‹ La question sociale en EspagneChapitre 64 sur 187 · Voir infra, p. 367 et suivantes · texte numérisé non relu

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de Léon, — où le problème social agraire offre un aspect tout différent. La terre y est morcelée à Tinfini entre une multitude de pauvres laboureurs, qui pourraient s'en croire les maîtres, s'ils n'étaient tenus, en vertu de conventions, souvent fort anciennes et rarement écrites, connues sous le nom de foros, de payer au « seigneur » du domaine direct des redevances annuelles parfois très lourdes, alors que le produit brut de leurs misérables lopins ne suffit même pas à leur existence et à celle de leur famille.

Cette situation a des origines fort anciennes et s'est imposée, depuis longtemps, à l'attention des pouvoirs publics. Sans remonter plus avant dans l'histoire de l'Espagne, on peut citer l'opinion des écrivains et des politiques de l'époque de Charles 111, de Campomanes, du comte de Floridablanca, du comte de Aranda (1771) , plus tard la célèbre enquête de Jovellanos (1789), enfin les ouvrages justement réputés de Colmeiro et de Caballero1. Tous, ministres et économistes, sont unanimes à reconnaître les dangers qui résultent de l'excessive parcelaciôn du sol, contraire aux progrès de l'agriculture et à la paix sociale. L'enquête officielle « sur la crise agricole et du bétail » de 1886 les mit davantage encore en lumière, principalement dans le nord-ouest de l'Espagne2.

1. Colmeiro, Memoria sobre el modo mâs acerlado de remédiai- los maies inhérentes â la extremada subdivision de la propiedad en Galicia (1842).

Caballero. Memoria sobre el Fomento de la poblaciôn rural (1863).

2. Sur ces divers points, voir notamment Diego Pazos y Garcia. Dis-

Si, en effet, ce phénomène du morcellement se retrouve, plus ou moins, dans toutes les régions de la Péninsule — il existe même dans certaines parties de l'Andalousie et de l'Estrémadure où l'on rencontre, côte à côte, des latifundia et des minimifundios, — il ne revêt pas partout le même caractère. Il est évident, par exemple, que si le sol est aussi morcelé dans les vegas de Valence et de Murcie, cela n'entraîne pas les mêmes conséquences déplorables — bien au contraire, — parce que la culture y est plus intensive et la production plus variée, que dans les Asturies et en Galice, par exemple, où la principale culture est constituée par les céréales.

Cette dernière province se différencie, à d'autres égards, du midi de l'Espagne. La densité de la population y est beaucoup plus forte et les pluies y sont fréquentes, presque continues même de décembre à avril. Pourtant, la misère n'est pas moindre en Galice qu'en Andalousie, et même il n'est pas de région de la Péninsule qui fournisse un plus fort contingent à l'émigration. S'il en résulte pour le pays, à certains points de vue, un accroissement de la fortune publique, en revanche, l'émigration a pour résultat d'enlever à l'Espagne — souvent définitivement, quoi qu'en ait dit M. Besada, — nombre d'enfants, qui seraient nécessaires pour mettre en valeur son propre sol1.

posiciones r/ue podrian irnpedir en Espana la division de la fincas rusticas cuando esta division perjudica al cultivo (Mémoire couronné par l'Académie royale des sciences morales et politiques, Madrid, 1900). pp. loi et suiv.

1. L'ancien ministre de l'Agriculture, M. Besada. originaire lui-

L'Etat ne saurait se désintéresser, non plus, du sort de ces malheureuses populations. La peinture qu'en a faite, au xvme siècle, le Père Feijoo, dans son Teatro critico, semble encore vraie aujourd'hui1. C'est la pomme de terre qui forme la base de leur alimentation. Lors de l'enquête de 1887, la Commission de Pontevedra déclare qu'il revient à chaque habitant un kilo de viande et une livre d'huile. La municipalité de Kibadavia indique que les salaires courants sont de 6 -à 8 réaux (1,50 à 2 pesetas) pour les hommes, de 3 à 4 pour les femmes (0,75 à 1 peseta), pour des journées variant de sept à douze heures, avec des repos d'une demi-heure pour le déjeuner et d'une heure pour le dîner. La plupart des paysans possèdent bien, en général, un lopin de terre, mais les charges qui le grèvent diminuent le revenu qu'ils en retirent de 75 p. 100.

Ces charges — provenant tant de la mauvaise répartition de l'impôt que du régime de la propriété — compliquent encore le problème, au point de rendre bien difficile, sinon impossible, l'établissement de règles générales. Ce n'est pas, eependant,

même de Pontevedra (Asturies), évaluait, dans une conférence faite à Madrid en l!J04, à cjuarante ou cinquante millions de pesetas les sommes envoyées chaque année à la mère patrie par les Galiciens établis en Amérique : mais ce chiffre, qu'il est bien difficile de contrôler, semble manifestement exagéré.

(Voir supra, p. 134, et José Rocamora, La emigraciôn espaîiola y su reghnen actual de prévention y de garantia, dans la revue madrilène Xuestro Tiempo, avril et juin 190S.)

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