‹ La question sociale en EspagneChapitre 71 sur 187 · F. Moran, loco cit · texte numérisé non relu

F. Moran, loco cit

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Au contraire, dans \esAstu?ies, les fermages perpétuels et héréditaires, qui étaient la règle autemps de Jovellanos, sont aujourd'hui remplacés communément par des contrats d'une durée de un à quatre ou six ans au plus. Jl est vrai que les inconvénients en sont moins considérables qu'ailleurs, parce que presque tous les colons sont, en même temps, de petits propriétaires. Il en est tout autrement, dans les autres provinces, dans le Midi et aussi dans le Centre : la durée des contrats tend à diminuer, tandis que le taux des redevances ne cesse d'augmenter1. Les propriétaires ne reculent devant aucun moyen pour obtenir ce dernier résultat : ils obligent, par la persuasion ou la force, les colons déjà installés à rompre le contrat et même à. s'expatrier, et procèdent à un fermage aux enchères, où interviennent au besoin des hommes de paille, à la discrétion du propriétaire. Celui-ci « n'a pas d'autre souci que d'augmenter ses revenus, de quelque manière que ce soit, et fût-ce au prix de la misère de nombreuses familles. Comme un colon qui possède cent tètes de bétail lui rapporte davantage que dix, a\ ec dix têtes de bétail chacun, le propriétaire cherche à avoir le moins de colons possible... 11 y en a qui expulsent des villages entiers et en détruisent les maisons pour convertir tout le pays en une seule terre de fermage... Systématiquement, les grands propriétaires dépeuplent ainsi l'Espagne. . .- »

1. V. notamment Espejo. Coslumbres de Devecho y Economia rural (Madrid, 1900).

2. Unaaiuno. dans la Revisla catâlica de las Cuesliones sociales (décembre 1905, p. 759).

C'est ce qui arriva, il y a quelques années, en août ÎOO^, à Campocerrado, dans la province de Salamanque. Ce petit village de 265 âmes appartenait à la famille comtale des Santa Coloma. Depuis un temps immémorial, les habitants jouissaient de la possession des terres, qu'ils se transmettaient de père en fils, etpour lesquelles ils payaient régulièrement les redevances. Ces terres vinrent à être vendues, et le nouveau propriétaire voulut élever la redevance. C'était son droit, reconnu par les lois. Devant les protestations des paysans, il leur donna congé et les fit expulser par les gendarmes : c'était encore son droit \ Mais en présence de tels faits, on ne peut s'empêcher de se souvenir que, dans un cas analogue, Charles III, mettant les droits de l'humanité au-dessus de la loi écrite, refusa, comme nous l'avons vu, de céder aux prétentions des foreros de Galice...

Les propriétaires ne sont pas les seuls responsables. Parfois aussi, la dureté des conditions imposées au colon tient aux exigences des majordomes, administrateurs et autres intermédiaires, qui s'interposent entre le propriétaire et le malheureux fermier. Dans la province de Murcie, si l'administrateur croit remarquer que le colon vit dans une certaine rûsance, il « l'appelle à part » [llama à parte) et exige de lui le versement de « primes », sous la menace de le dénoncer au propriétaire et de faire élever la redevance. En Andalousie, les

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