pas beaucoup moins de 000.000 aines. C'est en cette province aussi — et dans la région
J. Anuario Estadislico delà ciudad de Bareelona, notamment Ie année 1905. Cette intéressante publication est due au distingué chef du service de statistique de Barcelone, M. .Manuel Escudé Bartoli.
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côtière de Gérone et de Tarragone — que se concentre toute l'industrie de la région, le reste du pays étant essentiellement agricole1.
Bien qu'il soit difficile d'arriver à une grande précision, on peut évaluer la population ouvrière de Catalogne à 250.000 ou 300.000 individus. A Barcelone seulement, elle est de 100 à 125.000 individus, d'après M. Sastre2, et de 144.788, d'après la statistique publiée parla municipalité de cette ville en 1905 (dont hommes : 88.210 ; femmes: 34.333; enfants mâles : 13.449; fillettes: 8.796). Mais il convient d'ajouter que dans ces derniers chiffres sont compris un certain nombre d'individus, tels que jardiniers, pêcheurs, tailleurs de pierre, qui n'appartiennent pas, à proprement parler, à l'industrie '". Remarquons aussi le nombre très important de femmes et d'enfants employés dans les manufactures, particulièrement dans l'industrie textile et dans celle du bouchon.
La plupart de ces ouvriers et ouvrières sont d'origine catalane ; mais on rencontre aussi parmi eux un certain nombre d'Andalous, d'Aragonais et surtout de Valenciens.
Les salaires varient considérablement, suivant la catégorie de profession envisagée. La moyenne est de 3,50 à 4 pesetas. Certains ouvriers, comme les
1. On pourra consulter sur le Développement industriel de la Catalogne l'intéressante monographie publiée, sous ce titre, par M. E. Escarra. dans la Bibliothèque du Musée social (Itousseau, 1908).
2. M. Sastre, Las Ruelgas en Barcelona durante PJ03, 1904, 1905,
3. Voir le tableau annexe C, à la fin du volume, pp. 424 et i'2'6.
iileurs et les tisseurs de soie, sont payés jusqu'à 5 pesetas. Mais e'est là un maximum et, en revanche, on trouve un nombre considérable de salaires inférieurs à la moyenne que nous avons donnée1. Les salaire- drs femmes ne dépassent guère 2,50 pesetas. <m aura une idée de l'augmentation des salaires, depuis 1856 et du coût de la vie à Barcelone, par les tableaux que nous publions à la lin de ce \olume tableaux E) et Ë \
Le mode de paiement le plus fréquent est le paiement à la semaine, notamment dans les industries du coton, du blanchiment, de la laine, de la soie, des dentelles, des boutons, du vêtement, etc. Il est mensuel pour un petit nombre d'individus, eu général mieux rétribués, tels que les imprimeurs sur étoffe : il# est quotidien dans les industries de la métallurgie, de la vitrerie, de la céramique, du meuble, des produits chimiques, etc. : il est à l'heure, enfin, ou à la pièce, pour quelques cas exceptionnels tapissiers, dessinateurs sur verre, etc.). 11 esl très rare de trouver des salaires établis en tenant compte à la fois du travail accompli et du temps occupé. Pourtant, il convient de citer le tarif très détaillé des salaires des tonneliers de Barcelone, oii chaque opération est payée séparément et où il est tenu compte de la nature du travail et de toutes les circonstances normales ou exceptionnelles, qui en peuvent modifier la durée ou la difficulté. Ce tarif,
1. Pour plus de détails, voir le tableau publié dans YAnuario Estadistico de la ciudad <le. Barcelona, 1905, pp. 617 et suiv. ■1. Voir pages 420 et \±~ .
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élaboré d'un commun accord par les patrons et les ouvriers, est un des rares exemples de conventions collectives qui puissent être signalés à Barcelone1.
Les primes existent dans quelques établissements, et la participation aux bénéfices dans une fabrique de pianos \
La durée du travail est, en général, de dix ou onze heures ; mais il faut dire que la discipline est assez relâchée dans les ateliers, et que les journées sont coupées par des intervalles de repos assez fréquents. En revanche, on peut signaler de nombreux abus, surtout en ce qui concerne les femmes et les enfants : on trouve facilement, à Barcelone et ailleurs, des établissements où les femmes travaillent quatorze, quinze heures et même davantage3; pour les enfants, la loi du 13 mars 1900, qui interdit leur entrée à la fabrique avant dix ans et fixe, jusqu'à quatorze "ans, la durée de leur journée de travail à six heures, n'est pas rigoureusement observée.
Enfin, « les conditions générales du travail sont, dans l'ensemble, très défectueuses, surtout au point de vue de l'hygiène et de la sécurité des travailleurs ; en dehors de quelques fabriques modernes — ainsi dans l'industrie bouchonnière — la plupart des établissements sont mal tenus, sales et en désordre, les locaux sont trop petits et insuffisamment éclairés et aérés, les machines dangereuses ne sont pas pourvues d'appareils protecteurs'. »