Voir infra, p. 2o'J
tés de secours mutuels indépendantes catholiques, existant en Espagne le 1er mai 1907.
Mais les résultats de Tune et de l'autre de ces statistiques paraissent notoirement inférieurs à la réalité1.
En ce qui concerne la coopération proprement dite, on peut citer aussi un certain nombre d'institutions dignes d'intérêt.
C'est ainsi qu'à Madrid, la coopérative socialiste, établie à la Casa delTrabajo. en mars 1907, fait des achats pour une valeur mensuelle de G. 000 piécettes. Cette coopérative a été constituée au capital de 25.000 pesetas, divisé en 1.000 actions, ne rapportant pas intérêt. Son but est à la fois « de diminuer le coût des marchandises et de donner des moyens d'action et de propagande au Parti ». Si elle constitue donc un instrument de lutte, elle contribue, en même temps, à l'amélioration du sort de l'ouvrier et conséquemment au maintien de la paix sociale ; et c'est à ce titre que nous en parlons dans ce chapitre.
La « Maison du Travail » madrilène mérite, à elle seule, une mention particulière. Elle peut soutenir la comparaison avec les Maisons du Peuple de Bruxelles, de Rome et de Turin, avec le Vooruit de Garni, la Bourse du Travail de Paris. Elle a été inaugurée l'année dernière, et occupe l'ancien palais des ducs de Béjar, plusieurs fois grands d'Espagne! Caractéristique signe des temps!
1. Le Suc. Las Sociedades de socorros mutuos, Saragosse, 1908 (Bibliothèque de la Paz social). Voir les tableaux-annexes U et V, p. 452 et 453.
Les diverses sociétés ouvrières de Madrid ont consacré à son acquisition et à sa réfection la somme de 500.000 pesetas, représentant le total d'économies, réalisées sou par sou, et sans doute aussi debiendes privations! Ce n'est pas seulement, comme nos Bourses de Travail, un milieu où le^ ouvriers et artisans peuvent discuter librement les questions intéressant leurs professions ; mais les travailleurs y trouvent aussi la satisfaction de tous leurs besoins essentiels. A côté de petites pièces qui servent de bureaux permanents aux diverses sociétés (elles sont au nombre de 99), et de la coopérative de consommation, on trouve un café, des écoles pour enfants, une Université populaire et une bibliothèque. Dans le salon, capable de contenir trois mille personnes — au plafond doré et dont les murs ont gardé leurs anciennes décorations, derniers vestiges d'un aristocratique passé — ou donnera des conférences et des représentations théâtrales.
Voilà une preuve manifeste du développement de l'association ouvrière, à Madrid, en moins de quarante ans, sous l'impulsion surtoutde l'Union générale des Travailleurs et de son actif président, le leader du socialisme au sud des Pyrénées, Pablo Iglesias. En 1874, il n'y avait pas d'autre organisation, dans la capitale espagnole, que la Asocla* cion del Arte de Imprimir, fondée, comme nous l'avons vu, en 1871, qui comprenait moins de 200 individus.
C'est autour d'elle que vinrent se grouper d'autres sociétés récemment constituées. Le local coin-
mun où elles tenaient leurs réunions, prit d'abord le nom de Centro Obrero. Parmi ces associations, Mois sonl particulièrement importantes : celle des maçons Sociedad de Albahiles . qui date de 1886, et qui a fourni, à elle seule, 200.000 pesetas pour Tachai et l'installation de la nouvelle Maison du Travail; Y Union des Cochers de Madrid, qui, après quinze années d'existence, compte 3.500 membres et possède un fonds social de plus de 100.000 pesetas: enfin, l'association des ouvriers boulangers [Sociedad de obrerm panaderos) , fondée en 189:2.
Si elle n'est plus la première en importance, la Société des typographes n'en reste pas moins à la tête du mouvement. C'est d'elle que partent la plupart des innovations, eréées au profit de la classe ouvrière. C'est ainsi qu'après avoir institué une caisse de secours eu cas de décès et de retraites pour les vieillards, elle vient de fonder des secours eu cas de maladie, de voyage ou d'invalidité, (les secours sont eux-mêmes proportionnels au chiffre de cotisations versées par le sociétaire : il faut -iOO cotisations pour avoir droit au secours de maladie, 100 cotisations pour prétendre à. un billet de chemin de fer pour n'importe quel point de la Péninsule. En cas d'invalidité, il faut avoir payé 800 cotisations pour recevoir 1 peseta par jour, et 1.200 cotisations pour avoir droit à 1 peseta 50. Le droit de secours en cas de mort s'acquiert par 100 cotisations : jusqu'à 300 cotisations, le secours est de 50 pesetas par jour : jusqu'à (300. de 75: jusqu'à 900. de 100; jusqu'à 1.200, de 125; jusqu'à 1.600.
<le 150; au-dessus de 1.600 cotisations, le secours atteint 300 pesetas. iLa Société des typographes, animée du.plus pur esprit socialiste, -distribue aussi des secours en cas de grève : les prisonniers pour faits de grève ont droit notamment à un secours de o pesetas par jour et ils acquièrent ce droit, du jour de leur entrée dans la Société.
A Bilbao, on ne peut guère citer d'oeuvre sociale proprement ouvrière — et cela tient, comme nous l'avons dàt, à la condition du prolétariat dans cette région, dont il est d'ordinaire étranger et où il ne passe même qu'une partie de l'année. Au contraire, dans les Asturies, et particulièrement à Oviedo, la Fédéra/ ion socialiste, affiliée à Y Union générale, possède sa maison sociale, une eaissede secours en cas de maladie, une coopérative qui fait pour §.000 pesetas de ventes par mois, enfin une institution unique en Espagne et qui est un objet d'étonnement même pour les étrangers : Y E.rlcnsinn unwersitaria, créée par un ouvrier, Vigil, mais qui doit sa vitalité auv conseils et aux encouragements de savants, comme le professeur Buylla.
On peut en rapprocher les Athénées ouvriers de Catalogne, comprenant 22 sociétés et 8.000 membres et qui donnent renseignement à 10.000 élè\es environ, enfants et adultes des deux sèves, ('/est une preuve intéressante du développement pris par renseignement populaire, au sud des Pyrénées.
En Catalogne, aussi, l'effort personnel d'un homme, un socialiste de la première heure, et qui n'est pas une des figures les moins curieuses de l'Espagne contemporaine, M. Salas Anton, a suffi à y constituer le centre coopératiste le plus important d'Espagne. Il n'existait dans cette province que cinq sociétés coopératives en 1883 ; actuellement, elles dépassent soixante, avec un capital de trois millions. Leur organisation fédérative en circonscriptions [comarcas] et en régions est vraiment remarquable ; elles ont leur organe officiel, la Revïsta cooperaliva, devenue récemment El Cooperador Cooperatista Catalan, et elles tiennent des congrès \
Les coopératives de Valence méritent aussi une mention à part : elles ne naquirent pas, comme à Rochdale, d'une idée précise et réfléchie de la question sociale ; elles furent imposées, en quelque sorte, par les événements, créées sous la pression des conditions du travail. La plus ancienne, la Proletaria, qui était en même temps une coopérative de production, pour la fabrication des soies, fut constituée entre 1856 et 1860 2.
Actuellement, la coopérative ouvrière la plus importante qui existe en Espagne semble être celle
1. Les deux plus importantes coopératives catalanes sont : La Equitaliva de Palamos et LaMercantil de Barcelone. La première comprenait, le 31 décembre 1906. 1.568 associés, et elle a vendu, en 1906, pour 629. 09i, 81 pesetas de marchandises.
2. Perez Pujol, La cuestion social eu Yalencia (1872). Dans ce livre et dans d'autres ouvrages, tels que El Regimen électoral 1 1877). le professeur P. Pujol s'est montré un des premiers apologistes en Espagne des anciens gremios et un des apôtres convaincus de leur résurrection, comme un des plus sûrs moyens de résoudre la question sociale.
des Hauts Fourneaux de Baracaldo, près de Bilbao
— dont nous avons déjà parlé — et qui comptait, en 1906, 718 associés avec un chiffre d'affaires de 863.853 pesetas.
Les coopératives de production sont plus rares encore : quelques-unes, créées à Valence et à Barcelone, entre 1865 et 1876, par les tisseurs de soie, les cordonniers, les charpentiers, les tanneurs, les calfaleurs et les cordiers n'ont pas réussi. La plupart de celles qui ont subsisté sont plutôt des sociétés anonymes fondées et exploitées par un certain nombre d'ouvriers. La plus remarquable de ce genre, à l'heure actuelle, est sans doute celle que fonda un actif Catalan , disparu tout récemment, Fernando Alsina, dans un poétique village de la montagne de Vich, et qui s'intitule la Cooperatira Primera ciel Ter. A Barcelone, il faut encore citer la Redentora, société coopérative de production de briques, due à l'initiative de M. Salas Anton, et la Neotipia, association de typographes, de caractère socialiste bien marqué, et qui n'est pas sans "rappeler la V olksdnikkery de Gand. Chaque ouvrier — co-propriétaire de l'imprimerie — reçoit un salaire qui ne peut dépasser du vingtième le salaire courant, sans que le capital qu'il a apporté à l'entreprise soit productif d'intérêts. Les bénéfices
— s'il y en a — servent exclusivement à l'amélioration du matériel et aussi à créer un fonds, en vue d'aider tous les ouvriers qui désireraient créer des institutions analogues.
Curieuse tentative d'esprits illuminés et gêné-
reux, où certains voudraient voir un avant-projet die
la société de demain !
Quant aux coopératives de crédit, eiles sont à peu près inconnues en Espagne. En dehors des tentatives toutes récentes laites surtout, par le clergé pour développer le crédit agricole, les autres essais, comme celui de la Proletaria, ont échoué. Et cela est d'autant plus regrettable que l'Espagne est un l»a\^ pauvre et que l'usure met le travailleur dans un véritable état de servitude, d'où pourrait >eulement le tirer la diil'usion du crédit1.
1. H est bien dificile d'évaluer numériquement l'importance des coopérai ives en Espagne. D'après la statistique donnée par M. Gide en 1904, ce pays viendrait un des derniers en Europe, immédiatement avant la Hollande et le Portugal. Le Père Vicent croit que la réalité est plus consolante que la statistique, car il existe des coopératives qui n'ont pas été publiées. Il est certain que ces dernières années, leur nombre a notablement augmente grâce surtout à l'action sociale catholique.
D'après l'Institut de Réformes sociales, il n'y aurait pas eu, le je. novembre 1904. plus de 67 coopératives de consommation avec 9.319 associés, et 4 coopératives de crédit et de consommation avec 954 associés. Ce total de 71 coopératives est certainement inférieur à la réalité.
En effet, d'après les chiffres établis par le Conseil national des coopératives catholiques ouvrières, il y a\ ait, le 1er mai 1907, 32 coopératives catholiques : encore beaucoup ont-elles été omises.