Veir infra, pp. 131 et suiv
Voici, d'autre part, des renseignements qui m'ont été communiqués à Bilbao sur le salaire moyen des divers corps de métiers dans cette ville: maçons, 5.50 piécettes : tailleurs de pierre, 5: boulangers. 4,5: typograplies, 4 ; forgerons, 5,50: ajusteurs, 6; tourneurs, c ; mouleurs, 5; chaudronniers, 6. Dans les établissements métallurgiques, la moyenne des salaires est de 3,75 à 4 pesetas.
Il y a à cela — nous l'avons dit — des raisons multiples. Des causes d'ordre général, d'abord, comme la série des funestes événements politiques qui continuent à peser sur les finances espagnoles, comme la politique économique adoptée à Madrid et si contraire aux véritables intérêts du pays, l'élévation des droits dédouane1, la crise du change, qui ont amené une augmentation considérable, principalement du prix des objets d'alimentation et des loyers, ces dernières années.
Il convient aussi de parler des droits d'octroi, qui, dans les provinces basques, sont plus lourds encore que dans les autres régions de la Péninsule. Cela tient au régime fiscal particulier de ces provinces, qui rachètent par un tribut annuel les impôts payés dans le reste du royaume. C'est l'octroi qui alimente surtout ce tribut. Il existe ainsi des octrois de province — au moins pour les vins, huiles, alcools, bières et sel — qui s'ajoutent aux octrois de ville pour élever le coût des subsistances. A Galdacano, près de Bilbao, une barrique de vin de 90 piécettes paie 20 piécettes à la province et 30 piécettes à la commune; la viande est taxée à 0 fr. 10 par livre. Cette petite commune touche annuellement 40.000 piécettes pour le vin et 20.000 réaux (le réal vaut 0 fr. 25) pour la viande.
Sur un chiffre total de près de 7 millions, que représente le budget de Bilbao, près de la moitié (exacte-
1. On pourra consulter, à ce sujet, notre étude La politique douanière de V Espagne dans les Annales des Sciences politiques, mai l'JOT. Si le change a baissé de façon remarquable depuis la fin de l'année 1905 , il ne parait pas qu'il en soit résulté une diminution du prix des denrées et des objets de première nécessité.
ment 3.307.670 pesetas sont fournis par l'octroi. La viande de bœuf paie dix piécettes (par 100 kilos), celle de porc, autant; dix piécettes également l'huile et le lard salé : le vin commun paie quatorze, le charbon végétal 0.50, le pétrole deux piécettes, etc.
La nourriture de l'ouvrier mineur se compose principalement de tasajo, viande de bœuf salée, importée de la République Argentine ; de tocino, lard salé ou frais ; en moindre quantité, de bacalao ou morue fumée, de garbanzos (pois chiches) et de pommes de terre. Le vin et Vaguardiente (eau-devie anisettée) — qu'il boit d'ailleurs, en très petite quantité — sont, d'ordinaire, détestables.
Voici, d'après l'enquête de 1904, la ration mensuel!" de l'ouvrier (les chiffres des trois colonnes correspondent aux différentes mines qui ont servi d'exemples) :
Pain (kilos) 60 60 60
Tocino » 5 4 3
Tasajo » 3 4 2
Garbanzos et haricots (celemines) . .323
Pommes de terre (quintal 1 1 1
Vin [cuartillos) 30 60 15
Aguardiente (petits verres) 30 30 60
En dix ans, de 1893 à 1903. on calcule les augmentations suivantes sur les denrées alimentaires : le pain, 6,06 p. 100 ; la viande, 50 p. 100 ; le tocino, 35,71 p. 100 ; les haricots, 17,39 p. 100 ; les garbanzos, 14,28 p. 100 ; le vin. 30 p. 100 ; la morue, 55,55 p. 100 ; les pommes de terre, 53,84 p. 100, etc., etc. Les salaires sont loin de s'être élevés dans les mêmes proportions !
LA CONDITION DL PROLÉTARIAT DE L'INDUSTRIE lia
Les compagnies minières se sont efforcées de remédiera cet étal de choses dans la mesure de leurs forces. A défaut de coopératives, que le petit nombre des travailleurs établis à résidence fixe dans la région rend à peu près impossibles, elles ont créé en 1903 trois économats: à Gallarta, Ortuella et à lu Arboleda. qui vendent différents produits au prix de revient. Les patrons fournissent le capital, mais les ouvriers interviennent dans l'administration.
Les ouvriers, qui voient ces institutions patronales avec une certaine défiance, continuent à s'approvisionner le plus souvent dans le commerce privé. Ces économats n'en remplissent pas moins leur but, qui est de régularise]' les prix et d'empêcher des abus de la part des négociants et des débitants.
En tenant compte des sommes défalquées à cette époque des salaires pour assistance médicale et pharmaceutique (ces retenues n'existent plus, ainsi que nous le verrons plus loin), des cotisations aux sociétés de secours mutuels, etc.. la commission de 1904 établissait le budget du mineur sur les bases suivantes :