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LE PAYSAN EN ANDALOUSIE

Le n'est guère qu'en 1893, à la suite des troubles de Xérès, que les pouvoirs publics se sont préoccupés d'étudier la condition des populations rurales du midi de l'Espagne, qui sont de toutes, en effet, les plus dignes d'attention. L'enquête officielle entreprise à cette occasion ne donna, (Tailleurs, que de maigres résultats. Aussi fut-elle reprise, quelques années plus tard, par la Commission de Réformes sociales, en vertu d'une circulaire du ^24 juillet 1902, en Andalousie et en Estrémadure. Les conclusions de cette enquête ont été réunies dans un volume publié par les soins de l'Institut ;.

Pour 800 municipalités andalouses consultées, nous avons les réponses de 732, concernant les salaires de 51.525 ouvriers mâles adultes.

De ce chiffre :

Gagnent! peseta ou moins . ....... 2.143

1. Resumende la Information acerca de los obreros agricolos en las provincias de Andalucia y Extremadura (1905).

Gagnent 1,50 peseta 24.563

» plus de 2 pesetas 818

Le salaire moyen esl donc de 1,50 par individu et par journée de travail. En ne tenant compte que du repos dominical et des jours fériés, il restera deux cent quatre-vingt-quinze journées de travail représentant un salaire total de 442,50 pesetas.

Le questionnaire adressé aux municipalités par la Commission de Réformes sociales calculait que chaque famille ouvrière, en dehors du père et de la mère, comprenait trois enfants, soit un total de cinq individus, et en ce qui concerne le salaire de tous les membres de la famille, en dehors du père, 683 municipalités répondent qu'il n'est pas supérieur à 1,30 peseta par journée, soit 383,50 par an.

En additionnant ces deux chiffres, on voit que — dans les conditions les plus favorables — le budget d'une famille andalouse comprend, aux recettes, 826 pesetas par an.

Quel est, en regard, le chiffre des dépenses ? Il est de :

Moins de 500 pesetas pour 21 municipalités

De 500 » » 20 »

De 950 pesetas pour 46 municipalités

Plus de 1.000 » » 137 »

Sur le genre de vie des familles ouvrières, les municipalités consultées donnent peu de renseignements : 124 déclarent que l'alimentation donnée par les patrons est égale à celle que se procurent les ouvriers, 208 certifient qu'elle est meilleure et 5 seulement qu'elle est pire. Quelle est cette alimentation ?

C'est ce que nous apprend une enquête publiée, il y a quelques années, par le chef du service agronomique de la province de Séville, M. Noriega : l'alimentation ordinaire donnée par les patrons à l'ouvrier consiste, mensuellement, en 42 kilogrammes de mauvais pain, 3,12 litres d'huile, 4,12 litres de vinaigre, 0,50 de sel et d'ail, et des légumes secs et des fruits de mauvaise qualité, pour une valeur de 2,20 pesetas.

M. Noriega nous indique aussi que les journées de travail ne dépassent pas 280 pour l'ouvrier mâle adulte, et 120 pour la femme et l'enfant.

Il résulte clairement de ces enquêtes qu'en dépit d'une alimentation détestable, le budget de la famille ouvrière se traduit presque forcément dans la plupart des localités par un déficit. Un autre point qui ressort de l'information de la Commission de Réformes sociales, et sur lequel le président intérimaire de cette Commission appelait l'attention du ministre de l'Intérieur, c'est le développement inquiétant des associations ouvrières agricoles en Andalousie,

ayant un caractère révolutionnaire. Il \ a assurément, en effet, un rapport étroit entre la situation faite aux travailleurs dans le midi de l'Espagne et les émeutes, qui ont éclaté dans ces régions, à diverses époques l. Ces prétendues manifestations de l'anarchisme ne sont, le plus souvent, que des soulèvements provoqués par la faim, qui se reproduisent après chaque mauvaise récolte.

La campagne andalouse. si vantée d'ordinaire pour sa fertilité et sa beauté, est souvent très pauvre, en réalité. On y distingue la plaine (campiha ou llano) et le plateau (.sierra). Si la plaine rapporte suffisamment dans les bonnes années, le plateau, au contraire, produit peu et demeure davantage soumis aux brusques écarts de la température. La productivité de l'olivier est excessivement capricieuse et les céréales souffrent du manque de pluies. Une année de sécheresse et la récolte est perdue. Les pauvres gens, sans ressources et sans travail, s'assemblent dans les villages et pillent les boulangeries... Le gouvernement fait intervenir la « garde civile » (gendarmerie) et met en adjudication quelques travaux publics — routes ou canaux — afin de donner un peu de travail à tous ces affamés.

Ce ne sont pas là, il faut en convenir, des remèdes suffisants : la situation est d'autant plus inquiétante que c'est sur la population des campagnes, d'ordinaire d'esprit conservateur, qu'ont coutume de s'appuyer les gouvernements, en tous pays, pour

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