‹ La Question Sociale Est-elle Une Question MoraleChapitre 18 sur 48 · ANS ES · texte numérisé non relu

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Saint-Simon ne récuse pas les procédés autoritaires ; il demande à Louis X VIT de se déclarer « le premier industriel du royaume », et d’inaugurer son système en l’imposant, car « le progrès ne se fait que par deux moyens: les révolutions ou la dictature. Or la dictature vaut mieux que la révolution. » (OŒEuvres, XXIT, 254).

Que deviendra la propriété dans le nouveau régime ? Saint-Simon ne précise pas : « La propriété devra être reconstituée et fondée sur les bases qui peuvent la rendre la plus favorable à la production. » (Œuvres, XX, 59).

Le gouvernement industriel devra « travailler directement à l’amélioration du bien être moral et physique des travailleurs ». (Saint-Simon, Opinions philosophiques, p. 108). Dans ce but, au budget, « les deux premiers articles de dépense seront : 1° celui relatif à l'instruction du peuple, 2° celui ayant pour objet d'assurer du travail à ceux qui n’ont pas de moyens d'existence ». (Œuvres, XXII, 340). Ce projet d'instruction obligatoire et gratuite devait être réalisé 60 ans plus tard. Le droit au travail devait être la formule des revendications ouvrières jusqu’au second Empire.

Une nouvelle morale, toute terrestre, devra être établie et enseignée. Elle reposera sur l'idée de fraternité humaine. Cette notion chrétienne, jusqu'ici demeurée, prétend-on, dans le domaine de l'idéal théorique, la société industrielle la réalise. C'est le Nouveau Christianisme, que cette formule résume :

« Tous doivent travailler au développement physique, moral et intellectuel de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre ».

L'école saint-simonienne, avec Bayard, Enfantin, Olinde Rodrigues, Emile Péreire, Michel Chevalier, développa ces idées. L’école prétendit : relativement à la propriété, abolir l'héritage ; en religion, réhabiliter la chair ; dans la famille, affranchir la ferme.

La propriété. — Saint-Simon avait dénoncé le danger des oisifs, Le saint-simonisme, pour parer à ce danger, supprime l'héritage, grâce auquel loisiveté se perpétue. L'héritage était d’ailleurscontraire au principe de l’école : «à chacun selon sa capacité, à chaque capacité suivant ses œuvres », le hasard heureux de la naissance ne constituant pas un mérite personnel. Ce même principe, d’ailleurs, les faisait repousser le communisme égalitaire. « Les saint-simoniens repoussent le partage égal comme une violence plus grande, une injustice plus révoltante que le partage inégal. Ils croient à l’inégalité naturelle des hommes, et regardent cette inégalité comme la base même de l’association. [ls repoussent la communauté comme la violation de cette loi qui veut que chacun soit placé selon sa capacité et rétribué suivant ses œuvres. Mais, en vertu de cette loi, ils demandent l'abolition de tous les privilèges de la naissance sans exception, et par conséquent là destruction de l'héritage. Ils demandent que tous les instruments de travail soient réunis en un fonds

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