Voir supra, p
2. D'après J-.-J. Morato, dans le Heraldo de Madrid . 30 juin 1908.
pommes de terre, de légumes secs, de viande, de lard, de morue, d'huile (ou de beurre), de café, de sucre et de vin, en y ajoutant le sel et le charbon, le savon et le pétrole, pour la préparation des aliments, la propreté et l'éclairage, coûtera annuellement :
A Madrid 1.138,80 pesetas
A Paris 737.30 francs
A Bruxelles 602,25 »
La dépense minima de vêtements et de chaussures est :
A Madrid . , 100 pesetas
A Paris et Bruxelles 55 francs
Le même type d'habitation coûte :
A Madrid 180 pesetas
A Paris et à Bruxelles 360 francs
Au total, les dépenses annuelles sont pour chaque famille :
A Madrid 1.418,80 pesetas
A Bruxelles 1.017,25 francs
A Paris 1 . 152,30 »
Il reste donc à chaque famille :
A Madrid 81,20 pesetas
A Bruxelles 707,75 francs
A Paris 1.3"2,70 »
Il résulte de ces chiffres que le salaire est de 15 p. 100 plus élevé à Bruxelles et de 69 p. 100 plus élevé à Paris qu'à Madrid ; qu'une même alimentation coûte à Madrid 54 p. 100 plus cher qu'à Paris et 89 p. 100 qu'à Bruxelles; que le linge et le
vêtement sont 81 p. 100 plus chers à Madrid qu'à Bruxelles et qu'à Paris; enfin, qu'une même habitation coûte 100 p. 100 moins cher à Madrid qu'à Bruxelles et qu'à Paris.
Cette dernière constatation mérite, cependant, quelques explications. Si la question des logements ouvriers s'est posée plus récemment à Madrid que dans les deux autres capitales, elle est loin d'y avoir provoqué les mêmes initiatives, de la part de l'État, des municipalités ou des individus. 11 fut un temps — pas très éloigné — où les ouvriers madrilènes vivaient dans les mêmes maisons que la bourgeoisie. Celle-ci occupait les divers étages, tandis que les prolétaires vivaient dans les mansardes et les soubassements. Cette vie, côte à côte, qui favorisait l'assistance du pauvre par le riche, atténuait nécessairement l'acuité de la question sociale. 11 en fut autrement, lorsque le développement de l'industrie, en augmentant de façon considérable le nombre des travailleurs des villes, obligea de construire des « quartiers d'ouvriers » [barrios de pbreros), à l'imitation de ce qui se passe en d'autres pays. En même temps, le luxe des classes moyennes augmentant amena à construire pour celles-ci de luxueuses maisons, d'où fuient naturellement exclus les ouvriers. Dans les budgets de la municipalité, les quartiers des pauvres furent naturellement sacrifiés aux quartiers des riches : le fossé entre les deux grandes classes de la société s'en trouva élargi.
Il se produisit, enfin, ce qu'il a été possible de
constater, un peu en tous pays, dans les centres industriels et les grandes agglomérations : à savoir, l'accumulation d'habitants dans des espaces trop petits pour les contenir tous. A Madrid, le chiffre des travailleurs de l'industrie s'est accru depuis 1870 dans des proportions autrement considérables que le développement de la ville en étendue, et il en est résulté que les logements ont augmenté de prix, tout en devenant de plus en plus réduits. En 1888, on comptait dans la capitale espagnole 14.571 édifices pour une population de 470.283 habitants. En 1900, il n'y a pas plus de 15.382 édifices pour 539.835 habitants. Le problème des logements ouvriers est donc un de ceux qui réclament avec le plus d'urgence l'attention des pouvoirs publics. Il ne se pose pas, d'ailleurs, seulement à Madrid, mais aussi dans tous les grands centres de la Péninsule, et même et surtout dans les campagnes1.
Pour revenir aux statistiques précédentes, nous constatons que les budgets des familles ouvrières, dans les trois capitales, prises à titre d'exemples, s'équilibrent ainsi :
à Madrid à Bruxelles à Paris
Nourriture. 75 p. 100 34 p. «00 30 p. 100 du salaire
Logement .12 » 20 » 14 » »
Vêtements. 6 » 3 » 2 » »
Excédent 7 » 43 » 54 » »
Malgré sa cherté relative, la nourriture de Fouvrier madrilène est le plus souvent inférieure en qualité à celle de l'ouvrier parisien ou bruxellois.