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la volonté générale peut seule diriger les forces de l'Etat selon la fin de son institution, qui est le bien commun » (I, 1). « C'est uniquement sur cet intérêt commun que la société doit être gouvernée » (id.). Et qui donc songcrait à s’en plaindre? « La volonté générale est toujours droite et tend toujours à l’utilité publique » (Il, im). Assertion incroyable, et que dément l'expérience : les pires catastrophes out été causées toujours par laveuglement de la la volonté générale. C’est cependant là le souverain infaillible qui doit disposer absolument de chacun de nous : « Quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps, ce qui ne signifie autre chose sinon qu'on le forcera d’être libre » (L, vu). « Comme la nature donne à chaque homme un pouvoir absolu sur tous ses membres, le pacte social donne au corps politique un pouvoir absolu sur tous les siens » (IL, 1v). Aussi bien nul doute ne peut-il subsister sur ce point : la vie des particuliers est entre les mains de l'Etat : « Quandle prince dit au citoyen : ilest expédient à l’Elat que tu meures, 11 doit mourir, sa vie n’est plus seulement un bienfait de la nature, mais un don conditionnel de l'Etat » (I, v). Il en sera de même pour ce qui, autant et plus même que la vie, est justement réputé le bien le plus précieux, le droit le plus inviolable, à savoir, celui de confesser sa foi : chacun recevra de l’État sa croyance,comme il en reçoit la vie, et sa vie même ne lui sera laissée que sous condition de l’abdication de cette libertéintérieure.
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€ [1 y a une profession de foi purement civile dont il appartient au souverain de fixer les articles... Il peut bannir de l'Etat quiconque ne les croit pas... Que si quelqu'un,après avoirreconnu publiquement ces mêmes dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, qu'il soit puni de mort » (IV, vin). Il serait macabre, on l’avouera, d'affirmer maintenant que l'individu est libre, que sa liberté civile est l’équivalent de sa liberté naturelle. Rousseau pousse encore plus loin la plaisanterie : après avoir énuméré les dogmes positifs de la religion civile, — Dieu, la vie future et ses sanctions, la sainteté du contrat social et des lois, — il énonce un seul dogme négatif, « c’est l'intolérance » (1d.). Rousseau estime donc qu'il pratique la tolérance. On ne peut s’étonner de l'entendre dire qu'il nous assure la liberté.
Cette conviction, chez lui, est entière. Elle est déterminée par ce principe, que « le souverain, par cela seul qu'il est, est toujours ce qu'il doit être » (£, vu). On ne saurait trouver procédé de justification plus facile et plus prompt. La loi, exprimant cettevolonté générale quiest lesouverain, est, comme cette volonté générale elle-même, toujours juste. Le citoyen étant raisonnable et bon, c’est lui seul qui fera les lois ; la constitution sociale ne peut pas l’engager pour toujours ; il conserve la faculté de la modifier à sa guise ; sa souveraineté s'exerce directement, ou, s’il emploie des députés, ceux-ci ne sont que des mandataires dont les décisions deviennent definitives . seulement après avoir été expressément
ratifiées par les mandants ; des assemblées périodiques du corps électoral remettront en question le contrat social lui-même et la validité des pouvoirs de ceux qui sont chargés de le faire observer, car, dans ces assemblées, deux propositions devront toujours être soumises au vote général : « s'il plaît au souverain de conserver la présente forme du gouvernement, s'il plaît au peuple d’en laisser l’administration à ceux qui en sont actuellement chargés. » L’exéculion des décisions souverainesde la volonté générale sera confiée à des magistrats nommés par le peuple et toujours révocables. Ce gouvernement presque direct n'étant possible que dans de petites agglomérations, « l'Etat devra se borner à une seule ville tout au plus » (Manuscrit de Genève, p. 89).
Telle est l’organisation politique qui, en restituant à chaque citoyen sa liberté, lui garantit le bonheur et la vertu.
L'autoritarisme résumait les projets réformateurs du philosophe génevois : autoritarisme externe, par la compression que l'appareil gouvernemental devait exercer sur les actes des individus ; autoritarisme interne, par l'intrusion inquisiloriale du Vicaire savoyard dans le domaine de leurs consciences.
Saint Simon et son école firent appel à l’un et à l’autre, mais surtout renforcèrent celui-ci : l’omnipotence de FEtat n’est pas moindre chez les saints simoniens que chez J.-J. Rousseau; mais le spiritualisme de celui-ci est accru par le théologisme de ceux-là.
Le Moyen Age et l’Ancien Régime étaient fondés sur la force et s’inspiraient de la foi. La société nouvelle, disait Saint Simon, devra être basée sur le travail et être dirigée par la science. Désormais, le pouvoir temporel sera attribué aux industriels, et le pouvoir spirituel aux savants (1) (Voir, Saint Simon, l'Organisateur, et le Système industriel). C'est le régime industriel et scientifique substitué au régime féodal et théocratique. Mais ce régime industriel ne va pas sans hiérarchie, et ce régime scientifique sans théocratie d'un autre genre. On accorde bien que l'école libérale a détruit l’ancien féodalisme et l’ancienne théocratie ;: mais une telle action est purement négative ; le libéralisme n’a rien édifié, et il n’est capable de rien construire ; le saint-simonisme apporte le programme réorganisateur, la charte des temps nouveaux. Le but de l’activité sociale, c’est le travail pour produire, « Pexploitation du globe par l'association » (Œuvres, XV, 182, et XIX, 211). Or la société, avant comme après la Révolution, compte à côlé des « travailleurs », agriculteurs, artisans, savants, « les oisifs », nobles, propriétaires, rentiers ; les premiers produisent, cesont « les abeilles »; les seconds consomment et ne produisent pas, ce sont «les frelons » (Œuvres, XIX, 211).
Comment done la société, pour remplir son objet. devra-t-elle être organisée ?
Trois Chambres composerontle Parlement : — une