‹ La question sociale en EspagneChapitre 41 sur 187 · C BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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région — parles présidents et secrétaires des divers groupements socialistes n'eut pas de suite, le Cercle minier se refusant à reconnaître le droit des pétitionnaires de parler au nom de la majorité des ouvriers, dont ils ne représentaient pas la dixième partie.

En octobre, les ouvriers tentèrent une seconde fois — par l'entremise du gouverneur civil — d'obtenir le paiement hebdomadaire; mais le Cercle minier persista dans son refus de prendre aucune décision, sous prétexte que les ouvriers devaient s'adresser à leurs patrons respectifs. Quelques jours après, la grève fut proclamée dans le bassin minier de Triano, et elle s'étendit vite aux autres mines. Les patrons manifestaient que le paiement hebdomadaire ne répondait nullement à un besoin de la part des ouvriers, que ce n'était qu'une revendication que leur avait imposée le parti socialiste pour complaire aux débitants et commerçants de la région. Quant aux baraquements et aux cantines, déjà condamnés par le général Loma, ils ne constituaient, au dire des patrons, qu'une très rare exception. Enfin les patrons exigeaient, avant de faire la moindre concession, une reprise immédiate du travail, et ils allaient, malgré l'entremise du gouverneur, jusqu'à refuser leur porte aux délégués ouvriers, dans lesquels ils ne voyaient que « des émissaires et des satellites des chefs du parti socialiste ».

Cette intransigeance de la part des patrons fut cause que la grève prit vite un caractère inquiétant.

LA CONDITION DU PROLÉTARIAT DE i/ INDUSTRIE 101

Les actes de violence se succédèrent dans les mines; à Bilbao, les ouvriers se ruaient à l'assaut des boulangeries et des magasins de comestibles, arrêtaient les voitures et les tramways, pillaient les marchés. Ainsi qu'il est coutume en pareille circonstance, l'état de siège fut proclamé et le gouvernement envoya de Burgos le général Zappino avec «l'importants renforts. Comme le général Loma en 1890, le général Zappino chercha à jouer le rôle d'arbitre ; il y réussit, non sans peine, et le 31 octobre parut son bando, où se trouvent consignés les arrangements obtenus des patrons : l°les ouvriers devaient reprendre le travail dès le 2 novembre ; — 2° à partir du 1er janvier 1904, le paiement des salaires se ferait par semaine; — 3° sous aucun prétexte, on ne pourrait obliger les ouvriers à s'approvisionner dans des boutiques déterminées; — 4° la commission d'hygiène de la province devait exercer la plus rigoureuse surveillance sur les vivres débités dans les magasins et cantines situés dans la zone minière, pour empêcher la vente d'objets avariés.

La grève était terminée. Tandis que la commission de l'Institut de réformes sociales parcourait la province, le gouvernement de Madrid étudiait un projet de loi relatif au paiement du salaire et aux cantines obligatoires. M. Garcia Alix, ministre de l'Intérieur , en donna lecture à la Chambre des députés le 11 novembre; il y était dit que, dorénavant, on ne paierait plus les salaires qu'en monnaie métallique ou en valeurs fiduciaires ayant cours dans le pays, et qu'on ne pourrait obliger l'ouvrier

à s'approvisionner dans des cantines ou magasins déterminés.

La situation demeurait tendue à B.ilbao. Les patrons reprochaient à l'autorité de n'avoir pas pris, lors de la grève précédente, les mesures nécessaires pour protéger leurs personnes et leurs propriétés et d'avoir laissé sans sanction tous les excès commis par les ouvriers. Ces derniers, de leur côté, se plaignaient que le banda du général Zappino ne fut pas respecté par les patrons.

Au mois d'août 1906, la grève éclata de nouveau. Comme pour les soulèvements antérieurs, on avait choisi cette époque, parce qu'on estimait que l'insuffisance de bras dans les mines, ù la suite du départ des «ambulants)) pour leurs pays d'origine, devait rendre les compagnies plus accommodantes. C'était aussi le moment où Bilbao préparait de grandes fêtes en vue de la réception des souverains espagnols.

Les ouvriers réclamaient : 1° la réduction de la journée de travail à neuf heures en tout temps ; — 2° la suppression du travail à la tâche ; — 3° une augmentation de 50 p. 100 du prix de l'heure pour les travaux extraordinaires, c'est-à-dire pour le travail des dimanches et jours fériés ; — 4° enfin, la reconnaissance par les compagnie^ dis sociétés ouvrières.

Les patrons répondaient : 1° que la réduction du

travail demandée n'était qu'un premier pas vers la journée de huit heures, un des points essentiels, comme on sait, du programme socialiste; qu'il n'y avait aucune raison particulière de fixer la durée de la journée à neuf heures dans les mines de Biscaye, où le travail, qui se fait à air libre, est moins pénible que dans les mines souterraines et dans les fabriques, ou même qu'aux champs, en Espagne comme à l'étranger.

2° Que le travail à la tache, loin d'être défavorable aux ouvriers, leur permet de diminuer la durée de leur journée, ou d'augmenter leur salaire, ou les deux à la fois. La suppression par voie de l'autorité serait, d'ailleurs, illégale, car elle irait à l'encontre de la liberté du contrat de travail, telle qu'elle est consignée dans les lois.

3° En ce qui concerne le taux des salaires pour les journées de travail extraordinaire, il résulte d'un accord survenu dans chaque cas particulier entre patrons et ouvriers. LWssociation générale des patrons mineurs n'a point le droit d'intervenir en la matière en acceptant un taux général et unique. Elle ne croit pas, d'ailleurs, qu'il y ait à fixer un salaire supérieur pour les dimanches et jours fériés, attendu que les ouvriers sont les premiers à demander à travailler ces jours-là.

4° Enfin, les patrons refusaient de voir dans les sociétés ouvrières, dites « de résistance », la représentation de tous les ouvriers mineurs, attendu que le nombre de ceuv qui sont affiliés à ces sociétés (968) ne représente, par rapport au chiffre total des

travailleurs des mines (10.675), que 9,00 p. 100. renvoi d'un ouvri ar la compagnie de Triano servit de prétexte à la grève, qui fut déclarée le 19 août. Générale dans tout le bassin minier, elle s'étendit à nombre de fabriques et d'ateliers de la région et gagna même Santander. Mais, faute de moyens de résistance et déconseillés par le leader du parti socialiste, Pablo Iglesias, les ouvriers ne tardèrent pas à se rendre à discrétion. Le 2 septembre, le travail était repris à Bilbao. Le lendemain, le yacht royal la Giralda entrait en rade, et Alphonse XIII consentait à recevoir à son bord une délégation des ouvriers conduits par le compagnon' Ferez, conseiller municipal socialiste de Bilbao. En retour de la promesse des ouvriers de reprendre le travail, le souverain donna sa parole de porter leurs réclamations devant l'Institut de réformes sociales et de faire étudier par son gouvernement une loi favorable aux ouvriers.

Peu de temps après, en effet, fut déposé au Cortès un projet de loi très complet sur le contrat de travail1. Mais ce n'est ni ce texte — qui n'a [tas encore reçu l'approbation législative, — ni quelques réformes particulières récentes qui suffiront à maintenir la paix dans la région minière de Bilbao.

A leurs réclamations de la grève précédente — qui n'ont pas encore reçu satisfaction — les ouvriers en ont ajouté une cinquième : l'augmentation de 10 p. 100 du salaire.

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