‹ La Question Sociale Est-elle Une Question MoraleChapitre 19 sur 48 · NT”, MER · texte numérisé non relu

NT”, MER

social pour être exploités par association et hiérarchiquement. » (Pétition des saint-simoniens au président de la Chambre des députés). C’est un comniunisme basé sur l'inégalité, cette inégalité étant le fruit du mérite personnel. L'Etat est propriétaire, producteur, répartiteur, mais l'individu prélève sur le produit proportionnellement à ses œuvres et sa capacité.

La religion va devenir partie intégrante du gouvernement. Saint-Simon, déjà, avait aunoncé cette résurrection du système théocratique : « L'histoire, avait-il dit, constate que c’est au moyen des institutions religieuses que les hommes de génie ont civilisé l'espèce humaine » (Œuvres, XV, 115). Et il avait conféré aux savants une sorte de puissance mystique. Cette idée devait revivre chez A. Comte et chez Renan, après avoir reçu de l’école saint-simonienne un développement original. Les saint-simoniens, suivant en cela les traces de leur maître, ne se posent pas en ennemis du christianisme, mais émettent la prétention de le réformer, de le corriger, de le renouveler. D’après eux, le christianisme doit entrer dans une nouvelle phase, plus élevée. Son erreur consiste dans la réprobation de la chair; il la sacrifie à l'esprit ; il entend la mortifier. Le progrès réalisé par le nouveau christianisme consiste en la réhabilitation de la chair, réputée partie de la substance divine universelle, suivant la formule panthéiste d’Enfantin : « Dieu est un ; Dieu est tout ce qui est ; tout est en lui, tout est par lui, tout est

DAS dues

lui. » Dès lors, toutes nos passions sont légitimes, notre corps n’est pas une cause de corruption, les appétits des sens sont vertus. C’est bien affirmer l'excellence de la nature totale de l’homme. Mais le système économique des saint-simoniens ne dérive pas de cette conception. Cette idée de nature vertueuse n’inspire que l’organisation théocratique de leur société industrielle. Elle est néanmoins d’une importance capitale puisqu'elle tend à renouveler la foi et la morale, et puisqu'elle inspire la constitation politique et l'orientation du gouvernement. En morale, cette notion de légitimité et d’excellence de nos passions permet aux saint-simoniens d'exprimer une conception toute nouvelle de la famille. L'élément de la société saint-simonienne est « l’individu social », c’est-à-dire le couple hommefemme. La femme, complètement affranchie, est légale de l’homme, et toute fonction, dansla société, est à la fois remplie par un homme et par une femme. La doctrine officielle de l’école était la monogamie avec le divorce. Mais le pontife suprème de l’église saint-simonienne, Enfantin, poussant plus loin la réhabilitation des désirs de la chair, professa qu’il devrait y avoir deux espèces de mariages, l’un permanent, exceptionnellement rompu par le divorce ; c'est celui des individus capables d’affections durables ; l’autre, changeant, soumis à des divorces continuels'et destiné à satisfaire les cœurs volages ; une monogamie dissoluble, d’une part, et, de l’autre, une polygamie successive régu-

Page 1