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2. Nous avons incorporé dans ce chapitre la majeure partie d"une étude parue dans le Musée Social, Mémoires et Documents, nov. -1907.

90 LA Ol ESTION SOCIALE EN ESPAGNE

occupent 2.657 ouvriers et 123 femmes ; celles de Vizcaya, avec 2. iOa hommes et 149 femmes : toutes deux appartiennent à la même société; enfin, les Astilleros del Ne?'vion, vastes chantiers de construction, à Sestao, où travaillent 1.300 ouvriers.

Dans le monde des travailleurs étrangers à l'industrie minière, il n'y a pas eu. de 1890 à octobre 1903, plus de 32 grèves, dont 10 seulement ont abouti : o ont eu pour cause la question des heures de travail. 10 l'augmentation de salaire. 4 l'une et l'autre cause, T, le renvoi ou l'admission d'ouvriers; 6 enfin ont obéi à des raisons diverses ou restées obscures.

Au contraire, dans la zone minière de Biscaye, en négligeant dix-sept grèves partielles — que je n'ai pas l'intention d'étudier séparément — , on ne compte pas moins de quatre grèves générales en seize ans, de 1890 à 1900. A peu de chose près, ce sont, au reste, les mêmes revendications que Ton retrouve aux différentes époques dans la bouche des orateurs grévistes — en 1890. en 1892, en 1903, en 1906 — : ce qui donnerait à penser que les solutions qui ont terminé, sous la pression des autorités, les premières grèves n'ont pas dû être scrupuleusement observées dans l'intervalle par les patrons.

Il faut signaler, d'autre part, une tendance des ouvriers mineurs à se montrer toujours plus exigeants et à inscrire dans leurs revendications des desiderata qui figurent au programme socialiste en tous pays : ce qui est Ja preuve manifeste de l'influence du parti dans cette région.

Au printemps de 1890, une vive agitation se manifesta dans les mines de fer de Bilbao. Les travailleurs se plaignaient qu'on les obligeât à habiter dans des baraquements insalubres et à s'approvisionner dans des magasins ou cantines exploités par les entrepreneurs ou contremaîtres [capataces) . Comme lors de grèves partielles précédentes, ils réclamaient aussi avec insistance la diminution des heures de travail et la suppression de journées extraordinaires. Le renvoi de cinq mineurs de la compagnie Orconera — la plus importante société minière de la région — servit de prétexte à la grève, qui fut proclamée le 13 mai et s'étendit rapidement aux différentes autres mines et même aux hauts fourneaux, ateliers de construction maritime, ainsi qu'aux débardeurs des quais et aux ouvriers des diverses fabriques. En présence de ce soulèvement de vingt et un mille grévistes, on décréta l'état de siège et le gouverneur de Saint-Sébastien, le général Loma, fut envoyé à Bilbao, à la tête d'un fort contingent de troupes. La grève fit quelques victimes, mais l'énergie du général Loma suffit à prévenir une plus grande effusion de sang. Ses efforts habiles et intelligents furent couronnés de succès, et les parties se mirent assez vite d'accord sur l'arrangement suivant : 1° les patrons devaient laisser aux ouvriers toute liberté d'habiter où bon leur semblerait; 2° les ouvriers auraient la faculté de s'approvisionner dans les magasins à leur choix : il était interdit aux contremaîtres et entrepreneurs de tenir des cantines et de vendre des aliments

d'aucune sorte; 3° la journée de travail était fixée à dix heures toute l'année, l'excédent des mois d'été compensant l'insuffisance des mois d'hiver : en janvier, février, novembre et décembre, neuf heures; en mais, avril, septembre et octobre, dix heures; en mai, juin, juillet et août, onze heures.

Deux ans après ce fameux bando ou manifeste du général Loma, la grève éclata de nouveau. Elle fut générale dans toutes les mines, mais elle ne s'étendit pas aux autres corps de métiers. Cette grève avait à peu près les mêmes causes que celle de 1890. mais l'issue en fut toute différente : au bout de quinze jours, les ouvriers se décidèrent à reprendre le travail, sans avoir rien obtenu.

Jusqu'en 1903, nous n'assistons plus qu'à des mouvements particuliers dans différentes mines. En 1894, 2. 000 ouvriers se mettent en grève, sous prétexte qu'on avait augmenté les heures de travail, que le pain fourni dans les magasins de vente était de mauvaise qualité et qu'on les obligeait à se fournir d'aliments dans des cantines déterminées : ce qui laisserait supposer que le bando du général Loma était resté à peu près lettre morte. L'intervention du gouverneur civil préfet) suffit cette fois à mettre fin au conflit.

D'autres grèves partielles, en 1893, en 1898, en 190:2, causées par l'augmentation des heures de travail dans certaines compagnies, ou par le renvoi d'ouvriers, n'aboutirent, en général, à aucun résultat. Au contraire, dans un petit nombre de cas déterminés, les grévistes obtinrent une augmentalion de salaire.

La grève générale de 1903 eut un retentissement tel, qu'elle détermina l'envoi à Bilbao dune délégation spéciale de l'Institut de réformes sociales de Madrid, qui, après une enquête consciencieuse sur les lieux, publia le résultat de ses informations dans un volume de plus de trois cents pages1.

Cette grève eut à la fois des causes économiques et sociales, tenant à la condition de la vie de l'ouvrier, et des causes politiques, se rattachant à la propagande du socialisme dans la région.

Les ouvriers réclamaient le paiement des salaires hebdomadaires, ou au moins bimensuels, et la suppression des cantines obligatoires tenues par les capataces. Mais, à en croire le mémoire rédigé par le gouverneur, ce n'était là qu'un des prétextes: la vraie raison devait être cherchée, selon lui, dans la rivalité de deux des meneurs du parti socialiste, jaloux de se concilier les faveurs de la masse ouvrière.

Une pétition adressée au Cercle minier — associalion de la plupart des propriétaires de mines de la

1. Informe referente a las Minas de Vizcaya (Madrid, Imprenla de la sucesora de M. Minuesa de los Rios. 1904). L'ouvrage contient deux parties : un exposé très documenté et très impartial des faits, rédigé par D.Julio Puyol y Alonso, secrétaire de la commission, et une double série d'appréciations par D. Rafaël Salillas et D. Eduardo Sanz y Escartin, membres de la commission. Mais tandis que M. Salillas se montre favorable aux ouvriers, dont il étudie longuement la situation, et assez sévère à l'égard des patrons, M. Sanz y Escartin donne à la grève générale de l'.lOo comme « causes réelles » : l'intérêt mercantile des débitants de la zone et l'action socialiste ; tout en reconnaissant la difficulté de la vie pour l'ouvrier à cause du prix élevé des subsistances, il déplore que l'autorité ne prenne pas les mesures suffisantes pour protéger la liberté du travail et pour prévenir les délits.

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