Fomeulo de la Poblaciôn Rural, 2e édition
le péril de la révolution sociale, suspendu au-dessus de leurs têtes ?
On cite effectivement le cas de grands seigneurs, qui ont divisé d'eux-mêmes leurs domaines en un certain nombre de lots, qu'ils ont cédés, moyennant le paiement d'une redevance annuelle très modérée, à leurs ouvriers agricoles, en emphytéose, en fermage, en amodiation, ou même en propriété.
C'est ainsi que, dans une étude publiée en 1904, M. Liera y Eraso parle du système pratiqué par le comte de Torres Cabrera, par la maison de Medinaceli, par d'autres propriétaires encore, qui possèdent de vastes domaines dans les provinces de Cordoue et de Sévi] le, « dont ils ont affermé une partie pour une redevance modique et à long terme : les fermages se transmettent de père en fils, aux mêmes conditions, si bien que les fermiers arrivent à se considérer comme propriétaires » *. Certains grands seigneurs fonciers, comme le duc d'Albe dans son domaine de Carpio (province de Cordoue), Dona Luisa Bassencourt à Montemayor, ont préféré donner leurs terres en propriété après un terme de vingt ans, à charge pour les premiers titulaires de ne céder leur titre de propriété qu'à leurs héritiers. La maison d'Uceda, dans ses immenses cortijos de Espejo, l'impératrice Eugénie à Ardales, ont également procédé à des partages de terres entre les cultivateurs.
M. Liera y Eraso est lui-même propriétaire en
1. Mémoire lu au Congrès de la Fédération Bélico-E.rlreiui y Canaria tenu à Grenade, les 27-31 mai l'J04.
Andalousie de 8.000 hectares de terre, et il a mis ses propres idées en pratique, en affermant la moitié de ses domaines à long terme, et en donnant l'autre moitié en pleine propriété, à la condition d'y planter des vignes.
Une autre tentative, digne d'être mentionnée, est celle du marquis de Bonanza, dans un domaine appelé El Llano de Piriillo, près de Jerez. « C'était une terre si mauvaise que, Tannée antérieure, on l'avait donnée à labourer gratuitement, en la répartissant, en petits lots, entre paysans de la contrée, vieux et pauvres1. » Le travail du colon y opéra une telle transformation, que le propriétaire se décida à en faire le partage définitif.
Le Mémoire du Jury du concours de 1903 cite encore le cas d'un certain nombre de domaines, notamment dans la zone montagneuse de Jaen, que leurs propriétaires ont divisés en parcelles, variant de un à cinquante hectares, puis cédé à leurs ouvriers pour une durée de douze ou quinze ans, à la charge de les défricher et de les planter en oliviers ou en vignes. Au bout de ce terme, les terres sont partagées par moitié entre le tenancier et ses employés. Le bracero devient ainsi propriétaire.
Ces tentatives n'ont pas toujours réussi, on doit le reconnaître. On rappelle souvent le cas de ce philanthrope de Lora del Rio, qui divisa par testament son domaine en parcelles destinées aux plus pauvres de ses ouvriers : au bout de peu de temps, la plu-
1. Bayer y Bosch. El latifundia ante el prohlcnui agrario (Lerida, 1904).
part des bénéficiaires avaient vendu leurs lots et une grande propriété s'était reconstituée. Mais cet échec isolé — dû à des circonstances particulières, comme une mauvaise récolte — ne saurait servir d'argument, puisqu'on peut lui opposer d'autres cas, où l'initiative prise par les propriétaires a donné d'heureux résultats.
L'exemple de Lora del Rio. montre simplement l'utilité de l'association pour les prolétaires, devenus à leur tour propriétaires, et, d'autre part, la nécessité pour les pouvoirs publics d'intervenir en leur faveur.
On sait l'importance prise dans certaines régions italiennes, notamment en Lombardie, en Emilie, en Sicile, par les fermes coopératives (affilanze collective). Des associations ouvrières afferment de grandes étendues de terrains, qu'elles exploitent à leur compte avec le concours volontaire des associés [affilanze a conduzione imita), ou bien les terres sont divisées en lots répartis entre les associés, chacun d'eux demeurant indépendant sans autre obligation que de verser la quote-part du prix du fermage (affilanze a conduzione divisa). Ce régime d'exploitation, d'une extrême simplicité, implique aussi de grands avantages : le propriétaire, au lieu de risquer de se heurter à un insolvable, a affaire à une société responsable, et il peut se montrer, par suite, plus accommodant sur le prix demandé. Quant à l'ou-
vrier, ii travaille sur son terrain, paie moins de fermage, et recueille tout le bénéfice de son activité et de son intelligence, sans compter les nombreux profits qu'il retire de l'association.
De l'avis du professeur Vito Rassalagua1, ces affitanze collective seraient la seule solution qui conviendrait en Sicile. Or, la question agraire dans celte région n'est pas sans présenter bien des ressemblances — comme nous l'avons vu — avec celle d'Andalousie. 11 semblerait donc qu'on dût appliquer ici et là les mêmes remèdes. Malheureusement, ces sortes de coopératives se heurtent en Espagne à un esprit individualiste à l'excès, hostile à toute idée d'association. C'est tout juste si, dans un des Mémoires du concours de 1903, on trouve mentionné un exemple, qui prouve que cette idée, d'importation italienne, pourrait s'acclimater au sud des Pyrénées. Un certain nombre d'ouvriers d'un petit village andalou — dit le mémoire — ont affermé pour six ans un terrain en friche (dehesa), en donnant en garantie des immeubles appartenant à quelques-uns d'entre eux. Puis ils ont créé une coopération, labourant et semant leur terre en commun, sans renoncer pour cela à leurs occupations particulières sur les domaines étrangers.
« Ils espèrent ainsi — ajoute le mémoire — constituer, au bout de six ans, un capital d'au moins 125.000 pesetas à répartir entre les associés, qui sont au nombre de Î240...2. » Les six années sont
\. I lalifundi e le lerje agrarie.